Réussir son changement de vie: S’inspirer plutôt que se comparer

Lorsque j’ai évoqué pour la première fois l’option de vivre sur un bateau il y a bientôt 8 ans, les premières réactions de Lynne étaient plutôt réservées. « On a le temps », « on a pas assez d’argent », « C’est un projet de retraite », « Comment va t’on faire professionnellement »… La grande majorité des arguments avancés étaient tous orientés pour ne pas le faire et se lancer. Et en commençant à regarder ou observer celles et ceux qui avaient franchi le pas, là aussi il y avait toujours un argument pour dire que leurs conditions étaient bien meilleures que les nôtres pour se lancer.

Croire en ses capacités

Or la capacité à changer de vie n’est pas forcément liée uniquement aux conditions matérielles, financières ou à de la chance. Il n’y a jamais de meilleur moment pour entreprendre un changement. C’est plutôt une question de volonté et d’être en mesure de se créer les conditions pour pouvoir l’accomplir. Le jour où nous avons décidé de franchir le pas, ce qui nous a le plus aidé a été de nous inspirer de ceux qui avaient réussi plutôt que de nous comparer à eux.

Bâtir sur ce que l'on maîtrise

En effet, il ne faut pas tomber dans le piège de regarder tout ce que les autres ont ou font. Nous ne connaissons jamais assez leur histoire, on ne voit souvent que la partie émergée de l’iceberg mais jamais les efforts et les sacrifices que ce changement a demandé. Alors au lieu d’avancer sur son projet, on nourrit des frustrations, de la jalousie et il est facile de se retrouver bloqué ou découragé. Le plus important réside avant tout dans le fait de construire un projet de changement à sa mesure, avec ses moyens du moment, et de bâtir sur des éléments que nous pouvons maîtriser. Tout le reste n’est que superflu et contribue à nous faire douter ou à nous frustrer.

Ne pas dévier de ses valeurs et convictions!

Avant tout, entreprendre un changement de vie doit nous permettre de nous épanouir, de nous rapprocher de nos valeurs et de nos convictions. Le sens que l’on donne à notre projet est la clé pour pouvoir réussir et être en mesure de passer par-dessus les difficultés et les défis qui vont surgir devant nous. Et au fur et à mesure que l’on avance, il est essentiel de nourrir et de valoriser le positif en regardant le chemin que l’on a parcouru plutôt que toutes les choses que nous n’avons pas encore accomplies.

Rester positif!

C’est un peu l’art de la pensée positive tout en s’entourant et s’inspirant de personnes qui nous apportent l’énergie positive et qui nous donne chaque jour un peu plus l’envie d’avancer et de nous découvrir!

Notre traversée à la voile vers les Îles Canaries

Notre traversée vers les Îles Canaries

La décision d'engager une traversée à la voile vers les Îles Canaries a été plutôt rapide et spontanée. Alors que nous étions encore aux Baléares il y a 2 semaines et demi, notre choix s'est orienté pour une descente progressive vers le Cap-Vert. En quelques jours, nous avons donc quitté Formentera, avons navigué 350 milles vers Malaga, avons récupéré Lisa et Emma, filé vers Gibraltar et le 3 août dernier, nous avons quitté la Méditerranée pour découvrir les longues houles de l'Atlantique. C'était une première pour nous tous. Nous partions dans l'inconnu tant au niveau de la navigation que sur la durée en mer et la distance à parcourir. Voici donc le récit de notre traversée de presque 5 jours et 690 milles nautiques.

Mardi 3 août - Jour #1

Comme bien souvent, la petite famille est à la bourre... nous avons beau être réveillés depuis 7:30, entre le petit déjeuner, le briefing d’avant départ, la douche, les discussions de pontons, le dernier point météo, l’heure tourne à vitesse grand V! Sauf que le courant du détroit de Gibraltar n’attend pas que chacun ait bien voulu se mettre en ordre de marche, en particulier le capitaine qui n’a pas pu s’empêcher de se raser et d’apprécier une bonne douche avant de passer 5 jours en mer! 

La marée est haute à 12:20. Nous quittons la marina d’Alcaidesa à 10:30, faisons une incursion en territoire anglais histoire de faire le plein de gasoil détaxé (à 80 centimes le litre ça ne se refuse pas!) et nous prenons la direction de l’ouest. La vigilance est de mise avec tous les cargos et pétroliers au mouillage ou en approche, comme celui qui nous arrive sur bâbord à faible vitesse et que nous pensions être au mouillage. Nous avons quand même droit aux 5 coups de cornes ou en d’autres termes, le capitaine du cargo est en train de pester en se demandant ce que vient faire ce voilier à quelques centaines de mètres devant lui. On passe, on passe, on s’en va pour une traversée vers les îles Canaries!!

Ah oui, j’allais oublier de préciser que les cargos ne sont pas les seuls dangers dans la zone, il y aussi les orques. Depuis presque deux ans et sans que l’on ne sache pourquoi,  certains ont pris la fâcheuse habitude de s’en prendre aux voiliers en s’attaquant à leur safran. Certains plaisanciers ont subi de gros dommages et ont été en détresse. La vigilance est donc de mise et l’équipage est briefé sur la conduite à tenir en cas de rencontre avec ces mammifères: laisser le safran libre en arrêtant le pilote, arrêter le bateau, affaler toutes les voiles et ne pas trop se pencher par dessus bord pour ne pas provoquer. Apparemment au bout d’un moment ils se lassent et s’en vont. Espérons quand même que nous éviterons ce genre d’expérience...

Nous nous engageons donc dans le détroit de Gibraltar au moteur pendant environ 1h30 avec un peu de courant contre nous, puis le vent rentre de l’Est comme annoncé et nous pouvons dérouler le génois. On progresse à 4 noeuds vers Tarifa puis rapidement un peu plus vite avec le vent qui forcit. Nous prenons 1 ris dans la grand-voile, un choix judicieux puisque plus le détroit se rétrécit à l’approche de Tarifa, plus le vent et la mer se renforcent. On progresse à plus de 6 noeuds avec une mer hachée mais nous naviguons grand largue ce qui reste encore assez confortable. La pointe symbolique de Tarifa marquant l’entrée dans l’Atlantique se rapproche et une fois doublée, on se retrouve avec 35 noeuds de vent et une mer agitée. Le bateau accélère à 7,5 noeuds voire même 8,2 noeuds, il est temps de rouler le génois et d’envoyer la trinquette. Lynne a quelques émotions en se remémorant notre première traversée vers Majorque en décembre. Sauf que les conditions ne sont pas du tout les mêmes, ici il n’est pas question de tempête. J’essaie de la rassurer sur le fait que le bateau tient très bien, qu’il se comporte parfaitement, que nous sommes bien « toilés », mais je n’ai pas l’air très convaincant sur ce coup-là... comment la convaincre que si on veut faire de la voile, il faut qu’il y ait du vent. A cet instant je lis dans son regard qu’elle se pose bien la question de savoir ce qu’elle fout là et qu’elle serait mieux allongée dans un canapé devant la télé! Pendant ce temps là, les enfants s’amusent, observent les dauphins qui se laissent surfer dans les vagues et Océane nous exécute une danse dont elle a le secret.

Pour cette première nuit en mer, nous avons fait le choix d’effectuer les quarts à 2 pour que les filles prennent leurs marques. Nous nous relaierons toutes les 3h, Lynne et Emma prenant le premier quart de 19:00 à 22:00 UTC. J’ai rentré 3 « waypoints » dans le gps en fonction des fichiers météo. Le premier pour nous écarter du rail des cargos, le second qui nous mènera sur un long bord de 400 milles vers le Sud Ouest pour éviter de nous retrouver trop près des côtes marocaines avec ses dangers (pêcheurs, filets, accélération des vents, mer plus formée avec la remontée des fonds). Le début de nuit se fait avec un vent de 20 à 25 noeuds en moyenne, sous un ris et trinquette. Puis plus tard le vent tombe à 12-15 noeuds ce qui permet de renvoyer le génois tout en gardant le ris. Lynne toujours un peu émotive et tendue, semble avoir la confirmation que le voilier est bien le moyen de transport le plus lent et le plus inconfortable pour se rendre d’un point A a un point B... je comprends son appréhension, les sensations sont tellement différentes la nuit, les bruits peuvent être déstabilisants et il faut avoir confiance dans la marche de son bateau. En l’occurrence, notre Inuksuit se comporte très bien. Contrairement à l’équipage, lui connaît l’Atlantique pour l’avoir traversé au moins deux fois.

Au cours de la nuit, les messages Navtex nous transmettent des informations qui font froid dans le dos. Tout d’abord un bateau pneumatique avec 75 personnes à bord en train de couler entre le Sahara Occidental et les Canaries. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une embarcation de réfugiés. Pauvres gens... on ne peut s’empêcher d’imaginer la détresse et l’agonie des enfants, hommes et femmes pris dans ce cauchemar... Presque personne n’en parle, mais les Canaries sont en train de devenir le Lampedusa de l’Atlantique avec des chances de survie quasi nulles pour celles et ceux qui tentent la traversée. Si en Méditerranée on compte un mort pour 200 réfugiés, en Atlantique il paraît que le chiffre est de 1 pour 16! Absolument désolant... mais sur cette question là, là aussi l’équipage est briefé, sur la conduite à tenir dans le cas où nous croiserions une embarcation. D’ailleurs un second message indique la présence de bateaux à la dérive ou à la voile le long des côtes africaines vers les Canaries.

Finalement au petit matin, nous nous laissons porter par la houle travers et après 24h de navigation, nous avons parcouru 130 milles (240 kms). Apparemment des navires de guerre américains jouent au ball-trap dans la zone. Après une annonce de sécurité à la VHF, nous entendons pendant plusieurs minutes des détonations. Maintenant Lisa et moi comprenons ce qu’était cet éclair ultra lumineux au cours de la nuit... bon, mieux vaut pas rester là, ça craint un peu quand même. Manquerez plus qu’un sous-marin fasse surface devant nous!

Mercredi 4 août - Jour #2

Et c’est parti pour un tour de montagnes russes! Lisa qui voulait des sensations est servie! Le vent monte à force 6, nous avons 1 ris et 4 tours dans le génois et le bateau fait des pointes à presque 9 noeuds. Sur 6h on parcourt 40 milles puis pendant les 3h qui suivent, on marche à 8 noeuds de moyenne pour avaler 24 milles. Mathieu nous fait une indigestion de pastèque, Emma n’est pas au top mais s'avale quand même un bon sandwich mayo, Lisa doit prendre un anti mal de mer et Lynne me demande quand est-ce que la météo va changer... le jeu de l’après-midi est de garder son équilibre et de caler les coussins. Mais malgré tout le moral est bon. 

Avant le début de la nuit, on prend le deuxième ris et on met la trinquette. Bon choix! Radio Rabat annonce un avis de grand frais à coup de vent en cours le long de la côte. Pas étonnant vu ce que l’on prend au large. Nous ferons tous nos quarts depuis l’intérieur pendant la nuit. L’AIS, le radar et les autres instruments suffiront pour faire avancer le bateau qui de toute façon est bien équilibré. Et puis inutile d’aller prendre la fraîcheur dehors dans cette nuit noire, sans lune, sauf en cas de mal de mer. Malgré le bateau qui se balance d’un côté à l’autre, la trinquette qui fait vibrer le pont, j’arrive à bien dormir dans la cabine avant. Et tout le monde à l’air de bien se reposer aussi, tant mieux! Parce que c’est pas facile dans tous ces mouvements de gauche à droite, les craquements, les choses qui bougent dans les placards, les vagues qui frappent parfois contre la coque...

Quand Lynne vient me relayer sur un quart et que je la vois souffler, je partage son envie de nous retrouver dans du temps un peu plus calme. Pour bien démontrer que l’on peut être un peu maso, j’ose faire la remarque qu’en avion, les Canaries ne sont qu’à à peine 3h de vol... comme quoi, tout est une question de perspective. Mais bon, nous pourrons au moins nous satisfaire d’avoir battu notre record de nombre de milles parcourus en 24h.

Jeudi 5 août - Jour #3

On lâche les chevaux ! La matinée est nuageuse avec un vent toujours établi autour des 20 noeuds. C’est quand même vraiment agréable de pouvoir effectuer un long bord de 400 milles au grand largue sans avoir à craindre une saute de vent! Pour ça, l’Atlantique nous change de la Méditerranée et de ses humeurs! Et on ne va pas s’en plaindre. Combien de fois sur 400 milles de navigation en Méditerranée nous aurions dû changer d’amure, allumer le moteur pour ne pas nous traîner à 2 noeuds, ou encore se mettre en mode combat parce que le vent vient subitement de rentrer à 30 noeuds en plein dans le pif?... ici les seules manœuvres à effectuer sont la prise de ris pour soulager le gréement et le pilote quand le vent et la houle deviennent un peu plus forts. Autant dire que c’est plutôt grand confort, même si cet après-midi nous fait accélérer une fois le soleil retrouvé!

Sous 1 ris et quelques tours de génois, nous filons à 7,5 noeuds avec des pointes à près de 9 noeuds. Lisa s’essaie à la barre, on allume la musique et c’est ambiance discothèque dans le cockpit! Il n’y a bien qu’ici au milieu de nulle part que l’on a encore le droit d’aller en boite et de danser sans masque. Le seul appareil obligatoire à bord, c’est le gilet de sauvetage! Alors on se lâche, tout en veillant sur un pétrolier qui essaie de nous rattraper sur tribord depuis le début de la matinée. Il marche à 10,5 noeuds à 22 milles de nous. Avec nos 8 noeuds de vitesse, il a quand même du mal à revenir sur nous. Du coup quand on essaie de l’appeler à la VHF pour avoir une mise à jour météo pour la nuit, il ne nous répond même pas. Le capitaine doit être du genre susceptible. Ou alors ils sont en train de se faire un bon gueuleton. En regardant sa destination sur l’AIS, il a encore 1.500 milles à parcourir avec une arrivée prévue le 25 août... Il finira par nous doubler à 22:00.

Mais il n’empêche, je n’ai toujours pas de mise à jour météo. Il semble que les marocains ne soient pas des grands fans du navtex. Et nous sommes trop éloignés des côtes pour capter les bulletins des Canaries. Alors on se contente du bulletin côtier du Maroc qui annonce du force 7 localement 8. On s’en fout, nous sommes parés. On prend le deuxième ris, on envoie la trinquette et on continue nos surfs. Emma fait quand même remarquer que quelques vagues mesurent à peu près 3 papas. Comprenez donc environ 6 mètres de creux... c’est vrai que parfois on a un peu l’impression de voir un immeuble de 3 étages se dresser sur notre travers tribord arrière. Mais le bateau semble à l’aise, il monte descend tranquillement, accélère dans le creux et repart pour un tour. Sauf à trois reprises où les vagues viennent frapper violemment la coque, arrosant abondamment le cockpit et Lisa qui est bonne pour aller se sécher!

Sur cette troisième journée, nous parcourons 154 milles. Nous sommes bien calés sur notre horaire prévisionnel vers notre deuxième waypoint. Je ralentis quand même le bateau sur le reste de la nuit pour éviter de se mettre au tas. Une vitesse de 6,5 noeuds suffira pour maintenir la moyenne.

Vendredi 6 août - Jour #4

Journée grise avec peu de vent. Nous avançons malgré tout à un bon rythme en route vers notre waypoint. Nous l’atteignons à 14:00 avec le dilemme de rester sur la même route ou empanner. La première option va nous faire conserver notre vitesse mais allonge un peu la route. La seconde peut nous permettre d’aller plus directement vers Lanzarote mais plein vent arrière. Ne pouvant utiliser le spi, soit on se met en ciseaux en tangonnant le génois sans garantie d’aller très vite, soit on s’écarte de la route plus vers l’Est. Le ciseau ne m’enchante pas avec la houle et je préfère souvent privilégier la vitesse. Nous prenons donc l’option 1. On reste sur notre long bord au 235 jusqu’à 19:30 et nous enverrons l’empannage pour continuer à descendre plus vers notre destination finale. Avant d’empanner, nous avons quand même la courtoisie de ne pas couper la route à un pétrolier. 

Il ne se passe pas grand chose pendant ce quatrième jour en mer, si ce n’est que la bonne humeur est au rendez-vous. D’abord en découvrant le matin qu’un petit calamar est venu se loger pile dans un de nos verres posé dans le cockpit, certainement après avoir surfé sur une vague pendant la nuit. Un calamar basketteur! Franchement quelle était la probabilité qu’il atterrisse dans un gobelet d’à peine 10cm de diamètre? Trop fort. Le jeu a consisté ensuite à savoir qui allait boire le premier dans le verre!

Sinon, les filles passent en revue le répertoire des chansons acadiennes! Forcément Lynne est aux anges et ne se prive pas pour en rajouter. Il faudrait peut être que l’on fasse un enregistrement spécial « L’Acadie prend le large »!

Après les trois premières journées dans des conditions agréables mais un peu sportives, la routine s’installe à bord. Le bateau trace sa route, l’équipage s’occupe en terrasse même dans le temps couvert et brumeux. Et on commence à prévoir un peu plus précisément notre horaire d’arrivée.

Samedi 7 août - Jour #5

Finalement c’est pas mal de tenir un livre de bord et un calendrier à jour pour cette traversée vers les iles Canaries. Les journées et les nuits s’enchaînent et on perd vite la notion du temps. Ce n’est pas nous qui allons nous en plaindre et les nouvelles de la terre ne nous manquent pas particulièrement. Non ce n’est pas tout à fait vrai... nous aimerions quand même bien savoir si l’équipe de France de volley est parvenue en finale des Jeux Olympiques. Tout ce que nous savons c’est que mardi, elle venait de se qualifier pour les 1/2 finales. Depuis, plus rien... Nous aurons la surprise du résultat à notre arrivée.

Cette journée ressemble à la précédente, avec le soleil en plus. Nous essayons de faire route au plus proche vers Lanzarote, mais nous aurons encore un empannage à faire en fin d’après-midi pour, si mes calculs sont bons, rejoindre le détroit entre Lanzarote et la Graciosa. Le bateau marche à 5 noeuds de moyenne mais nous avons l’impression de nous traîner. Le bon côté des choses avec un temps plus calme, c’est qu’enfin, j’ai pu terminer le montage de notre épisode YouTube sur Minorque. Il était temps!!…

A 140-150 degrés du vent avec 15 noeuds en moyenne, la houle est assez désagréable en faisant battre la grand voile. Je lofe un peu mais je n’ai pas envie de trop allonger la route. Il ne reste que 12 milles à faire avant d’empanner quand un coup de houle fait lâcher la retenue de bôme. Plus de peur que de mal, mais l’anneau sous la bôme n’a pas tenu. C’est fou les tensions qu’il peut y avoir dans un gréement. Et l’objectif est de le préserver au maximum. A se demander si dans ce genre de situation, il n’est pas préférable d’affaler carrément la grand-voile et de n’avancer que sous génois... ou alors, investir dans un frein de bôme qui manque quand même sur le bateau pour le programme que nous avons. Et quelques minutes plus tard, je m’aperçois que la poulie qui retient le halebas a elle aussi lâché. Décidément, c’est le jour où il y a le moins de vent que l’on casse le plus de choses. Leçon à retenir pour la suite… Nous réparons rapidement la poulie avec de la garcette et le halebas rejouera son rôle parfaitement.  Aller, c’est la dernière ligne droite avant Lanzarote! Encore quelques heures et nous verrons de nouveau la terre.

Nous empannons à 19h30 et le bateau s’emballe. 7 noeuds, 7,5 noeuds, 8 noeuds, 8,5 noeuds… Enfin on refait un peu de vitesse. Mais le problème avec trop de vitesse, c’est que l’on va arriver en plein milieu de la nuit, entre 3 et 4h du matin. C’est vrai que l’on devient des spécialistes des arrivées de nuit. Sauf que là, c’est quand même un peu délicat. Il n’y a pas de lune, il y a des perturbations magnétiques aux abords de l’archipel, des iles non éclairées… On décide de prendre le deuxième ris, d’envoyer la trinquette pour ralentir et arriver au lever du jour. Nous faisons un bord de 70 milles à une moyenne de 6,5 noeuds.

Dimanche 8 août - Jour #6

A 5h30 du matin aux premières lueurs du jour, nous apercevons les premières îles non éclairées et Lanzarote au loin. Nous ne sommes plus qu’à 12 milles. La mer est bien formée et nous restons concentrés pour bien viser l’entrée du petit détroit entre Lanzarote et la Graciosa. Le vent est susceptible d’accélérer entre les 2 îles et comme nous avons déjà 25 noeuds établis, nous sommes prudents. Nous apercevons 2 bateaux de passagers qui font la liaison entre les îles et l’excitation de l’arrivée se fait ressentir. Tout le monde est sur le pont ou presque (Emma est une grosse dormeuse). Nous entrons dans le détroit doucement à la voile, empannons 2 fois et arrivons finalement à 8h au mouillage devant la playa Francesca. Le vent souffle entre 20 et 25 noeuds, on ressent la fraîcheur mais malgré ça, les filles se jettent à l’eau pour fêter l’arrivée!

Nous sommes tous satisfaits de cette traversée de 690 milles bouclée en 4 jours 22h. Nous avons tous pris du plaisir à être au large, à ressentir les éléments et à admirer la nature fascinante et qui peut être si puissante. Maintenant, nous allons pouvoir profiter pleinement des Canaries et vous partager notre escale de quelques semaines. Mais personnellement, il me tarde déjà de retrouver ces sensations du large où l’on se sent complètement ailleurs, vulnérable mais à la fois tellement bien…

Voyager au long cours

Le voyage fait partie de nos vies depuis que nous sommes adolescents. À 18 ans grâce au sport, Laurent avait parcouru quasiment la totalité de l’Europe. Depuis il a voyagé dans plus d’une soixantaine de pays à travers le monde. Quand à moi, je suis sortie de ma zone de confort en allant passer une année en Tanzanie pour travailler dans les camps de réfugiés.

Une quête d'authenticité

L’une des questions les plus difficiles à laquelle nous avons eu à répondre est « où aimeriez-vous vous installer ? » Nous n’avons pas vraiment de réponse à ça tellement les environnements dans lesquels nous avons vécu sont différents. Certains pays avaient tout le confort nécessaire, d’autres rien, ni électricité ni eau courante. Et pourtant, ce ne sont pas les lieux les plus surfaits et dans la démesure qui nous ont le plus séduits. Avec le recul, ce sont les rencontres humaines et notre connexion avec les gens qui ont fait que l’on s’est sentis chez nous ou au contraire, pas du tout. 

Ce qui nous anime aujourd’hui le plus pour partir autour du monde en voilier, c’est bel et bien cette quête d’authenticité, de prendre du temps, loin de nos modèles qui poussent à toujours plus de consommation, d’extravagance, où l’apparence compte souvent plus que tout le reste et qui a tendance à rendre arrogants et irrespectueux. Avec le temps, nous sommes devenus allergiques à ce tourisme de masse, aux hordes d’avions, à ces paquebots ou ces bus chargés de touristes qui ne prennent même pas le temps d’aller au contact des populations locales et de s’imprégner des différentes cultures. Sans parler bien sûr de l’impact néfaste que ces modes de voyage provoquent sur l’environnement. Laurent et moi aurions quelques anecdotes à vous raconter à ce sujet...

Le voyage comme source d'éducation

Mais l’envie de voyager autrement n’est pas notre seule motivation. Nous voulons ouvrir l’esprit de nos enfants, leur apporter une autre source d’éducation, les aider à développer leur curiosité, à devenir plus tolérants, à les enrichir culturellement. Leur participation au voyage doit être totale. C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de préparer des projets avec les écoles, où notre voyage sera aussi vu et documenté au travers des yeux de Mathieu et Océane. 

Pour Mathieu, c’est une opportunité inespérée. Depuis qu’il est tout petit, nous nous sommes posé des questions sur sa capacité à s’adapter et à s’intégrer dans un système scolaire classique. Au fur et à mesure de sa scolarité (il est actuellement en CE1 / 2ème année) nous nous rendons compte que les apprentissages sont difficiles et qu’il a du mal à s’intégrer, malgré l’environnement créé par les équipes pédagogiques. Nous sommes conscients que plus il va avancer dans son parcours, plus l’écart va se creuser entre les élèves « normaux ». Nous voulons lui donner une réelle chance d’apprendre autrement et de s’épanouir au travers d’un cursus atypique. Le moment est presque idéalement choisi pour lui et nous voyons combien son comportement et ses attitudes sont différentes positivement lorsqu’il se retrouve au milieu de la nature.

Oser la liberté!

Pour toutes ces raisons, notre voyage au long cours prend tout son sens. Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas se lancer, il n’y a jamais de moment idéal. Nous avons fait le choix de n’écouter que nous-mêmes, de suivre nos convictions, nos envies et nos passions. Après tout, on ne sait jamais de quoi demain est fait...

Une vie de globe-trotter rythmée par le sport

Une carrière d'athlète de haut-niveau

Aujourd’hui à 45 ans, je considère être rentré dans la 3ème grande étape de ma vie. Jusqu’à l’âge de 30 ans et après une carrière de sportif de haut niveau, j’ai beaucoup appris. J’ai appris la signification du mot adversité, j’ai appris à faire face aux échecs, à ramer à contre-courant, mais à toujours persévérer. Après quelques désillusions, j’ai aussi appris à me faire confiance, à me fier à mes intuitions pour tracer ma route et trouver ma voie. J’ai réalisé à quel point j’avais un goût pour l’indépendance mais aussi pour les défis et l’aventure. Cela m’a amené aux quatre coins du monde, de l’Afrique au Canada en passant par l’Asie. J’y ai vécu plusieurs mois voire plusieurs années, j’y ai fait des rencontres exceptionnelles et j’ai réalisé le pouvoir qu’avait le sport de rassembler au-delà des différences.

Un engagement international

A partir de l’âge de 30 ans, je me suis découvert une passion pour le conseil et le coaching dans mon domaine de prédilection, le sport. Je suis parvenu à me développer et à m’épanouir en écoutant, en observant, et en ayant la chance d’être sollicité pour travailler sur des enjeux aussi divers et variés que le sport de haut performance ou les processus de réconciliation nationale dans des pays post-conflit. Au fil des rencontres et de mes expériences, j’ai consolidé un réseau international et bâti des convictions que je défends et que je partage volontiers avec les personnes et les organisations qui me font confiance.

Le partage comme valeur essentielle...

Aujourd’hui je me sens épanoui et accompli. Je ne crains plus les jugements des uns et des autres, je ne m’embarrasse plus de relations « toxiques », je reste fidèle à mes valeurs et mes convictions. Mon expérience et mon expertise sont reconnues et j’ai une confiance totale dans la vie, toujours avec cette soif de nouvelles rencontres, d’aventures humaines et de nouveaux challenges. Le sport et les voyages m’ont permis de me construire et de développer un état d’esprit résolument positif et je suis toujours enthousiaste de partager et de transmettre ce vécu.

Chaque épreuve nous renforce et nous fait grandir. Nos limites sont celles que nous nous fixons. En entreprenant ce voyage, j'ai envie de pouvoir transmettre, inspirer et démontrer à mes enfants, à mon entourage proche et éloigné qu’avec de la volonté, tout est possible.