10 conseils pour partir voyager en voilier sans expérience

Voyager en voilier sans expérience

Ça y est, votre décision est prise. Après des mois ou des années de réflexions, d’hésitations, vous ne reviendrez pas en arrière. Même avec très peu d’expérience de la voile, dans votre tête, vous êtes prêts à partir voyager en voilier et en famille. À vous la liberté, vous allez pouvoir partir à la conquête du monde, braver l’horizon et les éléments pour vivre l’aventure de votre vie!

Nous ne connaissons pas une seule famille nomade qui n’ait pas ressenti ce bien-être, cette forme de libération et d’excitation après avoir pris la décision de se lancer dans une nouvelle aventure. Il faut une sacrée dose de courage, d’abnégation mais certainement aussi un peu d’insouciance pour décider de quitter son confort quotidien et partir hors des sentiers battus. Mais cette décision a souvent un sentiment libérateur et nous procure l’énergie nécessaire pour franchir les premiers obstacles qui surgissent devant nous.

Pour autant, nombreuses sont les questions qui nous envahissent. Par où dois-je commencer, quel choix de bateau dois-je faire, quels cours dois-je prendre?… Et puis il reste l’essentiel: comment vais-je réagir une fois que je vais être en mer? Car même si nous avons pris quelques cours de voile au préalable ou que nous avons l’habitude de navigations côtières, la navigation hauturière se distingue à bien des égards. Ne plus voir la terre peut par exemple être un facteur anxiogène, avec l’impression d’être livré à soi-même. Et cette angoisse peut vite se révéler oppressante pour une personne qui se lance dans un voyage en voilier sans beaucoup d’expérience préalable. 

Alors pour prendre un bon départ, voici quelques conseils qui vous permettront d’avancer plus sereinement dans votre projet.

1. Ne pas voir trop grand dans le choix du bateau

Lorsque l’on décide de partir en voyage en voilier au long-cours, nous avons tendance à vouloir conserver un minimum de confort, comme à terre. Or ce sont des environnements totalement différents. Il est utopique de penser que toutes les commodités que nous avons dans une maison vont se retrouver sur un voilier. Un bateau doit rester le plus possible minimaliste, car plus il est complexe, plus il est équipé, plus les risques de pannes augmentent. Chacun doit trouver le meilleur compromis entre le confort, les équipements et les coûts associés.

Que votre choix se porte sur un monocoque ou sur un catamaran, vous devez savoir que plus votre bateau est grand, plus il va coûter cher en entretien. Et quand on dit cher, on parle souvent en milliers d’euros. Si vous devez ajouter à cela les coûts des marinas lorsque des travaux sont nécessaires, le budget peut vite être amputé. 

Mais cela n’est pas tout. Car choisir un grand bateau, c’est également devoir être en mesure de le manoeuvrer facilement. Nous avons tous eu des sueurs froides lors de manoeuvres dans des marinas que l’on ne connait pas, avec du vent de travers et des emplacements étroits. Enfin, un grand bateau sera beaucoup plus physique à manoeuvrer en mer. Même avec de l’assistance électrique, le bateau développera une puissance plus importante qu’un voilier plus modeste. A moins que vous ne naviguiez avec des équipages conséquents (ce qui n’est souvent pas le cas en famille), vous devrez être en mesure de manoeuvrer votre voilier en équipage réduit. Mieux vaut donc le choisir dimensionné à son programme et aux capacités de son équipage.

2. Débuter par de courtes navigations qui vont s’allonger progressivement, choisir son programme en rapport avec son niveau d'expérience

Même si vous avez déjà pris des cours de voile, considérez que partir en voyage en voilier en famille avec peu d’expérience, c’est un peu comme se lancer tout seul sur le périphérique parisien le lendemain de l’obtention de son permis de conduire. En gros, vous ne faites pas le malin, vous êtes seul(e) aux commandes et plus personne ne peut vous aider à prendre les bonnes décisions. Et vos réflexes, vos réactions face à un danger sont encore loin d’être aguerris. A chaque fois que vous allez allumer le moteur pour quitter une marina ou un mouillage, votre coeur va se mettre à battre et il y a fort à parier que vous ressentiez une petite boule dans le ventre. Mais cela est sain! Et dites vous que le jour où vous ne ressentez plus cette boule dans le ventre, vous aurez intérêt à redoubler de vigilance. Car l’excès de confiance en mer, ça ne pardonne pas.

Pour éviter de vous mettre trop vite dans des situations de stress intense, débutez par de courtes navigations de 2 ou 3h que vous allongerez progressivement. Bâtissez votre confiance dans le bateau, en vous-mêmes mais aussi dans votre équipage. Tout le monde à bord doit pouvoir apprendre à maîtriser le bateau, à en comprendre ses réactions. Ne soyez donc pas trop ambitieux dans vos premiers milles, mais préférez assurer le coup.

De plus, la réussite d’un voyage au long-cours se joue plus dans l’esprit d’un marathon que d’un sprint. En d’autres termes, préférez aller lentement dans vos déplacements plutôt que de vous imposer d’être rapidement à tel ou tel endroit. C’est souvent lorsque l’on courre après le temps que l’on enchaîne les navigations. On profite moins des escales, on se fatigue plus et l’inconfort peut vite se faire sentir parmi l’équipage. Or l’inconfort peut se transformer en stress, laisser place à la peur, à la saturation et en dernier lieu, à l’arrêt prématuré du voyage.

Avancez donc pas à pas, sans vous surestimer ou sans sous-estimer ce qu’engendre l’accumulation de beaucoup de milles en peu de temps. Rappelez-vous, vous ne faites pas de course mais de la plaisance!

3. Choisissez le plus possible des créneaux météo calmes en portant attention à la houle et aux courants

En voilier c’est bien connu, c’est la météo qui dicte le rythme. Et c’est encore plus vrai lorsque l’on débute et que l’on a peu d’expérience. Aller se confronter à des vents de plus de 25 noeuds, sauf quand on a pas le choix, ça commence déjà à être sportif pour des équipages non aguerris. Et si vous partez de Méditerranée, méfiez-vous encore plus, car elle est beaucoup plus traitre que l’Atlantique avec des vagues courtes et violentes.

Avant de prendre la mer ou de quitter un mouillage, étudiez bien les fichiers météo en vous basant sur les prévisions les plus pessimistes. Prenez les prévisions en mode « rafales » et ajoutez encore entre 5 et 10 noeuds pour vous accorder une marge de sécurité. Renseignez-vous également sur le particularités de votre zone de navigation. Les configurations des plans d’eau peuvent générer des vents différents de ceux annoncés par les fichiers météo. Et au lieu de vous retrouver dans du 15 noeuds avec mer plate, vous pourriez être surpris(e) avec des vents 2 fois plus forts qui pourraient vous mettre en difficulté. 

4. Ne pas se lancer dans des navigations de nuit tout de suite

La nuit toutes les sensations et les perceptions sont différentes. A vitesse égale, vous aurez l’impression d’aller plus vite. Vous n’apprécierez pas les distances de la même façon et bien sûr, vous n’aurez presque pas de luminosité, sauf en cas de pleine lune. À l’intérieur du bateau, les bruits sont perçus différemment que le jour. Les craquements du bois sont plus marqués, tout semble plus impressionnant. Sans compter les dangers qui peuvent trainer en surface et que vous ne verrez pas, les autres bateaux que vous pourrez croiser et pour lesquels il faudra interpréter correctement le cap, la vitesse, les feux…

Un conseil, allez-y la aussi progressivement. Commencez par faire des petites parties de nuit, comme par exemple partir en navigation en toute fin de nuit pour avoir une à deux heures d’obscurité. Puis allongez au fur et à mesure les durées. Vous verrez que vous gagnerez progressivement en confiance. Et vous pourrez apprécier de plus en plus ces navigations qui offrent souvent un spectacle grandiose: Voie lactée, plancton fluorescent, dauphins…

5. Embarquez un skipper, un moniteur de voile ou un ami qui a de l’expérience pour vous accompagner dans vos premiers milles

Même si vous avez pris des cours de voile, il n’est jamais facile de se lancer tout seul au milieu de nulle part… N’hésitez pas à vous faire accompagner par une ou des personnes qui ont plus d’expérience et qui finiront de vous accompagner et de vous rassurer dans la prise en main de votre voilier. Même si vous resterez le maître à bord, savoir que vous avez des personnes qui auront les bons réflexes en cas de problème, qui pourront tenir des quarts sans que vous ayez à vous inquiéter, ça vaut de l’or. 

Il y a beaucoup de personnes qualifiées qui souhaitent s’embarquer pour des navigations plus ou moins longues. En parcourant les réseaux sociaux, les forums, en postant des annonces, vous trouverez à coup sûr la personne qui vous convient. Mais attention, étant capitaine de votre voilier, c’est vous qui fixez les règles de fonctionnement selon ce que vous recherchez. N’oubliez jamais que le manque d’expérience n’est pas incompatible avec la capacité à déterminer son programme et la façon dont on veut naviguer.

6. L’équipier ou l’équipière adulte qui a le moins d’expérience prend la décision du top départ

Se lancer dans un voyage en voilier en famille sans expérience et pour une longue durée n’est anodin pour personne. Le degré de confort, de confiance et les ressentis sont forcément différents selon les membres de l’équipage. Avant d’appareiller même pour une courte navigation, le départ doit être concerté. Il est conseillé que l’adulte qui se sent le moins à l’aise soit favorable au départ, cela ménagera les susceptibilités et sera un gage d’harmonie à bord. Par exemple, une bonne chose à faire et de laisser la personne la moins à l’aise étudier les fichiers météo et donner son point de vue sur les conditions de navigation. Le créneau de départ pourra ainsi être choisi d’un commun accord. Par la suite, au fur et à mesure des navigations, tout le monde sera plus à l’aise et il sera plus facile de partir.

7. Apprenez à mettre votre bateau à la cape

En mer, nous ne sommes jamais très loin d’une difficulté, d’une météo changeante, d’un problème technique ou tout simplement d’un gros coup de fatigue. Et lorsque vous êtes trop loin des côtes et que vous devez faire le dos rond, l’une des meilleures options consiste à mettre votre bateau à la cape. Mais de quoi s’agit-il exactement?

En théorie comme en pratique, c’est assez simple. Il « suffit » de faire virer le bateau sans ne rien toucher aux voiles et à vos réglages. La grand voile va changer d’amure et la voile d’avant va se gonfler à contre. Les forces qui vont s’exercer sur les voiles vont s’opposer et le bateau va s’arrêter face aux vagues. Il ne vous reste plus qu’à bloquer la barre en l’orientant « au vent ». Même dans une grosse mer avec beaucoup de vent, vous retrouverez tout de suite un peu de « confort » et de tranquillité. Vous pourrez vous mettre à l’intérieur, vous reposer, manger. Les sensations seront immédiatement complètement différentes.

La mise à la cape est également une manoeuvre d’urgence en cas d’homme à la mer par exemple, à condition que vous ne naviguiez pas sous spi ou trop au portant. N’hésitez pas à pratiquer cette manoeuvre dès vos premières sorties.

8. Travaillez votre communication

Lorsque l’on débute dans une nouvelle activité, le manque d’assurance peut vite nous faire paniquer dans des situations un peu stressantes ou dans des manoeuvres que nous n’avons pas beaucoup pratiquées. Un mouillage, une prise de coffre, une prise de ris, un accostage dans une marina… Lorsque l’on a peu d’expérience (comme après d’ailleurs), la peur de perdre le contrôle peut générer de l’agressivité, des engueulades qui ne vont pas arranger les choses. Aussi, une bonne communication est cruciale

Le Capitaine reste le seul chef d’orchestre à bord, il est responsable de la réussite ou de l’échec de la manoeuvre. Mettez vous d’accord avant la manoeuvre sur des signes qui vont vous aider à communiquer. Souvent avec le vent, il n’est pas rare de ne pas s’entendre entre l’avant et l’arrière du bateau. Prenez votre temps, expliquez ce qu’il y a à faire, décomposer les manœuvres et surtout, restez calme! Si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, ce n’est pas grave. L’énervement est la meilleure recette pour se rater et mettre une très mauvaise ambiance à bord.

Il n’est pas rare de voir des voiliers arriver dans des mouillages et de faire le spectacle avec Monsieur à l’ancre et Madame à la barre. Et si par malheur la première tentative rate, alors c’est le début du spectacle pour tous les bateaux voisins. L’orgueil de Monsieur en prend un coup et Madame assume comme elle peut… Et croyez-nous, vous ne voulez pas vous retrouver dans cette situation! Nous avons tous manqué des manoeuvres et nous en manquerons encore. L’erreur est humaine et c’est d’ailleurs comme cela qu’on apprend. Alors restez zen, la plaisance doit rester du plaisir.

9. Donnez-vous du temps

Votre programme est de partir voyager au long-cours en famille. Profitez de ce que le voilier vous offre: de la lenteur! Inutile de vouloir aller trop vite dans vos étapes et votre parcours. L’aventure peut commencer à seulement 2h de navigation de son point de départ. Et cela suffit parfois à être totalement dépaysé.

Donnez le temps à chacun de trouver son rythme à bord. Et à moins que vous n’ayez qu’une seule année devant vous qui vous impose des créneaux de traversée pour un tour de l’Atlantique par exemple, rien ne vous empêche de décaler de plusieurs mois une longue traversée. En voilier, le rythme effréné de la terre n’a pas lieu d’être. Alors laissez-vous porter par vos envies et vos coups de coeur!

10. Entraînez-vous à barrer, à sentir votre bateau et à en connaître ses réactions

Pouvez-vous vous imaginer conduire une voiture sans jamais toucher le volant? Lui feriez-vous une confiance aveugle à 130km/h sur l’autoroute ou bien en cas d’urgence sans connaître ses réactions? Probablement que non… Mais il faut aussi envisager les pannes électroniques. Certes, un pilote automatique barre beaucoup plus précisément qu’un humain, mais si votre pilote tombe en panne, comment feriez-vous? Vous n’aurez pas d’autre choix que de barrer 24h/24, à moins de disposer d’un régulateur d’allure qui pourra vous soulager un peu.

Quand on décide de partir voyager en voilier en famille sans expérience, de nombreuses craintes surgissent, la plupart du temps parce que nous sommes confrontés à un environnement hostile, qui nous est inconnu et dont on ne maîtrise pas tout. Un bateau qui accélère, qui prend de la gîte, ça reste toujours impressionnant et ça peut créer des peurs par manque de connaissance des réactions du voilier. Or plus vous allez vous familiariser avec le comportement du bateau sous voiles, plus vous serez rassuré(e) sur son côté marin. Tous les membres de l’équipage devraient se familiariser avec la conduite du bateau, y compris les enfants. Pour eux, c’est un bonheur de pouvoir barrer et de sentir les mouvements du bateau.

Et une nouvelle fois, n’ayez pas peur de faire des erreurs, vous verrez que les bateaux de plaisance pardonnent généralement beaucoup plus d’erreurs que ce que l’on pense.

Les 5 raisons de partir voyager en voilier

Au cours des derniers mois ou des dernières années, ne vous êtes-vous jamais dit que vous aviez envie de tout plaquer pour faire autre chose, sortir de votre routine quotidienne, vivre pleinement ce à quoi vous aspirez le plus avant qu’il ne soit trop tard? Après tout, nous ne savons jamais de quoi est fait demain et nous pourrions vite regretter de ne pas être allé au bout d’un projet qui nous tient à coeur, quel qu’il soit…

C’est ce qui s’est passé pour notre famille il y a un peu plus de deux ans. Nous n’étions plus vraiment en phase avec la société dans laquelle nous vivions, nous aspirions à autre chose avec plus de sens, plus proche de nos convictions et de nos valeurs. Nous voulions démontrer à nos enfants qu’il existe des modes de vie alternatifs, leur faire découvrir toute la richesse du monde et des gens malgré les différences de cultures. Pour nous, partir voyager en voilier s’est imposé comme une alternative idéale. Nous faisions déjà de la voile pendant les périodes estivales et ce sentiment de déconnection, de simplicité nous séduisait.

Bien sûr, il y a toujours de bonnes raisons pour ne jamais partir. La réalité peut vite nous rattraper et changer radicalement de mode de vie demande du courage. On se jette dans l’inconnu, on sort de notre zone de confort, on expose nos vulnérabilités. Et face à ces difficultés, beaucoup renoncent avant même d’avoir essayé, par peur de se tromper ou de ne pas réussir. Ces ressentis sont pourtant normaux et sains. Nous n’avons pas échappé à ces questionnements. Mais une fois nos craintes et nos doutes surmontés, nous avons franchi le pas, sans regrets. Et si c’était à refaire, nous le referions sans hésiter. Car malgré des défis, ce mode de vie sur l’eau nous apporte énormément de satisfaction.

Alors voici pour nous les 5 raisons de partir voyager en voilier.

1. L’océan, un dernier espace de liberté

La vie à terre nous emprisonne dans un fonctionnement routinier où tout est codifié, régulé, à tel point que ça devient oppressant. Nous sommes finalement prisonniers d’un quotidien rythmé par le travail, l’école des enfants, où le temps ne nous appartient plus vraiment. Quelques jours de répit par an ne suffisent plus à éviter l’implosion, les burnouts, les « craquages » qui viennent polluer notre équilibre de vie. 

Sur la mer, le rapport au temps est différent. Chaque instant est apprécié à sa juste valeur avec cette impression de lenteur qui apaise. Et puis il y a cette ouverture vers le monde, où contempler l’horizon nous donne envie de découvrir de nouveaux espaces, de vivre de nouvelles aventures. Le simple fait de hisser les voiles nous ouvre un champ de possibles et nous porte vers de nouvelles opportunités, de nouvelles rencontres. En mer, nous avons un peu l’impression d’un monde sans frontières, même si évidemment, nous ne coupons pas avec les formalités d’entrée dans les pays que nous visitons. Mais elles ont un goût différent, certainement plus authentique, plus convivial et chaleureux. Et le fait d’atteindre un nouveau pays par la mer procure un sentiment de satisfaction immense. Il ne s’agit plus de débarquer d’un avion après 8h de vol dans le confort, mais bel et bien de savourer le voyage et le chemin accompli, au cours duquel nous aurons de nouveau appris beaucoup de choses, sur nous-mêmes, sur notre environnement. 

2. Une vie minimaliste, loin du tumulte des villes et de l’hyper-consommation

Partir voyager en voilier, c’est se détacher de tout ce qui est superflu et en particulier du matériel. C’est lorsque l’on déménage d’une maison à un bateau que l’on s’aperçoit à quel point nous stockons des choses inutiles. Le grand mal de notre société moderne… En voilier, nous revenons à l’essentiel. Et l’on prend très vite goût à cette vie minimaliste, y compris les enfants qui retrouvent très vite le plaisir de profiter de l’environnement qui se trouve autour d’eux.

Lorsque l’on voyage en voilier, le plaisir ne réside pas dans l’achat du dernier gadget à la mode, mais plutôt dans l’excitation de ce que l’on va découvrir à la prochaine escale, au bonheur de contempler l’océan, d’admirer les dauphins qui viennent jouer devant l’étrave. Finalement, on s’aperçoit que le bonheur ne se trouve pas dans la quantité de choses que l’on possède, mais tout simplement dans la capacité à vivre en harmonie avec ses valeurs et de s’enrichir de cultures et d’expériences différentes. 

Traversée de l'Atlantique

3. Une empreinte écologique limitée, un mode de vie plus durable en harmonie avec la nature 

Il ne fait plus aucun doute que le mode de vie occidental nous mène tout droit dans le mur à plusieurs niveaux. La course à la croissance économique détruit notre planète et le vivant. Une nouvelle fois cette année, la date de dépassement mondiale, date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources que la planète peut produire en une année, est tombée le 28 juillet. En France, elle était le 5 mai… Nous sommes en train de nous auto-détruire et ce processus est exponentiel.

Partir voyager en voilier permet à notre échelle de faire un geste pour la planète en vivant en toute autonomie ou presque. Nous portons en permanence attention à notre consommation énergétique et nous sommes conscients de la quantité d’énergie que nous utilisons. L’électricité nous est fournie par le soleil, le vent, ou la mer. Nos voiles sont notre moteur principal et selon les zones de navigation, il est possible qu’un plein de carburant dure plusieurs mois. Quant à la nourriture, elle provient le plus possible de circuits courts et locaux, la pêche restant un plaisir pratiqué de façon raisonnée uniquement pour subvenir aux besoins du bord. L’utilisation de l’eau est aussi maîtrisée car nous avons conscience de sa rareté. Nous produisons également beaucoup moins de déchets au quotidien.

Ce mode de vie implique de fait le développement d’une conscience environnementale devenue indispensable de nos jours.

4. Redonner de la valeur aux relations humaines, à l’entraide

En voilier, la solidarité fait partie des valeurs ancrées dans l’esprit de chaque marin. Si vous ne connaissez presque pas vos voisins à terre même après plusieurs années de vie au même endroit, soyez certain(e) qu’en bateau, dès votre premier mouillage, vous risquez d’être invité(e) pour un apéro improvisé.

Dans ce mode de vie, il y a toujours quelqu’un qui veille sur vous, sur votre bateau. Il existe une solidarité collective qui fait du bien, doublée de respect et d’humilité probablement liées au fait que chacun sait ce que les uns et les autres ont traversé pour arriver là où ils sont. Il n’y a souvent pas de jugement, surtout de la bienveillance, bien éloigné de l’esprit individualiste qui règne en maître dans nos vies citadines.

5. Une ouverture d’esprit incomparable pour les enfants

Les voyages forment la jeunesse. Et bien pour les enfants, partir voyager en voilier apporte bien plus que ça. C’est une source d’épanouissement, de développement personnel et d’ouverture d’esprit incomparable. Après seulement quelques mois passés à bord, vous verrez vos enfants se transformer. Ils seront beaucoup plus ouverts au monde, beaucoup plus autonomes, prendront beaucoup plus de responsabilités et de confiance. Socialement, ils auront un contact bien plus facile avec les gens, quelles que soient leur culture, leur origine, leur langue. Tout cela en feront un peu des caméléons. Ils parviendront à s’intégrer dans n’importe quel groupe, y compris avec d’autres enfants d’âges très hétérogènes. Ils auront un sens du contact beaucoup plus facile avec les adultes également.

En bref, ils seront équipés pour aborder les challenges de la vie en ayant développé des savoirs-être et des savoirs-faire indispensables à la vie en société. 

Partir voyager en voilier

Tout cela vous donne envie, vous inspire, vous séduit? Alors qu’attendez-vous pour vous lancer dans une nouvelle aventure? Nos limites sont celles que nous nous imposons nous-mêmes. Le premier pas est souvent le plus difficile à franchir. Parlez-en avec votre conjoint(e), donnez du sens à vos actions, définissez un plan, créez les conditions pour réussir votre transition vers un nouveau mode de vie, fixez-vous une date et hop, il ne vous reste plus qu’à larguer les amarres…!

On traverse l’Atlantique, direction les Antilles! (Partie 1/2)

Traversée de l'Atlantique

On part pour une traversée de l’Atlantique, direction les Antilles! Vous y croyez vous? Nous, on a encore du mal à réaliser… on va traverser un océan à la seule force du vent, et braver les éléments sur notre maison flottante. Il y a encore quelques semaines nous hésitions à nous engager dans un tel périple. Parce que quand on y pense, même si pour beaucoup de marins expérimentés, l’expérience paraît banale, il s’agit bien de passer environ 3 semaines sur l’eau au milieu de l’Atlantique sur une coque en plastique qui ne représente pas grand chose au milieu de cette immensité…

Pour nous lancer malgré nos hésitations (c’est quand même une grande inconnue pour nous!), il y a eu un premier déclic après notre soirée passée avec Sophie de RyanandSophie Sailing. Elle a fini par nous rassurer sur le fait que nous étions suffisamment équipés pour partir. Jusque-là, l’état de notre génois déjà réparé ne nous rendait pas vraiment optimistes. Mais au final, avec 4 voiles d’avant (2 génois, une trinquette et un spi), on a fini par être convaincus de partir. Mais avant ça, nous sommes passés par quelques préalables.

Équipage et révisions...

D’abord sortir le bateau de l’eau pour lui faire une bonne révision. Notre escale à Las Palmas de Gran Canaria a été parfaite pour cela. Safran, guindeau, spi, teck, antifouling, vérification du gréement, nous n’avons pas ménagé nos efforts juste avant Noël pour nous assurer que le bateau était au top de sa forme pour nous porter vers l’Ouest! Ensuite, il nous fallait constituer notre équipage. Nous avions recruté Léa, une jeune française avec qui nous avions eu un contact en visio-conférence après qu’elle ait posté une annonce sur les groupes spécialisés dans les bourses aux équipiers. Pour nous, Léa avait le profil parfait, avec comme inconnue l’acclimatation à l’univers marin et au mal de mer. Sans connaissance de la voile, son but était de traverser de préférence avec une famille. Une excellente chose puisque nous voulions que quelqu’un puisse occuper les enfants pendant les journées de navigation. Très rapidement, elle se montrera non seulement très dévouée vis à vis de Mathieu et Océane, mais en plus de ça, passionnée par la navigation, l’envie d’apprendre et de comprendre. Elle se révèlera être une super barreuse, même dans les conditions un peu plus musclées. 

Avec Léa, notre équipage semblait complet, jusqu’au jour où Lynne m’informe lorsque nous étions à Las Palmas, que deux heures plus tard, 2 garçons, Antonin et Corentin, allaient venir nous voir pour discuter de leur projet de traversée. Tous les deux viennent de se lancer dans un tour du monde en stop. Ils travaillent avec des écoles primaires, ne connaissent pas la voile non plus. Mais leur projet est super et s’inscrit bien dans la philosophie que l’on aime, avec l’implication des enfants. Du coup ça « matche » vraiment bien et deux jours plus tard, ils s’installent à bord. Ils sont bien complémentaires pour la gestion du bateau et d’une gentillesse incroyable. Leur présence ne sera pas de trop pour les travaux sur le bateau. Et franchement, les écouter s’extasier à chaque instant fait vraiment plaisir. Leur mot clé, c'est "Incroyable"! Au moins, ils savent apprécier la vie et savent aussi pourquoi ils sont là!

Traversée de l'Atlantique

Le pré-départ et Covid

Océane voulait absolument passer Noël hors navigation. Certainement par crainte que le Père Noël ne la trouve pas!… c’est donc au mouillage de Las Palmas que nous célébrons simplement cette journée spéciale, par 24 degrés. Puis faute de bonne fenêtre météo pour descendre au Cap-Vert, nous prenons la décision de nous rendre à Tenerife pour quelques jours. Cela permettra à tout l’équipage de s’amariner. Nous faisons une courte navigation de nuit et nous installons à la Marina de Santa Cruz. Là, nous y retrouvons nos amis de World Towning et de Kokopelli qui étaient nos voisins de ponton à Canet! Décidément ce monde est petit, et nous sommes ravis de retrouver Alain et Lydia. Nous faisons aussi la connaissance d’une famille Belge avec qui Mathieu et Océane ne cessent de jouer. Jusqu’à ce que… à la veille de partir pour le Cap-Vert, nous sommes tous testés positifs au COVID. Désillusion pour tout le monde, nous qui pensions passer le Nouvel An en mer, nous allons devoir rester isolés sur le bateau pendant 7 jours… heureusement à part une légère fatigue, nous n’avons que très peu de symptômes. Mais on doit bien avouer que l’impatience commence à nous guetter, même si fondamentalement, rien ne nous presse à partir…

On prend le large!

Le bon côté du Covid, c’est qu’une fois la période d’isolement passée et dans l’attente de la fenêtre météo, nous pouvons refaire quelques réserves. Et avec Lynne, nous en profitons pour faire une dernière petite escapade sur le Teide, le plus haut sommet d’Espagne perché à 3.700m d’altitude.

Enfin, c’est le grand moment! Nos tests antigéniques négatifs, l’excitation se fait grandement sentir parmi l’équipage. Nous larguons les amarres à 9:00 de Santa Cruz et nous faisons un stop rapide quelques milles plus au sud pour faire le plein de carburant. Nous reprenons ensuite notre route au moteur à cause d’un vent défavorable, jusqu’au moment où il s’établit à 15 noeuds travers, le temps idéal pour dérouler le génois. Et là, grosse désillusion, l’enrouleur électrique ne fonctionne pas… je passe au moins 3 heures à essayer de trouver la solution, mais sans succès. Nous devons faire une escale technique au sud de Tenerife pour trouver la solution à cette énigme que j’ai bien l’intention de résoudre en moins de 24h. Une chose est certaine, le problème est électrique. Alors une fois amarrés à la marina San Miguel, qu’il fasse déjà nuit ou pas, je m’empresse de démonter le boîtier de commande pour inspection. Bingo! L’interrupteur est complètement oxydé et les fils électriques ne sont pas dans le meilleur des états. Du coup, à la première heure le lendemain matin, je suis à fond pour aller trouver un nouvel interrupteur. C’était sans compter sur mes yeux qui se fixent sur le nom du bateau voisin: « last chance »… serait-ce un signe du destin? Ça passe ou ça casse? Je trouve finalement mon graal en moins d’une heure. Retour au bateau, changement de l’interrupteur, reprise des fils électriques, je teste, ça fonctionne! Je peux refermer tout ça et nous pouvons prendre le large! Cette fois-ci c’est la bonne!

Traversée de l'Atlantique

6 jours exceptionnels

Toujours difficile de décrire les instants d’émotions que l’on peut ressentir quand on vit une expérience aussi particulière que celle de partir en mer pour traverser un océan. De toutes les navigations que nous avons fait depuis 2 ans, celle-ci est de loin la plus remarquable que nous ayons pu avoir, et de loin la plus agréable. Si nous sommes forcés de faire un arrêt technique pour une nuit au Sud de Tenerife pour un problème électrique sur l’enrouleur de génois, nous reprenons la mer dès le lendemain dans des conditions idéales, avec 15 noeuds travers. Nous sommes accompagnés d’un catamaran américain qui a quitté la marina de San Miguel au même moment que nous. Nous naviguerons pendant 48h bord à bord, avec des contacts VHF réguliers. Rapidement, les dauphins viennent nous rendre visite. Nous en avons tous les jours. La nuit, ils dessinent un sillage dans le plancton fluorescent, déboulant de l’arrière du bateau à l’étrave comme des torpilles! Le spectacle est fascinant. Le bateau marche bien à une moyenne soutenue de 7 noeuds et nous parcourons 320 milles en 48h. Les conditions de la deuxième nuit sont même un peu musclées avec des rafales à 32 noeuds et un vent moyen de 26-27 noeuds. Mais le bateau même un peu trop toilé passe bien les vagues. Je décide de soulager le pilote en prenant la barre plusieurs heures, relayé ensuite par nos équipiers de choc, Léa, Antonin et Corentin.

Traversée de l'Atlantique

A partir du troisième jour, le jeu consiste à essayer d’échapper au mieux au centre de l’anticyclone. Mais il avance plus vite que nous. Nous envoyons le spi pour la première fois depuis que nous avons le bateau et en profitons pour prendre des images de drone. Les dauphins viennent jouer par dizaine autour du bateau. Et ils s’en donnent à cœur joie, les plus jeunes sautant à des hauteurs impressionnantes. C’est la fête à bord! Tout le monde admire et savoure le moment. Deux tortues passent tranquillement à deux mètres de la coque, on ne sait plus où donner de la tête.

Traversée de l'Atlantique

Le lendemain, nous renvoyons le spi pour quelques heures puis le vent faibli vraiment. C’est l’heure et les conditions parfaites pour une baignade par 4.000m de fond. La température de l’eau n’est pas loin des 28 degrés. Léa surmonte ses peurs des grands fonds, Antonin et Corentin enchaînent les sauts depuis le bateau et Océane suit le mouvement. Puis nous repartons au moteur pour les 48 prochaines heures. On se passerait bien du grondement de notre ami "Perkins", mais c’est le seul moyen d’avancer. Et dans ces conditions, nous apercevons à quelques centaines de mètres de nous, plusieurs baleines en surface. Je décide de dévier notre route pour nous en rapprocher doucement, sans les perturber. Et là, le spectacle est magique. Nous passons 1h30 à les observer. L’une d’entre elles sortira la tête à tout juste 10 mètres du bateau. Impressionnant et majestueux de voir ces énormes mammifères si près de nous.

Et c’est finalement à l’aube du sixième jour que nous apercevons la terre se dessiner à l’horizon. Les îles de Santo Antao, São Vicente et São Nicolau apparaissent à quelques milles encore du bateau. Nous profitons d’un peu plus d’air pour terminer notre traversée sous voiles. Nous arrivons dans la baie de Mindelo après tout juste 6 jours de navigation. Nous avons parcouru 840 milles nautiques sans aucun dommage et avec un super équipage dont la complicité continue à se construire chaque jour un peu plus. Nul doute que ces moments resteront gravés dans la tête de chacun pour encore de longues années.

Nous allons maintenant profiter de ce que le Cap-Vert a à nous offrir. C’est la première fois depuis notre départ que nous sommes réellement dépaysés et que les enfants vont pouvoir vraiment commencer à se rendre compte de la chance qu’ils ont de faire ce voyage. 

Pour retrouver les images de notre traversée, ne manquer cette vidéo réalisée par notre équipier Antonin. Un régal!

Bilan après un an de voyage en voilier!

Bilan après un an de voyage en voilier

« L’important n’est pas la destination mais le voyage ». 

Après un an de voyage en voilier, cette devise  résume bien notre parcours depuis notre départ de Canet-en-Roussillon. Si on regarde le nombre de Miles Nautiques parcourus, nous sommes encore loin des navigateurs de course au large engagés dans le Vendée Globe. Mais peu importe, car dans notre aventure, nous nous sommes donné le privilège du temps, pour que chacun apprenne et se sente bien. Voici donc un premier bilan de nos 12 mois bien éloignés des réalités de la vie à terre… Et si vous en doutiez encore, nous n'avons aucune intention de nous arrêter là pour l'instant!... 😉

Le meilleur plan, c’est pas de plan!

Dès notre première traversée, nous avons vite compris qu’il ne servait à rien de vouloir se tenir à un plan précis. Vous vous souvenez forcément de nos péripéties après avoir essuyé cette première tempête en Méditerranée qui, au lieu de nous porter vers les Baléares, nous a finalement fait atterrir sur la Costa Brava. Le ton était donné… Et pour nous, ce fût un mal pour un bien. Cela nous a bien fait comprendre que dans cet environnement marin, ce n’est pas toi qui décide, mais plutôt les éléments. Nous le savions avant de partir, mais il valait mieux que mère nature nous envoie une dernière piqûre de rappel! Et nous en avons fait notre philosophie, en écartant les courses contre la montre, quelles que soient les circonstances. Nous avons appris qu’il faut être prêt à tout, que chaque navigation se mérite et que même dans des conditions calmes, le danger et les montées d’adrénaline ne sont jamais très loin, en mer comme au mouillage. Nous devons veiller sur notre équipage, sur notre bateau mais aussi sur les autres. Et que dire des conditions météo dont les prévisions nous engagent dans des échanges passionnés afin de trouver les meilleures fenêtres de navigation. Sans oublier le COVID qui oblige à intégrer des paramètres supplémentaires et qui en cette nouvelle année, bloque pour quelques jours notre descente vers le Cap-Vert, l’ensemble de l’équipage ayant été testé positif… 

Apprendre à mieux communiquer

Après un an de voyage, nous avons dû aussi apprendre à cohabiter pleinement, sans échappatoire possible. Pas toujours facile, même si le couple est solide, de toujours trouver le ton juste pour communiquer dans des moments de stress, de fatigue, de tensions avec les enfants… Et pourtant, c’est un passage obligatoire si l’on souhaite que le voyage s’inscrive dans le temps. Nous ne devons pas nous reposer sur nos acquis, au contraire, nous devons faire preuve encore plus de bienveillance, d’écoute et de respect les uns envers les autres. Et avec les enfants, cela est d’autant plus essentiel, car ils sont encore en pleine construction, ils ne parviennent pas toujours à exprimer leurs émotions et eux aussi ont besoin de leur espace de liberté pour pouvoir se construire. Il faut donc trouver les mots juste, ne jamais réagir à chaud ou dans l’émotion… Ok, toujours plus facile à dire qu’à faire.

Surmonter ses doutes...

Nous insistons souvent dessus. Dans tout nouveau projet, il y a toujours une phase de doutes. Pourquoi nous sommes-nous lancés dans une telle aventure? Est-ce que nous allons y arriver?… Les questionnements sont nombreux et logiques. Les remises en question aussi! Mais si une telle aventure était facile, ça se saurait. Tout le monde se jetterait dedans à pieds joints sans réfléchir. Donc oui, il y a de nombreuses difficultés inhérentes à un tel projet de changement de vie, avec des événements qui viennent nous challenger chaque jour et nous questionner sur nos choix. Mais l’essentiel est de rester persuadés que nous avons fait le bon choix. L’essentiel est de bien se rappeler à chaque fois qu’un petit démon vient nous chatouiller derrière la tête, pourquoi nous avons entrepris le voyage et le sens que nous avons souhaité lui donner. Il est inutile de refaire l’histoire, de ressasser le passé, il vaut bien mieux regarder devant soi en se disant qu’il y a toujours une solution à un problème ou à une difficulté. Et la vie est plutôt bien faite pour ça. Pour nous, après un an de voyage, semaine après semaine, la sérénité s’installe un peu plus à bord et au sein de la famille. Nous savons qu’après cette phase de doutes viendra l’étape de la transformation qui prendra le dessus et nous fera dire dans quelques années que nous aurions eu tort de ne pas nous lancer dans une telle aventure tellement nous avons appris sur nous, sur les autres et sur le monde.

Un équilibre encore difficile à trouver

Dans ce style de vie, le temps est un allié pour parvenir à retrouver un équilibre et une harmonie familiale. Si nous acceptons que les choses ne vont pas toutes se mettre en place immédiatement comme nous le souhaitons ou comme nous l’avons imaginé, alors nous n’irons pas au devant de désillusions. Il ne sert à rien de nourrir des frustrations face à des événements ou des situations que nous ne pouvons pas toujours maîtriser. Les changements sont tellement complexes et radicaux qu’il faut accepter que toutes les pièces du puzzle ne se placent pas d’un seul coup. Et nous ne sommes jamais assez préparés à nous lancer dans une telle aventure. Sauf qu’à un moment, il faut y aller, il faut sauter le pas! Beaucoup de choses nous challengent au quotidien, entre nos métiers, l’école des enfants, sortir faire ses courses quand tu n’as pas de voiture et que le supermarché est à 2km, gérer l’administratif, les connexions Internet, les communications, les pannes du bateau… Il faut parvenir à lâcher prise sur tout ce que l’on connaît dans nos vies « classiques » pour laisser les choses se placer les unes après les autres. C’est finalement un jeu de patience, de persévérance. Mais il y a toujours la récompense au bout du chemin: la satisfaction de voir à quel point nous nous habituons et nous parvenons à adapter notre quotidien et nos journées à une vie non routinière. Nous avons encore beaucoup de choses à parvenir à caler, à équilibrer, mais nous savons que nous sommes sur la bonne voie. Nous pouvons constater toujours un peu plus de sérénité et progressivement, nos rythmes de vie deviennent plus paisibles et naturels.

L’importance de faire une coupure

Même après « seulement » un an de voyage, nous apprenons au travers de l’expérience des autres mais aussi de notre propre situation, à quel point il est important de s’accorder une coupure régulièrement, en dehors du bateau. En observant de nombreux navigateurs au long-cours, tous s’accordent un temps de pause, ne serait-ce que quelques semaines, pour souffler et retrouver le confort d’une vie un peu plus normale. Cette parenthèse est l’occasion de visiter la famille, de préparer la suite de son voyage, de profiter de choses qui paraissent anodines à terre mais qui le sont beaucoup moins lorsque l’on vit sur l’eau toute l’année. 

Pour nous, Septembre a été un mois difficile, dans un environnement que pourtant beaucoup de monde aurait envié. Alors que nous étions à Lanzarote, Lynne avait besoin de se retrouver un peu. Nous passions nos journées au mouillage, la tête dans le travail sans pouvoir vraiment aller visiter l’île par manque de voitures de location, et sans savoir non plus ce que nous allions faire dans les mois qui allaient suivre. Nous avions prévu d’abord de descendre vers le Cap-Vert pour remettre les enfants à l’école jusqu’à Noël. Malheureusement, nous avons dû reconsidérer la question pour pouvoir faire quelques réparations sur le bateau mais aussi parce que nous ne pouvions tout simplement pas payer pour les coûts de scolarité dans une école privée, tout aussi séduisante soit elle. Lynne a pris un coup au moral, même si nous avons accueilli nos premiers invités à bord pour de courts séjours qui sont apparus comme des bouffées d’air frais. 

Elle a donc profité de l’un de mes déplacements professionnels aux Comores pour rentrer à Bordeaux avec les enfants. Une occasion pour revoir les amis, retrouver du soutien et se refaire une petite santé au plan moral. Dans l’avenir, nous n’hésiterons pas à nous accorder ces parenthèses dès que nous le pourrons. Cela aussi participera à l’harmonie familiale, même si ça nous a fait bizarre de nous séparer après plus de 18 mois passés 24h/24 ensemble.

Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Le plaisir simple des rencontres et des soirées au mouillage

Beaucoup pensent que vivre sur un voilier est synonyme d’isolement. Il arrive parfois que l’on nous pose une question du type « mais vous n’avez pas peur que vos enfants soient complètement désociabilisés ou ne sachent plus s’adapter au monde normal? ». C’est très mal connaître la vie en bateau et ses réalités. Même si certaines rencontres sont éphémères, il peut ne pas se passer un soir où nous ne sommes pas invités -ou que nous invitons- par des plaisanciers voisins de mouillage ou de ponton. Et les enfants sont les premiers à sauter du bateau pour aller à la rencontre d’autres enfants, quelles que soient leurs nationalités. C’est ça le pouvoir du voyage, des rencontres spontanées, sans prêter attention aux différences et barrières du langage. Alors si un jour vous partez naviguer, pensez à toujours avoir quelque chose de prêt pour un apéro dinatoire qui garantira de bons moments de convivialité, de partage et de bonne humeur! Nous, au bout d’un an, nous avons arrêté de compter le nombre de fois que nous avons accueilli ou que nous nous sommes déplacés dans un autre cockpit. Et à chaque fois, c’est toujours un plaisir de recommencer!

La frustration de ne pas être complètement immergés dans la culture locale

La faute au COVID? Certainement un peu… Nous avons entrepris cette aventure pour aller à la rencontre des gens et découvrir de nouvelles cultures. Nous avons adoré la grande majorité des lieux que nous avons visités. Mais il nous manque encore une immersion plus marquée dans la culture locale. Or beaucoup d’événements ont été annulés, les gens étaient certainement plus frileux à ouvrir leurs portes, avec en plus la pression de mesures et restrictions sanitaires dissuasives. Plus nous allons avancer dans l’aventure et le voyage, plus nous rechercherons à créer du lien avec les locaux. Certainement que l’arrivée au Cap-Vert marquera un tournant à cet égard.

Le voilier: le moyen de transport le plus cher pour voyager gratuitement

Êtes-vous familier avec l’expression « la liberté a un prix »? Si ce n’est pas encore le cas, venez vite nous rejoindre, vous verrez que la vie en bateau l’illustre parfaitement bien!! C’est fou ce que la moindre petite pièce peut coûter… Et comme notre voilier est notre maison, nous l’entretenons de la meilleure façon qu’il soit pour qu’il puisse nous amener le plus loin possible et le plus longtemps possible. Il y a toujours quelque chose à réparer, à bricoler, à rénover… Et si jamais vous avez l’impression que tout marche super bien, savourez le moment mais ne vous réjouissez pas trop vite car ça ne devrait pas durer trop longtemps! Cette année n’a pas été simple économiquement pour nous. Nous avons du jongler avec une baisse de revenus liée au COVID, quelques coûts imprévus d’entretien, les frais fixes de la vie en bateau. Mais au final, nous parvenons quand même à équilibrer tant bien que mal le budget, au prix d’efforts et de quelques moments de stress. Pour toutes celles et ceux qui aspirent à prendre la mer, il faut environ tabler entre 10 et 15% de la valeur du bateau pour les frais d’entretien et de fonctionnement.

Les bases d’un nouveau projet professionnel ?

Nous l’avons évoqué à quelques reprises lors de nos Live et dans d’autres articles, mais il nous tenait à coeur de pouvoir lancer plus concrètement nos activités de coaching et d’accompagnement de futurs « aventuriers ». Le parcours de réflexion et de construction a été un peu laborieux, Lynne et moi ayant eu des idées un peu différentes tout en étant complémentaires. L’enjeu était donc de trouver le bon équilibre là encore, tout en prenant confiance progressivement dans les services que nous voulions mettre sur pied. Et nous sommes heureux de constater que cela prend forme, même si beaucoup reste à faire. Nos séjours en immersion prennent forme avec déjà des réservations pour la Martinique. Nous avons également commencé à accompagner des familles à distance dans leurs projets de voyage. 2022 devrait nous permettre de poursuivre sur cette lancée pour notre plus grand plaisir. D’ailleurs, si vous connaissez autour de vous des familles qui rêvent de s’évader de leur quotidien et qui aspirent à un mode de vie différent, encouragez-les dans leur projet et passez leur le mot qu’une super famille franco-canadienne se tient prête à les accueillir pour pouvoir les guider dans leur cheminement et leur montrer la réalité de la vie en voilier!

Nous vous souhaitons une très bonne année 2022 et que vos rêves puissent devenir une réalité!

Un an de voyage

Notre vie au mouillage

Notre vie au mouillage

Majorque, ses criques, son eau cristalline, ses sentiers de randonnées au cœur de la Serra Tramuntana classée au patrimoine de l'UNESCO, ses grottes karstiques souvent accessibles uniquement par bateau, il ne nous en fallait pas plus pour nous lancer à temps plein dans une vie au mouillage.

Un changement de rythme

J’avoue que nous perdons un peu la notion du temps depuis que nous sommes arrivés au nord de Majorque. Même si nos journées sont toujours marquées par le travail, les devoirs des enfants et des sorties quotidiennes, il est vraiment agréable de nous sentir moins pressés, à ne pas devoir courir partout. Nous vivons plus au rythme de la nature, du soleil, en respectant un peu plus nos rythmes biologiques, et nous lâchons prise progressivement avec les contraintes terrestres. Il faut dire que depuis que nous sommes arrivés aux Baléares, nous avons été choyés par la météo. Les températures sont clémentes de jour comme de nuit et nous n’avons pas eu à trop nous préoccuper des coups de vent et à nous inquiéter pour notre sécurité et celle du bateau.

Depuis 3 semaines, nous sommes en totale autonomie, ancrés dans la baie de Pollensa sur 4 à 5 mètres de fond. Chaque réveil est un émerveillement à la vue des falaises qui surplombent la baie, les contrastes de couleurs sur la mer, les quelques petites barques de pêcheurs qui glissent sans bruit en remontant leurs filets. Et le soir réserve aussi son lot de moments magiques, comme ce lever de pleine lune entre deux collines surplombant le château et le phare de la pointe de l’Avançada et éclairant une mer d’huile transparente, sans un souffle d’air au point de pouvoir suivre la chaîne au fond de l’eau et l’ancre bien enfoncée dans le sable. Si nous partions un peu dans l’inconnu avec cette vie au mouillage, nos trois premières semaines nous apportent un sentiment de plénitude.

Apprivoiser l'autonomie du bateau

Nos premières interrogations concernaient l’autonomie du bateau en eau et en énergie. Tout étant nouveau pour nous, nous faisons très attention à nos consommations quotidiennes pour ne pas nous retrouver pris de court. En quittant Alcudia, nous avions fait le plein de nos deux cuves d’eau de 350 litres chacune. Nous avons vidé la première en 10 jours, soit une consommation moyenne d’un peu moins de 9 litres par jour et par personne. N’allez pas croire que notre maison flottante commence à sentir le fauve avec si peu d’eau consommée, nous continuons à prendre soin de notre hygiène pour le bien-être de l’équipage! Nous adaptons simplement notre façon de faire la vaisselle par exemple, en lavant à l’eau de mer et en rinçant à l’eau douce. Côté douche, nous utilisons principalement la douchette de la plateforme arrière et nous ne laissons pas couler l’eau en permanence. Du coup, ces mesures sont assez efficaces. Et ces derniers jours, nous avons profité de quelques sorties en mer et dans des criques pour faire fonctionner le dessalinisateur et tester la qualité de l’eau produite. Test réussi puisque non seulement les cuves se remplissent vite, mais l’eau produite est en plus de très bonne qualité. Nous pouvons la boire sans risque de nous rendre malades, c’est plutôt rassurant. Enfin, jusque là...

Côté énergie, nous faisons attention à ce que nos batteries ne descendent pas en dessous de 70% de charge. Les panneaux solaires remplissent bien leur rôle la journée malgré la durée d’ensoleillement encore faible par rapport à la pleine saison. Nous allumons le groupe électrogène environ 1h30 par jour, souvent le soir histoire de recharger les batteries pour la nuit. Et nous laissons notre convertisseur fonctionner en permanence ce qui nous permet de produire du 220v pour charger les ordinateurs, utiliser le micro-ondes et le grille-pain. Au final, l’adaptation en matière d’énergie est assez facile, même si à l’avenir, nous trouverions plus raisonnable de réussir à optimiser encore un peu plus le 12v, y compris pour charger tous nos appareils électroniques. Si vous avez des conseils à ce sujet, nous sommes preneurs!

Rester connectés...

Finalement, la seule consommation qui explose en mettant de côté quelques bonnes bouteilles de vin dont Lynne raffole toujours, c’est celle de nos forfaits 4G. À bord, nous avons bien une antenne qui permet d’amplifier les réseaux wifi aux alentours. Mais avec la majorité des restaurants, bars et hôtels encore fermés, nous n’avons pas beaucoup d’option que d’être en quasi permanence en 4G avec nos téléphones. Du coup, nos 120G de forfait sont assez vite consommés. Nous allons devoir être un peu plus raisonnables dans notre utilisation. Le bon côté des choses, c’est que nous avons un argument tout trouvé pour limiter l’utilisation des tablettes des enfants!!

Se déplacer à terre

S’il y a une chose que nous apprécions sans modération depuis que nous sommes aux Baléares, c’est d’avoir une annexe fonctionnelle, ou plutôt devrais-je dire un moteur d’annexe fonctionnel. Ce moteur qui m’a donné tant de fil à retordre pendant 6 mois, qui a bien amusé nos anciens voisins de ponton en me voyant m’arracher les cheveux, me torturer les neurones pour comprendre pourquoi il ne voulait pas démarrer, qui m’ont vu le désosser pour en changer plusieurs pièces, et bien figurez-vous qu’il démarre à chaque fois du premier coup! Comme quoi la persévérance porte ses fruits! Et cette vie au mouillage serait impossible sans que l’annexe et son moteur ne soient pleinement opérationnels. Ramer c’est bien joli, mais quand tu es à 700m du rivage, que tu as 15 noeuds de vent de face et le clapot qui va avec, les courses à ramener à bord, tu es bien content de pouvoir avancer plutôt que de reculer ou de te laisser dériver. Quand je repense à l’ultimatum que Lynne m’avait posé avant de partir, je me dis que même avec l’esprit aventurier, elle avait quand même un peu raison: le moteur de l’annexe, c’est essentiel!

Rencontrer des amis

Mais aller à terre, c’est aussi pour les enfants l’occasion de se faire des amis ou tout du moins, de jouer avec d’autres enfants. Et de ce côté là, ils commencent à être un peu plus à l’aise. Nous avons d’abord rencontré une famille russe avec leurs deux enfants, Igor et Nikita. Vous pouvez retrouver leur aventure sur leur chaîne YouTube Sailing Olle. Les enfants ont le même âge et même si le premier contact n’a pas été facile, ils s’éclatent bien tous ensemble et commencent à utiliser un peu plus l’anglais pour communiquer. Bon, j’avoue que c’est parfois amusant d’entendre Océane expliquer des choses en français avec l’accent russe. Au moins, elle a intégré la mélodie de la langue! 

Nous avons aussi fait la connaissance d’une famille danoise-suisse partie de Port-Leucate juste avant le deuxième confinement: Mawi Sailing. Ils ont mis leurs enfants à l’école jusqu’à la fin de l’année scolaire et même s’ils n’ont pas encore eu trop le temps de jouer avec Mathieu et Océane, les filles ont envie de se retrouver plus souvent tout en parlant anglais. 

Et les parcs de jeux sont aussi de bons endroits pour faire des connaissances. Il y a toujours pas mal d’enfants à la sortie de l’Ecole qui viennent jouer et c’est l’occasion pour Mathieu et Océane de jouer et d’apprendre un peu l’espagnol. Et les majorquins sont vraiment gentils, souriants et hospitaliers.

Nos prochaines découvertes...

Nous avons encore pas mal de choses à découvrir dans cette région nord de Majorque: Le Cap Formentor, les remparts et les ruines romaines d’Alcudia, la vieille ville de Pollensa feront assurément partie de nos prochaines excursions! Tout en pensant à aller faire un saut de puce à Minorque prochainement...