Première traversée, première tempête… L’aventure est lancée

Si certains ont dû passer le réveillon du nouvel an au calme à cause du couvre-feu, l’entrée en 2021 a été toute autre pour nous avec une première tempête pour notre première traversée. 24h de baston dans une Méditerranée déchaînée qui ne nous a pas permis de rejoindre notre objectif, Alcudia, au nord-est de Majorque.

Un départ dans le calme

Tout avait pourtant bien commencé, conforme à notre plan de route même si nous savions que la fenêtre météo que nous avions choisie était mince. Comme prévu, nous quittons Canet dans la nuit du 30 au 31 décembre à 00h30 avec un vent quasi nul nous obligeant à faire route au moteur. Nous savions que ça devait être de courte durée puisque une fois passé le Cap Béar et avant d’atteindre le Cap Creus en Espagne que nous atteignions aux environs de 5h du matin, le vent devait rentrer un peu plus nous permettant de faire de la voile. Deux heures plus tard à 7h, nous faisons route plein sud au 180°. Le jour se lève avec une vue splendide sur toute la chaîne des Pyrénées enneigées. Il y a 16 noeuds de vent, ça monte progressivement et nous prenons 1 ris dans la grand-voile en gardant le génois en grand pour pouvoir prendre un petit déjeuner tranquille. Nous sommes au près et avançons à une moyenne de 7 noeuds.

Des fichiers météo toujours rassurants

Nous savons que le vent doit monter en fin de matinée pour se stabiliser aux environs de 21 noeuds avec des rafales à 30 noeuds et une mer de 1,70m. Autant dire, des conditions tout à fait maniables pour notre bateau, même en naviguant au près. Nous reprenons la météo qui reste rassurante et je prends l’option de la route directe vers Alcudia en descendant plein sud plutôt qu’en ralongeant le long de la côte pour ensuite plonger plus au sud-est. Je n’ai pas envie que nous nous fassions rattraper par un coup de tramontane violent au nord de Majorque. La route directe nous permet d’assurer avec une arrivée au petit matin du 1er janvier à Alcudia et une huitaine d’heures d’avance sur la tramontane.

Très vite le vent monte

A 9h30 après 53 milles parcourus, la mer commence à être un peu plus agitée avec une houle de sud-ouest. Je ne suis pas inquiet puisque c’est bien conforme aux fichiers météo. La navigation reste donc confortable. Les enfants terminent leur nuit, Lynne est sur le pont et nos deux invités à bord (2 journalistes Alexis et Gary travaillant pour le Magazine Zone Interdite) sont ravis de partager cette première traversée avec nous pour raconter notre aventure. Mais progressivement, la mer se forme un peu plus et le vent rentre plus franchement toujours au sud-ouest.

24h de baston

A midi, il y a 28 noeuds établis et une mer forte. Nous sommes sous pilote automatique, grand voile arisée et trinquette devant, et les premières sensations de mal de mer se font sentir… Alors qu’Océane est sur le pont avec Gary et moi, Alexis, Mathieu et Lynne commencent à être mal en point. Nous ne reverrons d’ailleurs plus Alexis du voyage, allongé dans sa cabine, le teint pâle comme jamais et réussissant à trouver à peine la force de se lever pour aller vomir le peu qu’il a dans l’estomac. Le cachet anti mal de mer que je lui tends ne fera que 3 minutes… Je suis tellement désolé pour lui… Dans la cabine d’en face, c’est Mathieu qui vomit à son tour, mais en réussissant à garder le sourire quand on va le voir, c’est déjà ça. Lynne s’allonge à ses côtés et essaye de se reposer et contrôler son mal de mer. Dehors, c’est parti pour 24h de baston. A 14h, nous naviguons avec 2 ris et trinquette, il y a 35 noeuds établis et des vagues de 3m qui commencent à déferler. Océane a rejoint sa cabine, je reste sur le pont avec Gary.

Route de collision avec un cargo

Les fichiers météo annonçaient que le vent devait tomber vers 19h00 pour passer une seconde nuit au calme. J’ose encore espérer que ce sera le cas lorsque je vois sur l’AIS un cargo de 120m faisant route de collision avec nous. Je l’observe en espérant qu’il va changer légèrement sa trajectoire. Le vent souffle à plus de 40 noeuds en rafales et les vagues atteignent maintenant facilement 4m et déferlent à l’avant du bateau. J’attends le plus longtemps possible pour voir la réaction du cargo avant de prendre la décision d’envoyer un virement de bord dans cette mer déchaînée où les vagues se succèdent toutes les 6 secondes. J’anticipe les 3 ou 4 trains de vagues suivants et j’envoie le virement dans un creux. Ouf, c’est passé, mais saleté de cargo quand même.

Le bateau ne relance pas

Nous laissons le cargo passer avant de pouvoir ré-engager un deuxième virement et reprendre notre route. Deuxième montée d’adrénaline lorsque l’on envoie le virement entre deux vagues. Ca passe mais bizarrement, le bateau a du mal à reprendre son cap et sa vitesse. Je suis plutôt intrigué, surtout dans 40 noeuds, normalement, nous devrions repartir rapidement, même si les vagues continuent à déferler sur l’avant. Du coup, nous sommes un peu plus à la merci des déferlantes… Après quelques minutes où le bateau a du mal à reprendre sa trajectoire, je me dis qu’il serait pas mal de se faire appuyer par le moteur pour mieux passer les vagues et compenser l’absence de vitesse. Derrière, je ne vois rien, ni casier de pêcheur, ni filet de pêche que nous aurions pu attraper au passage et qui nous ralentiraient. J’enclenche le moteur et au bout de quelques minutes, il s’étouffe sans vouloir redémarrer… mince, il ne manquait plus que ça.

Une longue liste de petits problèmes…

Pour compenser l’absence de puissance du bateau, je décide de rouler la trinquette et de renvoyer un peu de génois qui pourrait être un peu plus propulsif devant. Je laisse le pilote barrer et juste avant la tombée de la nuit, je vais faire le point à la table à carte. Il est 17h30 quand Océane, qui malgré le fait d’être dans une cabine, garde un sacré sens de l’observation. Elle nous appelle pour nous prévenir une première fois que de l’eau rentre par certains panneaux de pont, mais aussi pour nous informer que le génois s’est déchiré. Elle le voit bien à travers son hublot. Mauvaise nouvelle, j’avais pourtant fait le maximum pour le préserver. Mais on verra plus tard, je le roule et je renvoie la trinquette. Mais le bateau n’avance toujours pas, seulement à 2 noeuds. Je ne comprends vraiment pas pourquoi, à moins que nous ayons accroché quelque chose. Je descends donc à la table à carte et commence à dresser sur le livre de bord la liste des petits problèmes:

  • Le moteur ne démarre plus
  • Le groupe électrogène ne démarre plus non plus
  • Le niveau d’énergie des batteries du bord baisse aussi sans pour le moment avoir une solution pour les recharger
  • Les panneaux de pont prennent l’eau sous les déferlantes
  • De l’eau de mer s’infiltre au niveau de la table à carte, ma carte de navigation et le livre de bord sont mouillés…
  • Le génois est déchiré à mi-hauteur
  • Les tiroirs de la cuisine s’ouvrent régulièrement et dangereusement lorsque les vagues viennent violemment frapper la coque
  • Nous faisons de moins en moins de cap, en dérivant un peu plus au sud-est, sans possibilité de remonter correctement au vent
  • Je commence à me demander si le mât va tenir car je vois les étais de génois et trinquette battre fortement devant. Il ne manquerait plus que l’on démâte et la coupe serait pleine…

Entre angoisse et fascination

Bien, il ne sert à rien de paniquer, je décide de prendre les problèmes les uns après les autres. Tout le monde est calme malgré les éléments déchaînés. La première chose est de réussir à relancer le bateau. Sur une vague, le bateau se met à la cape et s’arrête. Les écoutes de trinquette battent fortement et s’emmêlent l’une avec l’autre. Je demande à Gary toujours avec moi sur le pont d’aller jeter un oeil rapidement. Il ne constate que des noeuds. Je bloque alors la barre et je vais sur la plage avant avec ma frontale, accroupi, attaché à la ligne de vie, au plus près des déferlantes. Je m’assoie sur l’annexe et je commence à défaire les noeuds tout en prenant des paquets de mer sur la tête. Les vagues atteignent plus de 4m de hauteur, peut-être 5m, et s’enchaînent à grande vitesse. Je les vois arriver entre le pied du mât et la hauteur de la première barre de flèche. C’est d’ailleurs assez fascinant de voir la blancheur de l’écume venir se fracasser sur la coque, et de voir la transparence de l’eau éclairée par la lune et les feux de route avec 2.000m d’eau sous les pieds. Mais ce qui est rassurant, c’est que le bateau passe bien, il tient bon et absorbe bien le mouvement des vagues. Au bout peut-être de 5min, peut-être 10, je parviens à remettre de l’ordre dans les écoutes et je repars à l’arrière. Je remets le bateau sur un cap et prend la barre. Nous avançons à 2 noeuds mais au moins, je contrôle le bateau et le passage des vagues. Gary me demande s’il peut aller se reposer et Lynne, malade mais courageuse, vient le relayer tout en restant à l’intérieur, à l’entrée de la descente.

Rejoindre la côte

A 21h ce 31 décembre, notre position est 41°18’N - 003°28’E. En concertation avec Lynne, nous prenons la décision de faire demi-tour et de se rapprocher de la côte. L’objectif est de mettre l’équipage et le bateau en sécurité. On ne peut pas continuer à dériver comme ça vers le sud-est sachant que le lendemain dans l’après-midi, il y a un coup de tramontane violent qui va balayer la zone, annoncé par la météo celui-là. Nous devons nous échapper le plus vite possible, et sans moteur qui fonctionne et à 2 noeuds de moyenne, ce n’est pas gagné d’avance. Après un point à la carte, le plus proche est Palamos, situé à 35 milles dans le cap 335°, le plus facile à suivre avec un vent de sud-ouest et la direction des vagues. La question est de savoir comment faire changer le bateau de cap. J’essaie d’engager un premier virement de bord dans les creux, rien ne passe. Le bateau se stabilise face au vent avant de reprendre son cap vers le sud-est. La seule solution qui me reste mais aussi la plus délicate, c’est de tenter un empannage. J’en connais les dangers surtout dans cette mer très forte. Il va falloir aller vite et être précis. Je demande à Lynne de venir prendre la barre. Je décide de rouler la trinquette avant de faire la manoeuvre de façon à n’avoir que la grand voile à gérer. Puis nous envoyons la manoeuvre en choisissant la meilleure vague. J’ouvre progressivement la voile pour nous faire appuyer par le vent, mais rien ne se passe. Le bateau ne change pas de cap… Nous sommes non manoeuvrant et je ne comprends pas pourquoi… Je décide alors d’essayer de mettre le bateau à la cape, mais là encore, c’est assez laborieux. J’y parviens après de longues minutes d’efforts, en profitant d’une vague. Immédiatement, j’envoie la trinquette de l’autre côté, je m’écarte du vent pour prendre le peu de vitesse que je peux et je me stabilise sur le cap 335°. C’est passé, premier petit succès, le bateau est appuyé!… Maintenant, il s’agit de parcourir les 35 milles le plus rapidement possible. Mais à 2 noeuds de moyenne, il va nous falloir au moins 17 heures et c’est la certitude de nous retrouver dans le coup de tramontane.

Informer les services de secours en mer

Je reprends la barre, nous sommes loin des côtes, nous n’avons pas de réseau téléphonique, une portée vocale de VHF qui doit être insuffisante, mais nous décidons d’informer les services de secours en mer de notre situation. Au moins, ils seront en alerte si jamais la situation venait à se corser encore un peu plus. Il est minuit, nous lançons un PAN-PAN vocal et en numérique une première fois (merci à nos cours de CRR). Pas de réponse. Une deuxième fois, est c’est finalement le CROSS Lagarde situé à Toulon qui nous répond et nous met en relation avec les services de sauvetage en mer de Barcelone. Moment assez surréaliste, alors que nous sommes en pleine tempête, la personne de quart nous souhaite une bonne année! Ça a le mérite de nous donner le sourire. Pour nous, la mousse du champagne est remplacée par la mousse de l’écume et des crêtes des vagues. Maintenant que les secours nous suivent sur l’AIS, nous pouvons être un peu plus rassurés, même si la route est longue et qu’un sauvetage de leur part prendrait plusieurs heures s’il devait se produire. Je continue à barrer, à essuyer les déferlantes mais au moins, on avance et le bateau se comporte toujours bien. Pour essayer d’être un peu plus propulsif, je roule la trinquette et je renvoie du génois à la limite de la déchirure de la voile. Ca nous permet de gagner 1 petit noeud de vitesse. Il n’y a jamais de petite victoire… A 3h du matin et depuis que nous avons fait demi-tour à 21h, nous avons parcouru à peine 12 milles nautiques. La mer se calme un tout petit peu, le vent baisse légèrement en s’établissant à 30-32 noeuds, c’est le moment d’engager mon deuxième défi de la nuit…

De la mécanique en pleine montagnes russes

Si nous voulons regagner la côte au plus vite, je dois relancer le moteur. Je commence à le connaître ce satané Perkins, depuis le temps que je mets mon nez dedans. Mais pour quelqu’un qui n’y connait pas grand chose en mécanique, ça reste un défi, surtout dans la tempête. Et je dois dire que plonger la tête à l’envers dans la cale moteur dans les creux, ça retourne un peu l’estomac… Heureusement « Brad » notre pilote automatique barre comme un chef et je ne suis pas sujet au mal de mer. Méthodiquement, je me mets donc au travail. Je commence par purger mon décanteur et à contrôler le filtre. Le bas du décanteur laisse apparaître quelques impuretés qui n’étaient pas là jusque-là. Je remets tout en place, je referme et je purge la pompe à injection. Là, problème. Le décanteur ne se remplit plus, il y a donc un problème sur l’arrivée de gasoil en sortie de cuve. Elle doit être bouchée. Je démonte toutes les durites, je vérifie que la poire d’amorçage n’est pas encrassée et tout va bien de ce côté là. Je court-circuite le circuit classique, je coupe deux morceaux de durite neuve et j’attrape un bidon de 5l de gasoil que j’avais laissé dans un coffre pour tester mon montage et le fait que ma pompe artisanale fonctionne. C’est le cas. J’ai donc mon plan pour relancer le moteur. J’ouvre ma jauge de gasoil sur le dessus de la cuve et je plonge ma durite d’absorption directement dedans, l’autre côté de la poire d’amorçage étant reliée au décanteur et au circuit d’alimentation du moteur. Je commence à purger ma pompe à injection pour chasser l’air, le gasoil sort parfaitement. Je ferme la vanne de prise d’eau de mer et là, c’est l’heure de vérité. Lynne se met dans le cockpit pour redémarrer le moteur. Deuxième victoire! après 4 tentatives de démarrage, le moteur se relance! Bingo! Il est 5h30 du matin, nous allons encore gagner un peu de vitesse qui s’établit proche des 4,5 noeuds. C’est mieux mais ce n’est pas encore ça, car je trouve que le tout manque de puissance. Nous devrions avancer plus vite. Mais restons positifs, ça commence à prendre une bonne tournure. Et puis avec un vent qui a baissé à 25 noeuds et des vagues qui ont baissé un peu, ont se croirait sur le lac Léman en plein mois de juillet.

Relance du moteur #2

A 7h, nous recevons un appel de Barcelona Radio qui voit notre cap changer. « Inuksuit, Inuksuit, Inuksuit, this is Barcelona Radio, Barcelona Radio, Barcelona Radio, can you clarify your intention? Are you still heading to Palamos? ». Notre moteur vient de s’arrêter une nouvelle fois et le bateau vient de faire un 180°. Nous repartons vers le sud-est… Evidemment j’aurais dû anticiper les choses, la durite plongée directement dans la cuve de gasoil est trop courte et ne va plus pomper assez profond. Me voilà bon pour recommencer ma manipulation, mais cette fois-ci, en démontant le plancher sous la table de cockpit pour pouvoir gagner au moins 50cm de longueur de durite. 50 minutes de nouveau à respirer le gasoil, la tête à l’envers. Sauf que la mer recommence à se creuser avec l’entrée de la tramontane. L’intérieur du bateau ressemble à un bazar sans nom, entre les outils et les durites qui traînent au sol, le plancher du carré au milieu du couloir qui mène aux cabines, les coussins des banquettes entassées dans notre cabine avant. Dans ma veste de quart que je n’ai même pas pris le temps d’enlever, je transpire et je me dis que je vais finir par rejoindre notre équipe de malades, la tête commence à tourner… Lynne me passe de l’eau, je reprends quelques forces grâce au cake aux bananes maison cuisiné avant le départ qui a été notre seule source de nourriture jusqu’ici compte tenu des conditions. Et pour la seconde fois, je redémarre mon moteur. Cette fois-ci, ça devrait le faire jusqu’à Palamos. Enfin, croisons les doigts…

Des bruits bizarres sous le bateau

Le jour se lève, je sors dehors pour reprendre un peu mes esprits. Malgré le froid et le vent, j’ai laissé ma veste de quart à l’intérieur. Je ne porte qu’un sweat-shirt léger et un bonnet. Nous sommes le vendredi 1er janvier, 8h du matin, je n’ai presque pas fermé l’oeil depuis mercredi matin. Je sais tenir dans ces situations, ma concentration reste extrême et j’essaie toujours d’anticiper ce qui peut se passer. Alors que nous continuons à avancer à 4 noeuds vers Palamos, nous commençons à apercevoir la côte. Il nous reste environ 4h de navigation, mais nous ressentons des bruits étranges sous le bateau en fonction des vagues. Ça raille, il y quelque chose d’anormal. Nous naviguons avec la cale moteur grande ouverte, ce qui me permet de contrôler à tous moments la tenue du moteur et le comportement de l’arbre d’hélice. Pas d’anomalies de ce côté là. Pourtant, les bruits sont de plus en plus présents, surtout lorsque les vagues sont plus fortes. Elles creusent encore à près de 2,5m. Lynne et moi craignons que la série de problèmes se poursuive et la piste que nous avons accroché quelque chose se précise. Je jette un oeil sous le bateau à l’arrière, je ne vois rien. Je me dis que le pire serait maintenant de flinguer l’arbre avec un filet accroché, ou de perdre l’hélice. Après tout, nous ne sommes plus à ça près… Bref, on serre les fesses, on évite de trop forcer sur l’accélérateur et on fait route vers Palamos. A 10h30, je laisse Lynne et Gary sur le pont, je vais fermer l’oeil quelques minutes avant notre arrivée. Ça bouge, ça fait du bruit, mais je m’endors pour à peu près 1h. Lynne finit par venir me réveiller pour me dire que nous sommes en approche de l’entrée du port. Nous y sommes presque. Je monte sur le pont, j’affale la grand voile. Alexis remonte sur le pont avec nous, la mer s’est aplatie et les esprits se détendent. Toutefois, Lynne et moi restons concentrés. Tant que nous ne serons pas amarrés au quai, nous ne serons pas arrivés. Surtout que les bruits sous la coque se poursuivent. Je prends la barre pour assurer l’entrée dans le port, un oeil sur le sondeur, l’autre sur la digue rocheuse sur laquelle vient mourir la houle qui forme un peu de ressac. Mais le tout reste manoeuvrable en comparaison de ce que nous venons de vivre.

Nous sommes stoppés net devant le port

Nous sommes à 250m de l’entrée du port et j’aperçois le quai d’accueil sur lequel nous allons nous amarrer. Le sondeur affiche 20m de fond quand tout à coup, le bateau se retrouve stoppé net dans un bruit angoissant. Je demande à Lynne de tout de suite contrôler si nous avons une voie d’eau. Rien, les pompes de cale ne se mettent pas en route. J’enclenche la marche arrière pour voir si l’hélice est toujours là. Nous reculons doucement et je parviens à m’éloigner de la digue rocheuse et à stabiliser le bateau à coup de marche avant - marche arrière. Je demande à Lynne de déclencher un PAN-PAN pour la seconde fois de la traversée, nous avons besoin d’une assistance immédiate pour rentrer dans le port. La SNSM espagnole est juste à côté, elle sera sur zone dans 15 minutes. Il n’y a plus aucun doute, nous trainons quelque chose depuis le milieu de notre traversée, mais je suis incapable de savoir quoi. Ce dont je suis certain, c’est que nous sommes bel et bien accrochés au fond. En attendant l’arrivée du bateau de la SNSM, je décide d’aller préparer l’ancre pour mouiller devant le port et ne pas être à la merci de ce qui nous accroche au fond.

Nous avons perdu l’ancre…

Je m’avance sur la plage avant et là surprise… L’ancre n’est plus là… La chaîne s’est totalement déroulée et elle est tendue à mort devant le bateau. C’est pas possible, elle était sécurisée, bloquée sur son davier… Je réalise que depuis notre premier virement de bord pour éviter le cargo la veille, une déferlante a dû emporter notre ancre sous l’eau avec les 90m de chaîne. Depuis, nous trainons ça sous le bateau, nous rendant non manoeuvrant et presque à l’arrêt dans 40 noeuds de vent. Comment n’ai je pas pu m’en apercevoir. Dans la tempête, avec le bruit du vent, le déferlement des vagues, je n’ai rien entendu. La nuit, même en allant sur la plage avant avec ma frontale, je n’ai pas porté attention à l’ancre. Jamais je n’aurais pu imaginer ça. Et là, comme un dernier sort qui nous ai jeté, elle nous empêche de rentrer au port. Lynne et moi nous nous coordonnons pour essayer de la relever. Elle à la barre, moi avec la télécommande du guindeau à l’avant. Mètre après mètre, en tournant autour, nous gagnons du terrain. Au bout de 10 minutes, l’ancre est en vue, nous sommes décrochés et de nouveau manoeuvrants. Notre bateau retrouve son aisance et sa puissance. Nous remercions la SNSM qui venait d’arriver près de nous de s’être déplacée si vite. Le Capitaine nous suivra jusqu’au quai d’accueil et viendra nous saluer amicalement. Je lui demande ce que nous devons lui payer pour le déplacement. Il me répond rien du tout, c’est le 1er janvier, bonne et heureuse année à vous.

Vérifier l’étendue des dégâts

Il est temps de récupérer de nos émotions. Gary et Alexis repartent sur Paris avec un avion depuis Barcelone. Nous faisons un peu de rangement et profitons d’une bonne et longue douche pour nous dessaler. L’accueil espagnol est très chaleureux malgré les règles sanitaires renforcées à cause du COVID en Catalogne. Nous prenons la décision de rester ici pour les 6 prochains jours pour pouvoir faire l’état des lieux des dégâts. En surface à priori, le bateau n’a pas trop souffert. Il faudra inspecter le dessous de la coque pour nous assurer que tout est en ordre. Forcément, nous allons avoir des frais imprévus, au moins pour le génois et quelques reprises de gelcoat sur l’avant de la coque. Nous espérons que ce ne sera pas trop important pour nous permettre de repartir rapidement. Mais une chose est sûre, l’aventure est bien lancée!

Je tiens à saluer le calme et la sérénité de l’équipage pendant tout cet épisode. Il n’y a eu aucune panique, les problèmes ont été gérés les uns après les autres. Nous avons débriefé tout ça et les enfants n’ont pas l’air traumatisés plus que ça. Leur envie de naviguer et de voyager reste intacte. Lynne et moi avons pris de l’expérience. Nous savons que nous pouvons faire face à ce type de situation. Nous aurions préféré arriver à Alcudia sans dommages. Mais la voile en Méditerranée et en hiver, ce n’est pas une partie de plaisir.

Au moment où nous commencions à refaire route au moteur vers 5h30 du matin, nous avions capté un appel de détresse d’un bateau au large du Barcarès. Nous avions suivi les opérations de sauvetage par le CROSS Med. Ils s’en sont moins bien sortis que nous dans des creux de 3m à 15 milles au large, avec un génois déchiré. Il ont été pris en remorque par la SNSM, elle-même surprise de la violence de la météo qui n’était pas du tout annoncée.

L’heure du départ

Noël 2020 se referme derrière nous, Lisa et Emma qui nous avaient rejoints pour quelques jours en famille sont reparties hier et l’heure du départ est désormais arrivée. Toujours difficile de voir les filles repartir, surtout après un court séjour de 5 jours à peine. Il a été bien rempli comme toujours. Mais maintenant, notre esprit est focalisé sur le 30 décembre 9h00. Ce sera le jour de notre départ,  direction les Baléares, l’île de Majorque et le port d’Alcudia.

Depuis le temps que nous attendions ce moment de larguer les amarres, nous devrions nous sentir comblés et privilégiés de pouvoir nous offrir cette parenthèse indéterminée de liberté. Et pourtant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ce sont beaucoup d’émotions qui nous traversent l’esprit mais aussi beaucoup de doutes.


Beaucoup d’émotions qui se bousculent…

Des émotions d’abord de quitter notre ponton, un an presque jour pour jour après nous y être amarrés pour la première fois. Nous y avons fait de belles rencontres, avons noué de belles complicités avec nos amis. Il est certain que nos apéros improvisés vont nous manquer, l’entraide mais aussi les provocations amicales à force de me voir trafiquer mon moteur hors-bord, réparer un énième problème… Le monde de la mer et de la voile est réellement un univers où nous partageons tous des valeurs similaires de simplicité, de solidarité et d’humilité.

Emotions aussi de nous éloigner d’amis que nous côtoyons depuis 10 ans. Les enfants ont grandi ensemble avec le plaisir immense de se retrouver tous les étés pour faire les fous sur la plage et passer de longues soirées. Et que dire de Claire et Julie qui font pleinement partie de notre famille tellement nous avons passé du temps tous ensemble et partagé les bons moments comme les galères… Vraiment, vous allez tous beaucoup nous manquer. Ça nous rappelle notre déménagement de Bègles dans des circonstances particulières où nous avions dû aussi partir pour nous installer sur le bateau sans avoir eu le temps de dire au revoir à tout le monde.

A l'heure du départ

Des doutes et des incertitudes…

A l’heure du départ, les émotions laissent aussi place aux doutes. Nous partons dans des circonstances sanitaires complexes. Nous ne savons pas ce que les prochaines semaines nous réservent. Nous avons fait le choix de Majorque en sachant que pour le moment, il est impossible d’accoster en Espagne ailleurs qu’aux Baléares et aux Canaries. Et cela peut changer à tout moment avec des mesures renforcées, alors en plus des fichiers météo nous passons pas mal de temps à scruter les conseils aux voyageurs... Malgré toutes les précautions et les informations que nous avons prises, nous avons toujours des doutes sur l’accueil qui nous sera réservé, bien que nous restons positifs.

Et à plus long terme, nous n’avons aucune visibilité sur la possibilité de réaliser notre tour de Méditerranée pour débuter notre aventure. Nous nous ajusterons au fur et à mesure.

Nous avons plein de questions en tête… Saurons-nous être à la hauteur des surprises que nous réservent les éléments, saurons-nous faire face aux différentes galères qui vont jalonner notre parcours, est-ce que tout le monde va savoir s’adapter à cette vie en mer? Ces dernières semaines, j’ai dû régler pas mal de soucis sur notre moteur. Il tourne parfaitement maintenant, mais je n’arrive pas à me rassurer totalement sur ma capacité à avoir trouvé la solution à tout. Les travaux étaient conséquents. Nous avons vidangé toute la cuve de gasoil après avoir fait l’erreur d’avoir versé environ 140 litres d’eau dans la cuve.

Nous avons aussi changé les silentblocs en désaccouplant l’arbre d’hélice. Même si un mécano devrait venir contrôler notre travail, seules plusieurs heures de navigation au moteur sans dommages pourront finir de me rassurer. Enfin, le démarreur électronique ne tenait plus que sur une vis ce qui nous a valu de belles frayeurs pas plus tard que la semaine dernière avec une panne moteur à l’entrée du port et une entrée/sortie à la voile sans vent à la merci des cailloux de la digue…

L'heure du départ
L'heure du départ

Mais aussi plein d’espoir et de soif de découverte !

Malgré tout ça, nous sommes impatients de nous jeter dans ce nouveau chapitre de notre vie, faire découvrir le monde autrement aux enfants et vivre cette aventure à fond. Les dernières volontés de Lynne avant l’heure du départ ont été exaucées grâce à notre séjour à Foix: voir la neige! Le timing ne pouvait pas être plus coordonné! Certes, l’hiver n’est peut-être pas la meilleure saison pour démarrer un voyage en voilier, mais les beaux jours reviendront vite. Notre parcours pour les 9 prochains mois devrait nous amener en Sardaigne, Sicile, à Malte, en Grèce, avant de revenir par l’Italie et la Corse. 

Nous espérons que certains d’entre vous pourrons nous rejoindre pour partager un petit bout de chemin avec nous. Et si en plus vous avez des compétences en mécanique, en électronique, en électricité, que vous êtes vidéaste amateur, photographe, blogueur… alors votre cabine vous attend!

Partir ou ne pas partir: les incertitudes d’un nouveau confinement…

Partir ou ne pas partir, incertitudes avec le nouveau confinement

Partir ou ne pas partir, c'est bien le questionnement et les incertitudes qui nous trottent dans la tête ces jours-ci après l'annonce d'un nouveau confinement. Depuis début octobre, nous avons envisagé de finalement quitter notre port d’attache début novembre, pour retrouver un peu plus de chaleur et de soleil plus au Sud, du côté de l’Espagne. Notre date de départ était fixée d’abord au 1er Novembre, puis à partir du 6 novembre après que j’ai pu honorer un rendez-vous professionnel et que Lynne ait terminé ses démarches pour obtenir sa nationalité française.

L'impatience prend le dessus

Ces derniers jours, nous avons vu partir nos deux bateaux-copains Niue et Vahana qui ont mis le cap sur les Canaries. Ne pas partir n'était pas une option envisageable pour eux qui ont mis tout en oeuvre pour limiter les incertitudes et ne pas être bloqués par l'annonce d'un nouveau confinement. Nous avons passé d’excellents moments avec eux et les enfants se sont régalés à jouer tous ensemble. Ces rencontres nous ont réellement projetés dans le voyage et ont contribué à accélérer notre impatience de partir. Mais voilà que le gouvernement vient d’annoncer un nouveau confinement pour au moins un mois... si nous pensions que les mesures sanitaires pour lutter contre le virus allaient se durcir, nous n’envisagions pas un confinement quasi total. Nous nous projetions plutôt sur un confinement le week-end avec un couvre-feu plus tôt les soirs de semaine. Cette option nous aurait laissé la possibilité de partir un jour de semaine, rejoindre d’abord les Baléares puis nous retrouver en fin d’année vers Carthagène par exemple ou même encore un peu plus au Sud pour passer les fêtes.

L'espoir de pouvoir partir avant la fin d'année

Avec l’entrée en vigueur du confinement, nous sommes désormais suspendus à l’arrêté de la préfecture maritime qui devrait préciser les conditions pour les activités nautiques et la navigation. Nous espérons vraiment que nous ne serons pas bloqués au port jusqu’à la fin de l’année, date à laquelle nous devrons de toute façon libérer notre place après que nous ayons déposé notre préavis de départ.

Ça peut paraître un peu égoïste surtout dans cette période où on nous demande de réaliser une nouvelle fois un effort collectif pour lutter contre l’épidémie. Mais finalement, sur un voilier, nous sommes de toute façon confinés volontairement. Nous sommes aussi conscients que partir ne garantit pas de ne pas nous retrouver bloqués ailleurs en Espagne avec des contraintes encore plus fortes qu’en France, une potentielle quarantaine ou le passage de tests réguliers.

Nous sommes prêts à partir

Aujourd’hui le bateau est fin prêt pour notre départ. Nous avons terminé de régler les derniers petits détails, notre dessalinisateur fonctionne, nous offrant toute l’autonomie dont nous avons besoin pour naviguer et privilégier les mouillages plutôt que les ports. Nous sentons monter l’impatience de larguer les amarres pour de bon. Nous avons hâte d'offrir à nos enfants cette découverte du monde, cette liberté, dans une période et un climat plutôt moroses, anxiogènes, qui n’encouragent ni à l’optimisme, ni à un avenir meilleur tellement la nature humaine a tendance à reproduire sans cesse des schémas destructeurs pour notre environnement.

Un avant-goût de liberté après un été de navigation

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Alors que l’automne est déjà bien installé, nous en profitons pour faire un petit retour sur un été de navigation qui nous a donné un avant-goût de liberté. 

Prendre ses marques

Nous avons pris le temps de partir pendant presque un mois pour éprouver le bateau mais aussi pour permettre à l’équipage de prendre ses marques. Pour Lynne, ça a été l’occasion de faire ses premiers quarts de nuit, de découvrir plusieurs techniques de mouillage et d’amarrage, de prendre confiance dans ses capacités à faire marcher le bateau. Elle est devenue de plus en plus autonome au fur et à mesure des sorties, à tel point qu’elle ne craint plus de faire certaines manœuvres de port en tenant la barre. Pour les enfants, ils se sont très bien fait à la vie de marins et ont pu profiter au maximum des mouillages. Par moment, on se demandait s’ils ne passaient pas plus de temps dans l’eau plutôt qu’hors de l’eau. Mais quel bonheur de les voir évoluer librement, de prendre des responsabilités, de s’impliquer dans les manœuvres et surtout, de profiter au maximum de l’instant présent. Pour ma part, je me suis rassuré dans mes capacités à gérer le bateau et l’équipage, éviter le stress, les éventuelles mutineries ou crises d’angoisse. La communication a plutôt été positive et efficace.

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

Le plaisir de naviguer et d’accueillir

Cet avant-goût de liberté en navigation cet été n'a fait que se  renforcer au cours des presque 1000 milles (un peu moins de 2.000kms) à la voile que nous avons parcourus avec toujours du monde à bord. Car avoir un bateau pour nous, c’est aussi l'envie de partager, de faire découvrir et de transmettre notre passion aux gens que l'on apprécie, que ce soit pour de longues ou de courtes navigations. Nous avons eu de la visite tout au long de l’été pour nous accompagner, et nous nous sommes régalés de naviguer avec nos ami-e-s. Nous nous sommes sentis choyés ! D’ailleurs, certains ont parfaitement joué leur rôle en nous aidant à éprouver le bateau et à accélérer la casse de ce qui devait nous lâcher!! 😉 Dédicaces spéciales  pour Pirat Oliv et Thierry qui nous ont permis respectivement de renforcer l’axe de barre bâbord qui avait laché et de ressouder la table du cockpit qui devenait sérieusement bancale ! Pour le reste, nous nous en sommes très bien tirés malgré quelques petits soucis d’enrouler de génois, un filtre de décanteur encrassé et un moteur d’annexe toujours très capricieux qui nous a obligé à ramer tout l’été pour rejoindre la terre...

Nos escapades nous aurons donc amenées dans les Calanques de Cassis, à Toulon où Mathieu n’a pas pu s’empêcher de faire une revue de toute la flotte de la marine française en commençant par le porte-avions Charles de Gaulle. Toute la famille a aussi découvert Porquerolles, le Cap d’Agde, puis Begur en Espagne, Port de la Selva, Cadaques. Nous avons aussi fait plusieurs sorties sur 1 ou 2 journées vers Collioure et Paulilles, une anse qui n’a rien à envier aux plus belles criques de la Costa Brava.

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

De belles rencontres

Au fil de nos navigations et de nos courtes escales nous avons fait de belles rencontres, comme par exemple cet apéro dînatoire improvisé à Saint-Mandrier avec une famille qui suit nos aventures. Mathieu a pu se régaler avec son nouveau copain même si nous sommes repartis trop vite... Ce séjour improvisé à deux bateaux à Port de la Selva avec quelques aventures en annexe par 35 noeuds de vent restera aussi un beau moment de cet été. Mais globalement tous les instants passés à bord nous ont offert leurs lots de belles surprises, jusqu’à ce dimanche de septembre où nous avons croisé la route d’un énorme poisson lune, d’un petit requin et d’un rorqual commun, le deuxième plus gros mammifère marin de la planète après la baleine bleue. Un moment magique qui a largement compensé tous les dauphins que nous n’avons pas vus pendant tout notre périple estival...

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

La solidarité et l’entraide

L’un des autres côtés de cette nouvelle vie que nous apprécions, c’est l’ambiance de ponton. Il s’installe naturellement une solidarité et une entraide qui dépasse de loin les clivages sociaux que nous pouvons connaître au quotidien. Spontanément les autres plaisanciers viennent aider lors des arrivées au port, proposent leur aide quand il y a des problèmes mécaniques ou des choses à fixer sur les bateaux. Cette solidarité tranche vraiment avec l’individualisme ambiant des grandes villes. Il faut dire que là où nous sommes à Canet, nous sommes particulièrement choyés en terme de voisinage. Nous sommes une petite communauté qui partageons pour beaucoup les mêmes valeurs et la même passion pour la mer et les bateaux. Il n’y a pas une fin de semaine où nous ne nous sommes pas retrouvés avec du monde attablé dans notre cockpit, ou en train de partager un apéro improvisé sur un bateau voisin. L’occasion évidemment pour chacun de nourrir ses rêves de long voyage et de raconter ses histoires de mer!

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Le besoin et l’envie de prendre le large

Après 7 mois de vie à bord et un avant-goût de liberté, cet été de navigation bien rempli n'a fait que renforcer notre envie de partir loin. Si le Coronavirus est venu changer un peu nos plans et malgré l’aspect confortable d’être au port, nous sommes en train de re-planifier notre itinéraire pour pouvoir larguer les amarres rapidement. Déjà cet automne nous devrions aller trouver le soleil un peu plus au sud avant de quitter Canet en début d’année prochaine. Nous nous sommes bien ajustés même si forcément nous avons toujours des inquiétudes et quelques questions....

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Changer de vie et déménager sur un voilier…

Un rêve qui devient réalité

Depuis plusieurs années, je mijote l‘idée de changer de vie, de quitter mon travail et créer un travail qui me permettrait de voyager en famille, faire découvrir le monde à nos enfants, les éduquer au travers de la richesse du monde, de vivre plus près de la nature et de la respecter davantage. Bref, de se créer une vie au plus proche de nos valeurs. C’était une envie un peu folle, ambitieuse et très certainement idéaliste, je l’admets.

Je savais bien que cette idée de déménager sur un voilier serait aussi remplie de doutes, de peurs, d’embûches et je n’étais même pas convaincue que cette vie serait pour moi et comment j’allais m’y adapter. Moi qui avait vécu sous un certain schéma depuis plus de 20 ans, salariée, sécurité, routine... ayant toujours vécu dans une maison, comment allais-je m’adapter à la vie sur un bateau? Comment vivre pleinement cette aventure avec les enfants tout en « travaillant autrement »? Est-ce que j’aurai la patience, la motivation et la bonne humeur pour être avec les enfants tout le temps? C’est drôle comment notre cerveau joue des tours avec nous. Il nous donne l’envie de rêver et par la même occasion nous envahit avec tous ces sentiments contradictoires de doutes, de craintes et de peurs.

Et bien le déblocage pour nous, pour moi, fut un certain jour du mois d’août, après avoir passé deux semaines sur le voilier de mon beau-père. J’ai regardé Laurent dans les yeux et lui ai dit, alors comment on ferait VRAIMENT pour partir en voilier en famille? Et voilà le début de notre premier échange sur le COMMENT. Cette idée folle s’est transformée en projet avec une date de départ fixée, des tâches à accomplir, des échéanciers à respecter. Et bien sûr de nombreux échanges animés car les doutes, les craintes et les peurs reviennent et galop et oh combien souvent!!!

Le grand jour est arrivé!

Et bien, le grand jour est arrivé, le jour où nous avons officiellement pris le pari de changer de vie, de quitter la maison pour franchir une grande étape, celle de déménager et de vivre sur notre bateau. Le départ « officiel » de notre grande aventure est repoussé à cause de la situation sanitaire encore incertaine dans le monde, mais ça ne change en rien notre détermination pour la suite. Notre envie de vivre, d’éduquer, de voyager et de travailler autrement nous anime au plus profond de nous-même et elle vient de franchir un nouveau cap.

Voilà déjà un mois que nous avons déménagé notre maison sur le bateau. Il faut dire que ces dix jours consacrés au déménagement n’ont pas été de tout repos et que cette période a été chargée d’émotions. Au lendemain du déconfinement, Laurent avait prévu de rentrer tout seul à Bordeaux pour vider la maison, paqueter l’essentiel pour le bateau, faire l’état des lieux le 20 mai avant de revenir à Canet avec une petite camionnette. Mais dès le début, le destin en a décidé autrement et c’est finalement en voiture que nous sommes remontés tous les 4, munis d’une multitude d’attestations dérogatoires de déplacement au-delà de 100km de notre domicile. Une semaine, c’est exactement le temps que nous avons eu pour vendre tous nos meubles, faire le tri des affaires indispensables, des papiers personnels et professionnels, nettoyer toute la maison pour la laisser impeccable car nous n’avions pas l’intention de nous asseoir sur notre caution…! Lisa et Emma nous ont rejoint et ça n’a pas été du luxe. Toute la famille s’est mise au travail avec de très longues journées entrecoupées de visites d’amis que nous avons eu le plus grand plaisir de voir, même si nous n’avons pas pu leur accorder tout le temps que nous aurions souhaité.

Réduire ses affaires à l'essentiel

Changer de vie et déménager sur un voilier, c’est accepté de relever le défi de se séparer de tout le superflu. Passer d’une maison de 145m2 à un bateau de 16m impose forcément un tri sans concession des affaires qui sont indispensables de celles qui ne le sont pas. C’est fou à quel point même en faisant attention, nous accumulons tout un tas de petites choses qui s’entassent et dont on se souvient justement quand on doit déménager. Pas question pour autant de tout jeter à la poubelle et même si ça nous a pris du temps et de l’organisation, nous avons fait en sorte que nos affaires non indispensables aient toutes une deuxième vie! La quasi totalité de nos meubles ont été vendus, des vêtements inutiles pour nous ont été donnés. Pendant 2 jours, notre trottoir s’est transformé en brocante au plus grand bonheur des passants. Mathieu et Océane ont fait beaucoup d’efforts pour parvenir à se séparer de certains de leurs jeux et jouets. Mais au final, ils étaient fiers d’avoir pu faire plaisir à d’autres enfants plus démunis ou à des copains et copines qui étaient contents de pouvoir garder un souvenir d’eux.

S'éloigner des personnes que l'on aime

L’autre côté difficile quand on change de vie, c’est de quitter une ville, un quartier, des amis que nous apprécions énormément. Après quatre années à Bègles, nous avions pris nos marques et nous y sentions très bien. Tout était proche, il y avait un bel atmosphère et une proximité avec les gens qui vont nous manquer. C’est lorsque nous partons que nous réalisons encore plus à quel point nous étions bien. Nos amis du volley, de l’école, la famille… Nous avons eu beaucoup de tristesse à les laisser derrière nous. Mais nous savons aussi que nous allons rester en contact, que nous allons nous donner des nouvelles régulièrement et que nous espérons pouvoir les revoir et les accueillir sur notre voilier pour leur faire partager un petit bout de notre nouvelle vie. Nous avons été très touchés par les témoignages d’affection et l’aide que nous avons reçue pendant cette période de transition. Alors nous en profitons pour vous remercier toutes et tous:

  • Aurélie et Kamal
  • Krystel et Olivier
  • Gaëlle et Mathieu
  • Carine et Thierry
  • Karina et Benoit
  • Caroline et Benoit
  • Florence et Cédric
  • Karine notre voisine
  • Sylvie Boutin
  • Marie-Claire
  • Marion
  • Nelly et Guillaume
  • Karine et Romain
  • Pauline et Romain

Et sans oublier bien sûr Mamie Annette, Ghislaine et Marianne de la Ludothèque de Gradignan, toute l’équipe pédagogique de l’école Ferdinand Buisson (Elorry Soubelet, Eric Bacqué, Vanessa Couesnon, Catherine, Nathalie Berton-Jacques, Malika Khelifi).

Avancer et se lancer à fond dans l'aventure

Malgré tout nous n’avons aucun regrets. Les enfants s’épanouissent, nous nous créons de nouveaux amis de ponton, nous commençons à naviguer et nous ajustons notre rythme pour être en mesure de travailler, voyager et éduquer les enfants.  Nous savons qu’il y aura des moments de doutes, des moments d’euphorie, des moments de ras-le-bol, mais n’est-ce pas ça la vie, que ce soit sur un bateau ou sur terre?…

D’un voilier à l’autre pour notre envie d’évasion

D'un voilier à l'autre pour nos envies d'évasion

Depuis que nous nous connaissons Lynne et moi, la voile a toujours été en filigrane dans notre vie. En quelques années, nous sommes passés d'un voilier à l'autre pour satisfaire nos envies d’évasion. Depuis notre premier séjour ensemble en bateau en juillet 2010 en Méditerranée, l'envie de voyager autrement a été souvent présente dans nos conversations et notre quotidien. Lors de notre mariage à Cap-Pelé au Canada, nous avons eu droit à plusieurs clins d’oeil autour de la mer et de la voile. Le cadre était magnifique sur les rochers face à l’océan, des surprises avaient été disposées dans un petit bateau en bois avec une voile décorée avec nos prénoms et nos drapeaux. Comme par magie, au moment de l’échange des alliances, un voilier naviguait en arrière plan. Etait-ce un signe de plus?

Un dériveur de voile légère « Tasar » comme premier achat

A cette époque, nous vivions à Gatineau au Québec, à deux pas de la rivière des Outaouais. Si l’hiver le plan d’eau était gelé, dès l’arrivée du printemps, la petite marina d’Aylmer commençait à s’animer et les passionnés de voile remontraient le bout de leur nez. Lorsque les collègues de Lynne nous ont demandé ce que nous souhaitions comme cadeau de mariage, nous nous sommes dit: « Et pourquoi pas une contribution pour un bateau? ». Et c’est comme ça que nous avons fait notre premier investissement! Un Tasar, dériveur double fabriqué en Australie, similaire au 470. C’était le format parfait pour aller s’amuser sur la rivière. Dès que le temps le permettait, chaque week-end ou le soir après le boulot, nous allions nous évader, nous rafraîchir l’esprit et faire des ronds dans l’eau dans cette rivière quand même large de 2 à 3 kms. Cela ne nous a pas empêché de prendre quelques coups de vent violents et de réaliser quelques figures de style dans des empennages. Heureusement que nous avions de bons équipements et qu’au coeur de l’été, l’eau était chaude! De vrais marins d’eau douce aussi, surtout lors d’une sortie où en plein milieu de la rivière, nous nous sommes retrouvés stoppés net par un rocher affleurant, la dérive complètement bloquée. De retour au port, nous aurions cru que la dérive avait était croquée par un requin… Une grosse entaille en demi-cercle sur le bord d’attaque. Mais il nous en fallait plus pour renoncer.

Envie d'évasion sur notre Tasar

La transition vers un voilier habitable

Notre retour en France nous a obligé à vendre notre Tasar. Et c’est naturellement que nous avons retrouvé la Mer Méditerranée dans les périodes estivales. D’un voilier à l’autre… Nous avons changé de catégorie en passant du Tasar au Feeling 326 familial. La Méditerranée en matière de navigation, c’est quand même le top après les Antilles. Même en restant proche de son port d’attache, il y a toujours un endroit magique. Pour nous c’est Collioure, Port-Vendres, Cadaquès et Portlligat en Espagne où Dali avait posé ses valises. Nous sommes attachés à cette région car c’est aussi là que nous voyons grandir nos enfants chaque été, retrouver le goût de la nature, jouer avec leurs copains et s’épanouir en toute insouciance. Sauf qu’en grandissant, malgré les dix mètres du Feeling familial, l’espace devient vite réduit à six sur le bateau dont un double-mètre, une fille d’1m80, une deuxième qui en prend tout droit le chemin et deux petits derniers qui ne demandent qu’à courir et sauter dans tous les sens! A tel point que ces dernières années, même en aimant beaucoup ce voilier, le refrain de l’été était devenu: « Il nous faut un plus grand bateau » à chaque fois que je me tapais les genoux contre la table du cockpit ne manquant jamais de renverser un truc par terre, ou encore quand il s’agissait d’organiser les couchages. 

Vie à bord, il nous faut un plus grand bateau

Voir toujours plus grand...

Du coup, quand nous nous sommes mis à commencer à chercher sérieusement pour notre voilier avec nos envies d’évasion, l’un des premiers critères a été la hauteur sous-barrot. Ou dit autrement, est-ce que je vais pouvoir rester debout sans me casser le dos à chaque fois que je dois faire quelque chose?! Alors par la force des choses, la taille du bateau idéal s’est mise à grandir: « Et chérie, j’ai vu un 47 pieds qui à l’air pas mal… »; « Oh chérie j’en ai un autre super bien équipé, il a l’air bien aussi, c’est un 50 pieds… ». Ok, j’avoue, j’ai poussé le vice jusqu’à aller regarder des 62 pieds (19m). Je ne trahirai pas de secret en écrivant que ce jour là, Lynne m’a regardé avec un air dépité en menaçant de ne plus m’adresser la parole si je continuais ainsi. De toute façon, nous n’avions ni le porte-monnaie qui allait avec, tant pour l’achat que pour l’entretien. Pourtant nous devions trouver un compromis entre plusieurs critères: la taille, le prix, les équipements, les aménagements du bord. Et un jour de mars 2019, ce compromis est apparu dans une annonce sur un site spécialisé: voilier Dynamique 52, 1989, entièrement révisé en 2018, équipement complet équipé Tour du Monde.

Le bateau idéal pour nos envies d’évasion

Nous venions de trouver notre voilier idéal pour partir en voyage. A priori, il remplissait 90% de notre cahier des charges. Le prix, essentiel évidemment. L’espace intérieur avec 4 cabines, un carré convivial et fonctionnel, un espace vie et un espace nuit. La qualité de la construction et les qualités marines ne sont plus à démontrer pour ce chantier créé par la fille du célèbre constructeur Jeanneau puis racheté ensuite par Dufour. Toutes les critiques que nous avons pu lire ou entendre sont très positives au sujet du Dynamique. L’équipement en énergie avec deux panneaux solaires de 335W chacun et un groupe électrogène, auquel nous pouvons rajouter le dessalinisateur pour l’eau douce. Côté voiles et accastillage, du matériel robuste de qualité, deux enrouleurs pour les voiles d’avant, un spi symétrique avec chaussette. Question sécurité, des gilets auto-gonflants tout neufs, des systèmes d’alerte d’homme à la mer, radeau de survie hauturier. Et enfin pour la communication et la navigation, un radar, un système AIS, deux VHF, un ICom, un Iridium permettant de communiquer par satellite, de recevoir des emails, d’échanger des photos et surtout, de prendre la météo de n’importe où.

Notre voilier idéal pour notre envie d'évasion

L’envie de prendre la mer

Au bout du compte, presque le seul critère qui ne rentrait pas dans notre cahier des charges était qu’il n’y avait qu’une seule barre à roue. Notre premier choix était d’avoir deux postes de barre pour avoir un accès facilité à la plateforme de bain. Mais finalement après réflexion, nous nous sommes dit qu’une seule barre à roue n’était pas moins pratique et surtout, que c’était plus sécuritaire notamment en pleine mer avec des vagues qui arrivent de l’arrière. 

Nous sommes vraiment très contents de notre choix de voilier. Alors que nous découvrons progressivement ses entrailles, il nous tarde maintenant de récupérer nos voiles, récupérer notre hélice, remettre le bateau à l’eau et pouvoir avoir l’occasion de le prendre en main en navigation une fois que la situation sanitaire nous le permettra.

La loi de l’emmerdement maximum en voilier

Travaux bricolage emmerdement maximum voilier

Vous y connaissez quelque chose en bricolage ? Nous, pas vraiment… Mais en vivant sur un bateau, les petits comme les gros travaux font partis de notre quotidien. Et on découvre au fur et à mesure que bricoler, c’est quand même la loi de l’emmerdement maximum sur un voilier !…

Des numéros de contorsionnistes

Nous avons déjà évoqué les différentes fuites que nous avions constatées sur le réseau d’eau, le moteur etc… Si nous en avons identifié certaines, d’autres restent encore une énigme. Le bon côté des choses, c’est que nous avons du temps avec le confinement pour essayer de remonter à la source. Mais en effet, rien n’est simple pour parvenir à régler les problèmes et remettre certaines parties du bateau en état. Depuis le début, Lynne et moi faisons des numéros de contorsionnistes pour atteindre les éléments les moins accessibles. Et je dois dire que malgré presque 10 ans de vie commune, Lynne a encore découvert quelques expressions exotiques alors que j’étais coincé la tête entre 2 tuyaux, les épaules encastrées dans une porte de placard ou encore à genoux avec un seuil de porte en train de me broyer les tibias tout en luttant pour dévisser un écrou récalcitrant… L’opération la plus bénigne dans une maison tourne rapidement à la mission impossible sur un bateau.

Faire preuve de patience

La loi de l’emmerdement maximum sur un voilier, en plus d’être liée à la complexité de certains travaux à mener, reflète aussi l’énergie et le temps à mettre pour arriver à nos fins. Cette semaine nous l’a encore démontré au travers de trois exemples. Nous avons terminé le remplacement de certains passes-coque. Si l’opération est en soi plutôt facile même pour un débutant, l’un d’entre eux situé dans les toilettes nous a donné du fil à retordre. Peu accessible, l’installation de la vanne, le réglage et le positionnement de sa poignée, la pose du raccord du tuyau d’évacuation nous a pris à peu près 1h30 alors que les plus accessibles nous auraient pris à peine 15 minutes. Et tout cela, en allant s’exploser quelques articulations déjà bien entamées…

Histoire de tuyau...

Jeudi, la bonne idée était de nettoyer le four et son bloc d’encastrement. Ils n’avaient pas dû voir une éponge depuis plusieurs années… A tel point que le tuyau de gaz, après lui avoir redonné sa couleur initiale, était à changer depuis 2012. Je m’exécute dans la foulée et après avoir fait briller le four, je réinstalle le tout après 1h30 de travail, pensant que le plus gros est fait. Grosse erreur de jugement, le plus dur était à venir avec le raccordement du tuyau de gaz à l’embout en laiton. Deux heures de lutte sous l’évier, la tête à l’envers, le dos vrillé, à faire des abdominaux en isométrie pour parvenir à loger le tuyau dans la tétine. Nous avons tout essayé pour l’assouplir, rien n’y a fait. Mais comme je ne suis pas du genre à abandonner, j’ai fini par avoir le dernier mot même si mes phalanges et mes paumes de main ont chauffé dur!

Hier samedi, la mission du jour était la révision du guindeau électrique. Si la chaîne d’ancre remontait normalement, impossible de la descendre. J’opte pour la solution la plus logique, dévisser le frein du barbotin pour libérer la chaîne. Mais là encore, le temps a fait son oeuvre et le frein est complètement grippé. Une nouvelle fois, il aura fallu deux heures pour parvenir à le libérer après avoir bien entamé notre WD40 et plusieurs coups de marteau…

Avoir les bons outils

Bon, nous devons quand même avouer que cette loi de l’emmerdement maximum en voilier peut être maîtrisée à minima en disposant des bons outils. En faisant l’inventaire du bateau, nous avons pu récupérer pas mal d’outils même si certains étaient bien oxydés ou rouillés. Nous les avons traités et pour la plupart, ils sont devenus opérationnels. Nous avons aussi investi dans une bonne perceuse-dévisseuse, quelques autres outils indispensables qui nous facilitent la vie. Mais le sur-dimensionnement de certaines pièces nous pose encore quelques maux de tête pour pouvoir poursuivre des révisions. Et le plus gros reste encore à venir avec la reprise de tous nos réseaux d’eau à bord et le levage du moteur pour révision. Nous n’avons pas encore fixé de date pour le faire mais ça va nécessiter le démontage de tout le carré et des planchers. Quelques bonnes journées de casse-tête en perspective!

Un peu de vocabulaire…

Ok, le vocabulaire marin n’est pas toujours une évidence. Alors on vous livre un petit lexique de quelques termes bizarroïdes utilisés dans cet article.

Passe-coque: Pièce métallique ou en plastique constituée d'un tube fileté et de rondelles de serrage destinées à connecter des périphériques (tuyaux de pompes, évacuations, capteurs) entre l'intérieur d'un bateau et l'extérieur. Il peut être situé sous la ligne de flottaison ou au dessus selon l'usage.

Guindeau: Treuil situé à l’avant des navires qui permet de relever l’ancre. Le nôtre est un Lofrans’ Tigres 1500W 

Barbotin: Pièce du guindeau formé à l’empreinte des maillons de la chaîne d’ancre et sur laquelle les maillons viennent s’endrailler.

Entretien du bateau, carénage de la coque

Entretien carénage coque bateau

Les grandes manoeuvres

À l’heure où de nombreuses personnes sont confinées chez elles à cause de ce foutu coronavirus, de notre côté nous avons repris depuis jeudi nos quartiers à Canet pour attaquer l’un des chantiers les plus importants de la longue liste que nous avons à faire: entretien et carénage du bateau. Et à la vue de l’état de la coque lors de la mise sur sangles lorsque nous avions fait l’expertise avant l’achat, il y avait fort à parier qu’il y aurait du travail... et bien, pari gagné !! C’est un élevage d’algues, de moules, d’huîtres et de tout un tas de petits coquillages qui ont élus domicile sous notre coque et qui ont profité de chaque cm2 pour se poser... je sens que l’on ne va pas s’ennuyer dans les 6 jours qui viennent!

Gérer le stress...

Aller, au travail! Mais avant de commencer la première aventure et de réussir à sortir le bateau de son emplacement sans dommages, nous avons une équation à résoudre. Petits rappels: 1) nous sommes vendredi 13... si nous avions été superstitieux, nous aurions certainement attendu le lendemain. Mais bon, nous sommes joueurs et nous aimons les risques. 2) notre moteur perd de l’huile en grande quantité. 3) on ne déplace pas un voilier de 16m de long, 4,30m de large et de 15 tonnes avec la même facilité que sa voiture que l'on sort prendre l'air un dimanche. 4) Nous serons seulement deux pour manoeuvrer avec Lynne qui n’a pas d’expérience. 5) Pour corser le tout, la météo annonce un vent de nord-ouest de 10 à 12 noeuds avec rafales jusqu’à 23 noeuds. Autant dire que dans ces conditions, je répète mes manœuvres dans la tête depuis deux jours, comme au bon vieux temps de joueur de volley. La visualisation mentale, ça a du bon!

La première chose à faire dès jeudi soir est de remettre de l’huile dans le moteur. Je verse 4.5 litres, soit la moitié de ce que peut contenir le réservoir. Une heure après je contrôle le niveau et je constate avec regrets que la jauge est bien sèche. Pas bon signe, mais rien n’a coulé dans la cale moteur. La zone de grutage étant à peine à 500m de notre emplacement, ça devrait malgré tout pouvoir le faire et la bonne chose, c’est que le moteur démarre au quart de tour.

Une bonne communication avant tout!

Le lendemain matin, branle-bas de combat. Le grutage est prévu à 10:00. Après le petit-déjeuner et un passage à la capitainerie pour faire valider notre temps sur la zone technique, on prépare le bateau et surtout le briefing pour appareiller. Premier test communication entre Lynne et moi. Je vous en livre un résumé :

- Bon chérie, le vent venant du nord-ouest, le bateau va être poussé en arrière vers le ponton. Nous larguerons donc en dernier la garde arrière tribord qui nous empêche de reculer. Nous commencerons par larguer la garde avant tribord, la garde arrière bâbord sans qu’elle tombe dans l’eau si possible car elle pourrait venir se prendre dans l’hélice, l’amarre de pointe avant  tribord, puis la pointe arrière bâbord, ca va?

- Euh, oui... c’est quoi déjà la différence entre une garde et une pointe?...  et quand je vais être devant on ne va pas s’entendre, il faut que je sache quoi faire.

- Alors, les pointes servent à empêcher le bateau de partir vers la gauche et vers la droite, les gardes l’empêche d’avancer et de reculer, je te rassure, rien à voir avec le tarot. Bon après, tu poursuis avec la pointe avant bâbord et enfin la pointe arrière tribord suivie de la garde arrière tribord. Une fois tout largué, tu te mets côté bâbord et tu vérifies que l’on ne se rapproche pas du bateau d’à côté. Ça va toujours? Et si ça peut te rassurer, tu n’as pas d’autre choix que de le faire dans l’ordre. 

- Bon d’accord, je vais essayer, mais je fais quoi des cordages et je les enlève comment?

- Ah oui d’accord, on part de loin quand même... bon on a pas le choix de toute façon et heureusement j’ai le propulseur d’étrave qui fonctionne et je pourrai jouer avec les gaz pour maintenir le bateau dans l’axe. Aller, tout va bien se passer et dans le calme.

Et tout s’est déroulé sans encombres! Ça aurait été dommage de devoir appeler l’assurance dès la première manœuvre et surtout de devoir gérer une crise de couple à cause d’une communication malheureuse.

Séance carénage

Voir son bateau perché sur une grue, c’est toujours impressionnant et anxiogène. Mais généralement tout se passe bien, même un vendredi 13. Une fois le bateau posé sur ses cales, nous constatons l’ampleur du travail de carénage et d'entretien à fournir. Je m’y attèle en commençant par l’hélice que nous devons démonter pour l’envoyer à la révision à 400kms de Canet. Pas le droit de se tromper et de manquer une journée au risque de ne pas la recevoir en retour pour vendredi prochain, date de la remise à l’eau. Puis la séance de grattage des coquillages débute en tenue de combat. Même après une bonne douche le soir, j’ai encore l’impression de sentir les fruits de mer avariés, mais la coque retrouve un peu de sa couleur. La séance de karcher achève le travail mais il aura quand même fallu compter 1/2 journée par côté pour que la coque soit finalement lisse et que j’arrive à revoir entièrement le propulseur d’étrave qui était noyé sous les huîtres.

Et pendant ce temps-là...

Et qu’à fait Lynne pendant tout ce temps?... et bien elle a géré la crise du coronavirus. Avec les annonces de fermeture des écoles, la logistique des enfants restés avec mamie a été un gros morceau. Comme tout le monde nous allons devoir nous ajuster dans les prochaines semaines en restant en famille et en avançant sur nos projets. Nous avons la chance d’avoir des boulots qui peuvent se faire à distance et il nous est du coup plus facile de suivre les consignes sanitaires mises en place.

Les prochaines étapes de notre semaine au sec: ponçage de la coque, remplacement des passe-coque (ces vannes qui font le passage entre l’extérieur et l’intérieur de la coque), application de l’antifouling, lustrage de la partie émergée de la coque. Bref, encore de bonnes heures bien occupées!

Pour conclure ce long post dominical, je ne pouvais terminer sans vous livrer quelques anecdotes, parce que la vie sur un bateau au sec a aussi son charme, et que cela pourrait servir aux novices qui comme nous découvrent certains aspects de la plaisance...

- Chérie, comment on fait pour monter à bord? Une fois le bateau posé sur ses cales, le cockpit se trouve environ 4-5 mètres au-dessus du sol. Si nous avons bien amené un escabeau dans la voiture fermée à clé, nous avons en revanche laissé nos clés dans le bateau. Avec notre échelle de bord en position relevée et impossible à atteindre, nous n’avons pu que contempler notre bateau d’en bas, sans moyen d’accéder à bord... c’est dommage non? Heureusement il y a quand même une solidarité sur une zone technique portuaire et l’un de nos voisins a eu pitié de nous et nous a prêter son échelle (trop courte) l’espace de 10min. Lynne a donc pu démontrer ses qualités d’experte en escalade pour accéder à la passerelle et nous a libérés de ce faux pas, l’honneur est sauf!...

- Chérie tu peux prévenir quand tu fais couler l’eau?... quand un bateau est à sec pour entretien, il y a une règle à ne pas oublier: fermer toutes les vannes du bord et éviter de faire de couler l’eau ou d’aller aux toilettes. Nous ne nous l’étions pas rappelé avant, erreur grave... pendant que je grattais sous la coque dans ma tenue de combat, d’un coup j’entends une cascade d’eau couler juste à côté de moi. J’ai juste le temps de faire un pas sur le côté pour éviter la douche. Tranquillement dans la cuisine, Lynne se lavait les mains comme si de rien n’était. Mais de vous à moi, je m’en sors bien, ça aurait pu être beaucoup plus désagréable...

Ça bricole à bord

Une semaine de vacances bien remplie!

En cette première semaine de vacances pour les enfants (mais dernière semaine pour Emma qui nous a rejoint quelques jours avec Mamie), nous avions décidé de nous retrouver à Canet pour profiter de quelques jours pour poursuivre les travaux de notre check-list préparatoire à notre voyage. Et comme un plan ne se déroule jamais comme prévu, forcément, nous avons déjà l’impression de prendre pas mal de retard sur notre planification. Pour nous, c’est un peu un saut dans l’inconnu quand il s’agit des aspects mécaniques, électriques et divers circuits à l’intérieur du bateau… Alors on prend notre mal en patience, on se creuse les méninges pour essayer logiquement de trouver une solution aux problèmes mais souvent cette semaine, le refrain a été le même : « Je comprends pas pourquoi ça fait ça… »

Trouver la fuite...

Voici un échantillon des petits problèmes qui apparaissent au fur et à mesure que nous essayons d’avancer dans nos tâches:

  • Grosse fuite d’huile moteur qui a inondée la cale moteur. Pour ceux qui ne se rendent pas compte de la profondeur de la cale, elle doit faire à peu près 1,80m de profondeur. Cela nous a valu d’aspirer à plusieurs reprises pour nettoyer, des aller-retours pour vider l’huile à la zone de recyclage, le nettoyage de certaines parties du moteur pour essayer de comprendre d’où vient la fuite. A ce stade, nous n’en avons toujours pas trouvé l’origine et nous serons bons pour un levage du moteur, un changement de tous les filtres et certainement le changement du joint du carter d’huile. Bref, beaucoup de logistique en perspective, des frais et une grosse semaine de travail à planifier pour un moteur qui doit peser pas loin d’une tonne. Le bon côté des choses c’est qu’après ça, on devrait le maîtriser un peu plus pour être capables d’en assurer régulièrement la révision nous-mêmes.
  • Déclenchement automatique de l’une de nos pompes de cale. Dans tous les bateaux, une pompe se déclenche automatiquement quand de l’eau se retrouve dans les fonds. Un système de sécurité qui accessoirement peut éviter de couler. Sur notre bateau nous en avons deux. Le problème est que l’une d’entre elles s’est déclenchée et ne voulait plus s’arrêter. Pas forcément bon signe et pourtant, nous ne voyions pas d’eau rentrer de façon significative. Juste le rejet des eaux de douche et éviers. Donc à priori rien d’alarmant. Pas sûr que la situation soit réglée entièrement, mais après avoir sorti les différents tuyaux et repositionné quelques-uns, il semble que la pompe se soit calmée… Espérons que ce ne soit rien de plus…
  • Déclenchement régulier de la pompe à eau. Cette pompe permet de donner de la pression dans tous nos réseaux d’eau à l’intérieur du bateau. Normalement elle ne se déclenche que lorsque nous faisons couler de l’eau. Là, environ toutes les 30 secondes, elle se met à ronfler pendant 5 secondes à tel point que nous avons décidé de l’éteindre quand on ne se sert pas de l’eau. Son déclenchement peut s’expliquer de trois façons: soit il y a une fuite dans le réseau et là, on peut jouer à « cherche et trouve » pendant plusieurs jours… Soit le régulateur de pression est défaillant et la pompe devra être changée. Soit il peut y avoir des problèmes de raccordement avec nos cuves d’eau. On poursuit nos investigations, sachant que le ballon d’eau chaude connaît aussi des petites fuites…
  • Potentielle fuite de la cuve d’eau tribord. En 2018, l’ancien propriétaire a fait installer deux nouvelles cuves en Inox de 350 litres chacune. En voulant tester leur comportement en pression et après 1h30 de remplissage, nous nous sommes aperçu que le passavant (passage qui permet d’accéder à l’avant du bateau) tribord en teck était humide et que cette humidité se retrouvait aussi sur la partie droite du plancher du cockpit. Du coup, on soupçonne soit une fuite quelque part (qui pourrait expliquer aussi le déclenchement de notre pompe à eau), soit un trop plein avec une difficulté de la cuve à tenir correctement la pression de l’eau. Comme nous devons traiter les cuves pour nous assurer que l’eau sera potable, on va recommencer l’opération et voir si le phénomène se reproduit…

Et sinon à part les fuites, quoi de neuf ?

Et bien il y a quand même quelques petites choses qui ont avancées. Les filles ont nettoyé complètement les plafonniers qui étaient pas mal oxydés et ça change le look intérieur du bateau avec le laiton qui retrouve en grande partie sa couleur d’origine. Mamie s’est employée a aussi nettoyer tous les hublots qui devenaient opaques. Un gros boulot qui nous permet enfin de voir les bateaux voisins mais qui reste encore à peaufiner en appliquant un lustrant sur tous les plexiglas pour essayer de les ravoir en totalité. Ce serait dommage de ne pas voir la mer depuis notre salon de pont…

Nous avons aussi débarqué l’annexe pour voir son état et la repositionner à l’avant du bateau. Emma y a mis du sien pour la hisser à bord et après état de la situation, rien de méchant sur l’annexe. Quelques éléments à recoller qui tiennent plus de l’esthétique que de la sécurité.

On garde le cap!

Aller, on tient le choc pour revenir en deuxième semaine! Et nous ne devons pas oublier de nous occuper des enfants, de travailler un peu aussi pour notre entreprise. Pas question de laisser tomber nos équipes et nos clients! Tout cela fait pas mal d’adaptations et ne manque pas de générer quelques émotions 😉 Mais on garde le cap!

Voyager au long cours

Le voyage fait partie de nos vies depuis que nous sommes adolescents. À 18 ans grâce au sport, Laurent avait parcouru quasiment la totalité de l’Europe. Depuis il a voyagé dans plus d’une soixantaine de pays à travers le monde. Quand à moi, je suis sortie de ma zone de confort en allant passer une année en Tanzanie pour travailler dans les camps de réfugiés.

Une quête d'authenticité

L’une des questions les plus difficiles à laquelle nous avons eu à répondre est « où aimeriez-vous vous installer ? » Nous n’avons pas vraiment de réponse à ça tellement les environnements dans lesquels nous avons vécu sont différents. Certains pays avaient tout le confort nécessaire, d’autres rien, ni électricité ni eau courante. Et pourtant, ce ne sont pas les lieux les plus surfaits et dans la démesure qui nous ont le plus séduits. Avec le recul, ce sont les rencontres humaines et notre connexion avec les gens qui ont fait que l’on s’est sentis chez nous ou au contraire, pas du tout. 

Ce qui nous anime aujourd’hui le plus pour partir autour du monde en voilier, c’est bel et bien cette quête d’authenticité, de prendre du temps, loin de nos modèles qui poussent à toujours plus de consommation, d’extravagance, où l’apparence compte souvent plus que tout le reste et qui a tendance à rendre arrogants et irrespectueux. Avec le temps, nous sommes devenus allergiques à ce tourisme de masse, aux hordes d’avions, à ces paquebots ou ces bus chargés de touristes qui ne prennent même pas le temps d’aller au contact des populations locales et de s’imprégner des différentes cultures. Sans parler bien sûr de l’impact néfaste que ces modes de voyage provoquent sur l’environnement. Laurent et moi aurions quelques anecdotes à vous raconter à ce sujet...

Le voyage comme source d'éducation

Mais l’envie de voyager autrement n’est pas notre seule motivation. Nous voulons ouvrir l’esprit de nos enfants, leur apporter une autre source d’éducation, les aider à développer leur curiosité, à devenir plus tolérants, à les enrichir culturellement. Leur participation au voyage doit être totale. C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de préparer des projets avec les écoles, où notre voyage sera aussi vu et documenté au travers des yeux de Mathieu et Océane. 

Pour Mathieu, c’est une opportunité inespérée. Depuis qu’il est tout petit, nous nous sommes posé des questions sur sa capacité à s’adapter et à s’intégrer dans un système scolaire classique. Au fur et à mesure de sa scolarité (il est actuellement en CE1 / 2ème année) nous nous rendons compte que les apprentissages sont difficiles et qu’il a du mal à s’intégrer, malgré l’environnement créé par les équipes pédagogiques. Nous sommes conscients que plus il va avancer dans son parcours, plus l’écart va se creuser entre les élèves « normaux ». Nous voulons lui donner une réelle chance d’apprendre autrement et de s’épanouir au travers d’un cursus atypique. Le moment est presque idéalement choisi pour lui et nous voyons combien son comportement et ses attitudes sont différentes positivement lorsqu’il se retrouve au milieu de la nature.

Oser la liberté!

Pour toutes ces raisons, notre voyage au long cours prend tout son sens. Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas se lancer, il n’y a jamais de moment idéal. Nous avons fait le choix de n’écouter que nous-mêmes, de suivre nos convictions, nos envies et nos passions. Après tout, on ne sait jamais de quoi demain est fait...