L’heure du départ

Noël 2020 se referme derrière nous, Lisa et Emma qui nous avaient rejoints pour quelques jours en famille sont reparties hier et l’heure du départ est désormais arrivée. Toujours difficile de voir les filles repartir, surtout après un court séjour de 5 jours à peine. Il a été bien rempli comme toujours. Mais maintenant, notre esprit est focalisé sur le 30 décembre 9h00. Ce sera le jour de notre départ,  direction les Baléares, l’île de Majorque et le port d’Alcudia.

Depuis le temps que nous attendions ce moment de larguer les amarres, nous devrions nous sentir comblés et privilégiés de pouvoir nous offrir cette parenthèse indéterminée de liberté. Et pourtant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ce sont beaucoup d’émotions qui nous traversent l’esprit mais aussi beaucoup de doutes.


Beaucoup d’émotions qui se bousculent…

Des émotions d’abord de quitter notre ponton, un an presque jour pour jour après nous y être amarrés pour la première fois. Nous y avons fait de belles rencontres, avons noué de belles complicités avec nos amis. Il est certain que nos apéros improvisés vont nous manquer, l’entraide mais aussi les provocations amicales à force de me voir trafiquer mon moteur hors-bord, réparer un énième problème… Le monde de la mer et de la voile est réellement un univers où nous partageons tous des valeurs similaires de simplicité, de solidarité et d’humilité.

Emotions aussi de nous éloigner d’amis que nous côtoyons depuis 10 ans. Les enfants ont grandi ensemble avec le plaisir immense de se retrouver tous les étés pour faire les fous sur la plage et passer de longues soirées. Et que dire de Claire et Julie qui font pleinement partie de notre famille tellement nous avons passé du temps tous ensemble et partagé les bons moments comme les galères… Vraiment, vous allez tous beaucoup nous manquer. Ça nous rappelle notre déménagement de Bègles dans des circonstances particulières où nous avions dû aussi partir pour nous installer sur le bateau sans avoir eu le temps de dire au revoir à tout le monde.

A l'heure du départ

Des doutes et des incertitudes…

A l’heure du départ, les émotions laissent aussi place aux doutes. Nous partons dans des circonstances sanitaires complexes. Nous ne savons pas ce que les prochaines semaines nous réservent. Nous avons fait le choix de Majorque en sachant que pour le moment, il est impossible d’accoster en Espagne ailleurs qu’aux Baléares et aux Canaries. Et cela peut changer à tout moment avec des mesures renforcées, alors en plus des fichiers météo nous passons pas mal de temps à scruter les conseils aux voyageurs... Malgré toutes les précautions et les informations que nous avons prises, nous avons toujours des doutes sur l’accueil qui nous sera réservé, bien que nous restons positifs.

Et à plus long terme, nous n’avons aucune visibilité sur la possibilité de réaliser notre tour de Méditerranée pour débuter notre aventure. Nous nous ajusterons au fur et à mesure.

Nous avons plein de questions en tête… Saurons-nous être à la hauteur des surprises que nous réservent les éléments, saurons-nous faire face aux différentes galères qui vont jalonner notre parcours, est-ce que tout le monde va savoir s’adapter à cette vie en mer? Ces dernières semaines, j’ai dû régler pas mal de soucis sur notre moteur. Il tourne parfaitement maintenant, mais je n’arrive pas à me rassurer totalement sur ma capacité à avoir trouvé la solution à tout. Les travaux étaient conséquents. Nous avons vidangé toute la cuve de gasoil après avoir fait l’erreur d’avoir versé environ 140 litres d’eau dans la cuve.

Nous avons aussi changé les silentblocs en désaccouplant l’arbre d’hélice. Même si un mécano devrait venir contrôler notre travail, seules plusieurs heures de navigation au moteur sans dommages pourront finir de me rassurer. Enfin, le démarreur électronique ne tenait plus que sur une vis ce qui nous a valu de belles frayeurs pas plus tard que la semaine dernière avec une panne moteur à l’entrée du port et une entrée/sortie à la voile sans vent à la merci des cailloux de la digue…

L'heure du départ
L'heure du départ

Mais aussi plein d’espoir et de soif de découverte !

Malgré tout ça, nous sommes impatients de nous jeter dans ce nouveau chapitre de notre vie, faire découvrir le monde autrement aux enfants et vivre cette aventure à fond. Les dernières volontés de Lynne avant l’heure du départ ont été exaucées grâce à notre séjour à Foix: voir la neige! Le timing ne pouvait pas être plus coordonné! Certes, l’hiver n’est peut-être pas la meilleure saison pour démarrer un voyage en voilier, mais les beaux jours reviendront vite. Notre parcours pour les 9 prochains mois devrait nous amener en Sardaigne, Sicile, à Malte, en Grèce, avant de revenir par l’Italie et la Corse. 

Nous espérons que certains d’entre vous pourrons nous rejoindre pour partager un petit bout de chemin avec nous. Et si en plus vous avez des compétences en mécanique, en électronique, en électricité, que vous êtes vidéaste amateur, photographe, blogueur… alors votre cabine vous attend!

Le grand saut vers l’aventure

Un nouveau cap

Ça y est, le cap est franchi, nous venons d’apposer nos initiales et nos signatures pour entériner probablement l’achat le plus fou de toute notre vie: un voilier de 52 pieds (16m). Ce moment où l’on marque un temps d’hésitation, où l’on se regarde et que l’on se demande ce que l’on est en train de faire et où soudain, le doute vous envahi malgré l’excitation ambiante... Avons-nous pris la bonne décision? Dans quel pétrin va t-on encore se fourrer... Comme si jusqu’à présent, tout avait été simple, comme si la vie ne nous avait déjà pas suffisamment mis à l’épreuve... Nous étions pourtant bien confortables dans notre petit quartier de la métropole bordelaise. Un cadre de vie idéal, de bonnes situations professionnelles, l’école à deux pas pour les enfants, un réseau d’amis bien fourni et une vie sociale épanouie. Mais rapidement notre goût pour l’aventure, nos convictions, notre désir de continuer à découvrir le monde et à offrir à nos enfants une expérience hors du commun reprennent le dessus. C’est aussi ça qui nous fait vibrer et qui depuis 10 ans, nous réuni Lynne et moi! Alors hors de question de faire demi-tour. Voilà 5 ans que nous rêvons, cogitons, mûrissons le projet dans notre tête, à tel point qu’une mappemonde, des tas de post-it et des feuilles de notes ont remplacé les photos de famille sur le mur de notre chambre. Cinq ans aussi de discussions et d’échanges entre nous, parfois agités lorsque la passion et l’émotion prennent le dessus et que nos natures entêtées ressurgissent au galop. Mais au fond, nous savons que nous aspirons à la même chose et qu’au-delà de nos façons différentes d’aborder les enjeux, nos complémentarités sont un atout pour éviter les pièges de la vie et franchir les obstacles.

Alors nous y voici, propriétaires de ce voilier hauturier, avec l’objectif de partir pour un tour du monde à l’automne 2020. 

Le sport et les voyages, l'école de la vie

Je voyage depuis l’âge de 16 ans. J’ai pour habitude de dire que le sport et les voyages ont toujours été ma meilleure école. À 18 ans, j’avais déjà posé un pied dans tous les pays d’Europe. Plus tard, mes missions professionnelles m’ont amené sur tous les continents et dans plus de 60 pays dont certains en situation de conflit ou de post-conflit. À chaque fois, le sport a été un moyen de connecter avec les gens mais aussi de faire des rencontres hors du commun, de côtoyer de grandes personnalités. Parmi celles qui m’ont le plus marquées, José Ramos Horta, Prix Nobel de la Paix et ancien Chef de l’Etat du Timor-Leste, suscite toujours autant d’admiration chez moi. J’aurai certainement l’occasion de revenir sur certaines de mes rencontres et sur des anecdotes au cours de prochains posts. 

Lynne quand à elle s’est expatriée un an dans les camps de réfugiés en Tanzanie lorsqu’elle avait 24 ans, a voyagé au Népal, en Afrique du Sud dans le cadre de mission de développement social, a grimpé le Kilimanjaro, et n’a cessé de repousser ses limites. Et c’est finalement le sport qui nous a réunis par hasard en Jordanie, une belle journée de juin 2010. Le déclic a été quasi immédiat, partageant des valeurs, des passions et des convictions communes. Après avoir passé 3 ans ensemble au Canada, c’est donc sans hésiter et en citoyenne du monde qu’elle m’a suivi en France pour nous rapprocher de mes deux plus grandes filles.

Cette envie de tour du monde à la voile n’est donc pas une fuite. C’est une réelle volonté de découvrir le monde autrement, de continuer à s’ouvrir aux autres, de passer plus de temps en famille et d’inculquer à nos enfants que dans une époque qui incite au repli sur soi, qui nourrit l’intolérance et la peur de l’autre, les différences sont avant tout une richesse et une chance. C’est aussi changer un mode de vie orienté vers l’hyper-consommation pour vivre plus simplement, plus soucieux des enjeux environnementaux, de la protection de la planète, d’inscrire le développement durable au cœur de notre projet tout en faisant découvrir la beauté de la Terre et la richesse de ses peuples.

Nous n’abandonnons pas pour autant nos projets professionnels. Pour ma part, je continuerai à diriger et à développer mon entreprise spécialisée dans le conseil en stratégie et les politiques sportives. Bien sûr, cela va nécessiter des ajustements, mais je ne vais pas renoncer à 15 années d’apprentissage et d’efforts, alors même que mon expertise et mes convictions commencent à être reconnues et appréciées, et que le retour sur investissement commence à se faire sentir. Après avoir été athlète, je me sens extrêmement privilégié de pouvoir évoluer dans le monde olympique, d’accompagner des fédérations sportives, des comités olympiques, des collectivités et gouvernements mais aussi des entreprises dans leurs stratégies d’évolution et de performance. Le sport est un outil puissant et universel pour transformer nos sociétés. J’ai la conviction que notre voyage ne sera qu’un levier de plus pour continuer à valoriser les compétences et savoirs-faire de mon entreprise auprès des organisations sportives et des institutions. 

Après avoir évolué quelques années dans l’univers du développement économique en France, Lynne retourne à sa mission de vie en pilotant ce projet, celle d'inspirer et accompagner les gens au changement et faire une différence positive dans le monde.   

Le tout devra être compatible avec une vie sur un voilier, l’éducation des enfants et la découverte de nouveaux territoires.

Un voyage pour inspirer et partager

Au fil de nos navigations, nous vous ferons découvrir comment il est possible de voyager, vivre, travailler et éduquer autrement. 

Pour l’heure, nous avons encore du travail et quelques mois devant nous avant de larguer les amarres, pour préparer le bateau, nous faire la main dessus et surtout, définir plus précisément notre itinéraire.

À suivre...

Se raccrocher à ses rêves

Du rêve à la réalité

Combien de fois n’avez vous pas été pris au sérieux par des personnes de votre entourage lors de discussions au sujet de certains de vos projets ? « C’est impossible… », « Tu n’y arriveras pas… », « C’est beau de rêver… », « D’autres ont déjà essayé… »… Autant de petites phrases qui peuvent facilement créer le doute ou vous donner plein de bonnes raisons pour ne pas vous lancer.

Depuis l’âge de 8 ans, j’ai voulu devenir un sportif de haut-niveau. A cette époque je jouais au tennis, je rêvais devant les exploits de Yannick Noah qui venait de gagner le tournoi de Roland Garros. Cette envie de faire du sport un métier ne m’a jamais lâché. Lorsqu’à l’âge de 17 ans, Michaël Chang remporte ce tournoi du Grand Chelem, je me dis que j’ai encore du chemin à parcourir malgré un début de détection, et je me lance dans le volley après de multiples sollicitations de mon professeur d’éducation physique et sportive qui joua de toutes les subtilités pour me compter parmi les joueurs de son équipe. Pari gagné, deux années après, j’intègre l’équipe de France cadets puis juniors avant d’être le plus jeune joueur sélectionné en équipe de France A juste après les Jeux  Olympiques de Barcelone. Ma carrière de joueur professionnel pouvait débuter.

Une attirance pour la mer et les bateaux

Au-delà du sport, j’ai toujours eu un faible pour la mer et les bateaux. Tout petit sur l’Ile de Ré, j’étais toujours le premier pour partir à la pêche sur le petit bateau familial. Sitôt rentré à la maison, je me lançais dans mon univers imaginaire en installant des matelas au sol, en posant à l’envers un vieux paquet de lessive en guise de moteur et c’était parti pour des heures de navigation dans mon jardin. Mes parents se souviennent encore de mes ronflements assourdissants imitant un moteur somme toute peu efficace… Mais déjà, je rêvais d’évasion et d’aventures. A tel point que je cherchais toujours à comprendre comment fonctionnaient les choses pour pouvoir devenir rapidement autonome. Cela m’a valu de presque couler notre petit bateau de pêche et de perdre le moteur au fond de l’eau…

Après les parties de pêche, la voile est entrée dans nos routines estivales. Mon père moniteur de voile et compétiteur avait la possibilité de naviguer sur le voilier de régate (un Surprise) d’un ami et nous partions quelques jours découvrir les côtes de la Costa Brava. Puis le divorce de mes parents a pas mal changé les plans et je suis resté assez éloigné de la voile pendant plusieurs années, notamment pendant ma carrière sportive. Ce n’est qu’à l’âge de 26 ans que j’ai renoué avec cet univers en naviguant sur le bateau familial, un Feeling 326 du chantier Kirié, et en prenant au fur et à mesure un peu plus d’expérience de la mer et de la navigation hauturière, en équipage ou en solo. La Méditerranée est devenue notre lieu annuel de vacances où nous nous retrouvons avec nos enfants qui eux aussi, ont pris le virus de la voile.

L'appel du large...

Depuis quelques années, avec la famille qui grandit et s’agrandit, Lynne n’a cessé de m’entendre pester contre le manque d’espace évident d’un 32 pieds. Avec six personnes à bord, la phrase favorite de l’été est vite devenue « Il nous faut un plus grand voilier! ». Avec mon double mètre et quelques douleurs articulaires qui me rappellent que finalement le sport de haut-niveau est loin d’être favorable à votre santé, je n’ai cessé de répéter au cours des 10 dernières années que nous devions acheter notre propre voilier pour partir en voyage. J’en ai écumé des sites de vente de bateaux, des kilomètres sur les pontons, en essuyant à plusieurs reprises de grands moments de solitude au vu des réactions de Lynne qui manifestement ne croyait pas un seul instant que nous serions en mesure de réaliser un tel projet. « Arrête de rêver, nous n’avons pas les moyens… ».

Il ne m’en fallait pas plus pour nous donner les moyens de créer des conditions favorables. Il y a deux ans, nous avons mis en place un plan d’actions prenant en compte nos situations personnelles et professionnelles avec l’objectif d’acheter notre bateau et partir autour du monde en famille. Après beaucoup de travail et d’ajustements, nous voilà aujourd’hui propriétaire d’Inuksuit, notre Dynamique 52, en pleine préparation pour aller découvrir le monde autrement.

Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible. Les rêves font avancer et donnent une énergie incroyable. Ils nous aident à surmonter les périodes difficiles, les périodes de doutes. Rêver, planifier, agissez!