Les défis de la vie en bateau

Les défis de la vie en bateau

Il s’est passé tellement de temps depuis notre dernier article, mais tant de choses également! Aujourd’hui nous souhaitons vous partager quelques uns des défis de la vie en bateau. Souvent nous nous sommes dit que nous devrions prendre le temps de rédiger un nouveau texte, de coucher sur papier les derniers faits marquants de notre aventure. Mais voilà, nous nous laissons un peu trop bercer par les rencontres, les mouvements de la houle devant les couchers de soleil tous aussi magnifiques les uns que les autres... et nous tombons dans la facilité d’un post sur les réseaux sociaux, certes plus spontané, mais qui ne parvient pas à laisser transparaître toute l’intensité de notre aventure.

Car oui, notre aventure est intense. Et cette intensité ne provient pas de là où nous pourrions l’attendre le plus. Le principal défi dans cette vie en bateau, ce n’est finalement pas la navigation. Cela s’apprend et avec les jours qui passent, nous prenons de l’expérience, de l’assurance. Les manœuvres deviennent réflexes au fil des miles parcourus, mouiller n’est (presque) plus qu’une formalité. Même Lynne qui avait parfois du mal à intégrer certaines manœuvres ou certaines terminologies est maintenant beaucoup plus à l’aise avec tout ça.

L'importance de retrouver une routine

Non, le vrai défi quand on commence une nouvelle vie en bateau est bel et bien ailleurs. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, on s’aperçoit à quel point le monde des terriens nous a habitué à avoir une certaine routine, et qu’il n’est pas simple de s’en détacher. Si en voilier nous avons le privilège du temps et que le quotidien est toujours différent, il n’est pour autant pas toujours facile de retrouver une routine dans la non-routine. Et cela peut rapidement venir perturber l’équilibre des troupes. Si on doit identifier une difficulté en priorité au cours de cette première année à bord, ce serait celle-ci.

Entre les travaux et l’entretien quasi permanent du bateau qui sont une priorité, nos missions professionnelles, l’éducation des enfants, le temps pour soi dans un espace restreint où nous cohabitons 24h/24... cela fait beaucoup et nous cherchons encore notre rythme, parfois avec des frustrations et le sentiment de ne pas en faire assez, ou pas assez bien.

S'assurer que les enfants s'épanouissent

Lynne et moi sommes différents dans l’approche de ces enjeux. Je suis plutôt du style « lâcher prise » en essayant de me concentrer sur ce que je maîtrise et en faisant confiance à la vie. J’ai toujours travaillé et évolué dans des cadres atypiques avec une faculté d’adaptation importante. Lynne est souvent plus terre à terre, elle a besoin de plus de repères, d’être rassurée en s’appuyant sur des schémas qu’elle connaît. L’éducation des enfants est probablement le point le plus sensible. Il n’est pas toujours simple de les intéresser et de les motiver à faire des exercices classiques d’école tous les jours. Pourtant, nous pouvons voir les progrès qu’ils réalisent. Certes ce n’est peut être pas toujours dans des matières classiques. Mais ils observent, ils sont curieux, dégourdis, prennent des initiatives. Il n’est pas toujours facile de les suivre, de répondre à toutes leurs sollicitations, mais l’environnement dans lequel nous évoluons les stimulent. Ils connaissent certainement beaucoup plus de choses que ce que l’on pense. Ils ont une aisance dans et sur l’eau. Ils sont sociables. Et leur complicité grandit chaque jour. Et pour toutes ces raisons, notre aventure est enrichissante et positive.

Organiser ses temps dans la journée

La conciliation de nos activités professionnelles avec la vie en mer nous vaut aussi pas mal de discussions. L’organisation de nos plannings n’est pas facile, cela implique d’être très bien structurés. Et de ce point de vue là, nous avons encore des progrès à faire. Récemment, pour optimiser notre travail, nous avons opté pour que je m’occupe des enfants le matin et Lynne l’après-midi. Le soir, on se remet sur certains dossiers quand nous en avons encore l’énergie et le courage. Mais cette bonne volonté n’empêche pas les changements de dernière minute avec les impondérables et aléas de la vie en bateau.

Pas les premiers à en passer par là...

Ce qui est rassurant, c’est que nous ne sommes pas les seuls à traverser  ces frustrations et challenges dans cette période de transition. À priori, il faut entre 18 mois et 2 ans pour que les choses se mettent en place et qu’un équilibre soit retrouvé. En attendant, il y a parfois des discussions animées à bord pour essayer de trouver la meilleure formule, mais cela n’altère en rien notre détermination tout en trouvant le meilleur compromis possible pour le bien-être de la famille!

Alors que s’est-il passé depuis Minorque, à part le fait que nous ne sommes plus à Minorque justement?!... Sur le plan touristique, nous avons terminé le tour de Majorque. Nous avons fait le tour dans le sens des aiguilles d’une montre pour remonter jusqu’à Sa Calobra. Nous préparons maintenant notre traversée vers Ibiza qui ne nous prendra qu’une huitaine d’heures.

Une belle solidarité entre plaisanciers

En ce qui concerne les rencontres, nous avons passé beaucoup de temps avec Marvin, Daniela et Tara de Nomad Citizen. Ils sont partis un an avant nous et rencontrent les mêmes défis que nous. Mais nous partageons la même philosophie et le même besoin d’évasion. Depuis notre base de Santa Ponsa, nous nous sommes entraidés dans les travaux bateaux, avons gardé à tour de rôle les enfants, partagé de beaux moments de convivialité et navigué ensemble sur la côte nord-ouest de l’île. Une nouvelle fois, nous pouvons témoigner de la solidarité et de l’entraide qui règne dans ce milieu marin et des voyageurs au long cours. 

Nous avons eu la visite de Lisa début juin puis de mamie pour une semaine début juillet et pour le plus grand plaisir de tous. Nous avons pu naviguer, profiter de quelques visites et assister à un superbe concert classique dans la crique de Sa Calobra / Torrent Del Pareis. Un moment aussi magique qu’inattendu.

Des accidents et des travaux à gérer...

Au niveau des émotions, je me suis fait une luxation ouverte du pouce qui se remet tranquillement. Puis à Santa Ponsa lors d’une nuit houleuse, un autre voilier est venu nous taper à 4h du matin, nous réveillant en sursaut et nous obligeant à rester éveillés tout le reste de la nuit pour que ça ne se reproduise pas. Après vérification, pas de dégâts en ce qui nous concerne, mais l’autre bateau a plié un côté de ses panneaux solaires. Une première expérience avec notre assurance.

Côté travaux, nous avons dû changer nos deux batteries moteur pourtant récentes puisqu’elles dataient du jour où nous avons acheté le bateau. Nous avons fort probablement un problème d’alternateur car aucune batterie (ni service ni moteur) ne chargent lorsque le moteur tourne... heureusement nous pouvons compter sur nos panneaux solaires et notre groupe électrogène révise le mois dernier.  Mais la dernière en date ne nous réjouit pas puisque notre dessalinisateur ne produit plus d’eau de bonne qualité... À mon avis,  ce sont les membranes atteintes par la limite d'âge qui doivent être changées pour la modique somme de ... 2.000€... on va peut être appeler le fabriquant pour lui expliquer que nous sommes super sympas, que l’on peut leur faire plein de promo et qu’il serait dommage que nos enfants se retrouvent assoiffés au milieu de l’océan! 

Accompagner celles et ceux qui planifient un voyage au long-cours

Enfin, côté projets professionnels, au-delà de nos activités habituelles, nous avons officiellement lancé en début de mois de juillet notre Club World Tour Adventures. Il nous tenait à cœur de mettre quelque chose sur pied qui ait du sens, qui puisse servir à d’autres et qui soit aligné avec notre passion pour le coaching et l’accompagnement. Désormais chaque mois, nous publierons des interviews de navigateurs, des vidéos thématiques, des fiches techniques, en plus de nos épisodes. Là aussi c’est un défi pour parvenir à être réguliers dans nos publications, mais même au milieu des océans, nous sommes incorrigibles et nous ne pourrons jamais nous empêcher d’avoir des projets!...

Nous proposons aussi du coaching et des séjours en immersion pour vous aider à mieux préparer votre prochain long voyage ou un changement de vie! Pour toutes celles et ceux que ça intéresse, qui préparent un projet en bateau ou qui souhaitent simplement nous soutenir parce que vous appréciez notre initiative, vous pouvez choisir parmi les deux formules d'abonnement proposées. Nous savons que ça prendra du temps à se développer, comme tout nouveau projet, mais nous avons l'énergie et la passion nécessaire pour vous aider à réaliser vos rêves! 

Réflexions sur la vie

Réflexions sur la vie

L’une des choses que nous apprécions le plus dans le voyage, ce sont les rencontres et les relations, même éphémères, que nous pouvons avoir avec des personnes bien souvent très différentes. Nous avons toujours eu la conviction que les différences constituent une richesse, qu’à partir du moment où l’on s’y intéresse, alors nous apprenons beaucoup. Ce sont ces rencontres qui nous offrent aussi de vraies réflexions sur la vie.

Apprécier la beauté de la nature

En jetant l’ancre dans la Baie d’Addaya il y a 2 semaines, nous ne pensions pas faire des rencontres aussi riches et aussi différentes les unes que les autres. Addaya est un petit fjord situé au nord de l’île de Minorque aux Baléares, au cœur d’un parc naturel protégé. Son entrée est complexe, avec des haut-fonds qui obligent à zigzaguer entre les cailloux qui effleurent la surface et des alignements à suivre. Nous sommes arrivés ici à la tombée de la nuit, après onze heures de navigation depuis Majorque, non sans stress et sans pouvoir réellement distinguer le paysage qui nous entourait. C’est dans ces moments-là que tous nos sens sont en éveil et que l’on se sent vraiment vivant, en composant avec les éléments. Ce n’est qu’au réveil que nous avons pu apprécier ce petit coin de paradis presque désert, où la beauté de la nature est un appel au ressourcement. C’est incroyable comme nous apprécions d’autant plus ces instants après des navigations qui ne sont jamais aussi calmes que ce que l’on pourrait espérer, avec la satisfaction du devoir accompli et d’avoir fait quelque chose d’un peu hors du commun. Arriver dans un nouvel endroit à la voile restera toujours quelque chose de fascinant et magique. Nous nous sentons bien souvent privilégiés.

Puerto Addaya, un petit port authentique

Nous sommes restés quatre nuits au mouillage. La météo prévoyant de forts vents du Nord-Ouest pour les jours suivants avec des rafales à plus de 50 noeuds, nous avons pris la décision de nous déplacer de quelques centaines de mètres pour aller nous amarrer sur un ponton. Un choix judicieux pour pouvoir dormir sur nos deux oreilles. Etant hors-saison, le port est très calme. Les emplacements pour les voiliers sont peu nombreux et il y a assez peu de hauteur d’eau. Cela nous a d’ailleurs valu d’être stoppés net dans la vase en manoeuvrant lentement pour nous rapprocher de notre emplacement. Une anecdote de plus qui a bien fait rire les enfants, spectateurs depuis le ponton… En tout et pour tout, je pense que notre arrivée a doublé la population du port, c’est pour dire le niveau d’agitation aux alentours! Mais nous ne nous en plaignons pas, au contraire. Nous aimons cette authenticité et cette simplicité qui nous projettent un peu hors du temps.

Merveilleux, des personnes qui parlent anglais!

Alors que l’obscurité commence à tomber et que je sécurise notre annexe le long du ponton, je vois surgir une silhouette sur le bateau à moteur d’à côté. La personne ne perd pas une seule seconde: 

  • « Do you speak English?!… »
  • « Yes I do! how are you? » 
  • « Oh fantastic!! I have no-one to speak English with here! I haven’t talk to anybody for a while! »

Et me voilà parti dans l’écoute de cet anglais arrivé en octobre après avoir acheté son bateau sur un malentendu, sans rien connaître au nautisme. Lui c’est Trevor, 55 ans, self-made-man, millionnaire, pilote d’avion, ancien champion de moto, sportif accompli, guitariste et ex-chippendale dans sa jeunesse. Je passerai plus d’une heure à l’écouter rattraper ses derniers mois de mutisme forcé. Lui qui se décrit comme un asocial vient d’un coup de se découvrir une passion pour le contact humain! À tel point qu’il nous propose de profiter de sa voiture de location pour aller faire des courses, aller boire un café, contempler des paysages dans le parc national… À chaque discussion, il nous raconte des anecdotes de sa vie qu’il a déjà bien croquée à pleines dents! Et il y a quelque chose d’inspirant chez lui. La façon dont il a tracé sa route complètement hors système après une enfance compliquée, sa capacité à rebondir, sa confiance en lui et sa détermination à s’en sortir. Nous nous retrouvons sur beaucoup de points, sur ce que le sport a pu nous apporter comme émotions, bénéfices, mais aussi sur la définition de la réussite et du bonheur. C’est plutôt sympa d’échanger avec cette personne sans filtre, souvent cash et entière. Effectivement, de belles réflexions sur la vie.

Addaya multilingues...

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le lendemain soir en allant prendre notre douche une fois la nuit tombée, nous passons devant un monsieur qui descend de sa voiture, mouillé et tout habillé. Pourtant, il ne pleut pas. Nous le saluons en espagnol, pensant peut-être qu’il a eu un problème avec son bateau et qu’il a dû se mettre à l’eau. Il nous racontera par la suite qu’il est tombé dans le port de Mahon (à 17kms de là) en descendant du bateau d’un ami et après avoir bu quelques verres de vin de trop… En observant sa voiture, je m’aperçois qu’elle est immatriculée en France. Nous lui demandons:

  • « Vous êtes français »? 
  • « Oui je suis français, qu’est ce que ça fait plaisir d’entendre parler français! Moi c’est Thierry, salut! »

Décidemment, il y a du bon à parler plusieurs langues! Nous pouvons au moins nous satisfaire de permettre aux gens de parler. Et là encore, nous engageons la conversation pendant plusieurs minutes. Les enfants le taquinent, il fait de l’auto-dérision sur son embonpoint et le contact passe aussi très facilement. Nous sentons tout de suite qu’il y a du vécu chez lui. Son voilier d’à peine 30 pieds est au sec, en pleine rénovation avant de reprendre des navigations autour de Minorque dont il semble connaître les moindre recoins. Ça fait plus de vingt ans qu’il vient ici après avoir été pasteur. Autant dire qu’à 66 ans, il en a vu aussi! Et c’est dans la simplicité la plus totale qu’il continue de tracer son chemin. Comme la plupart des marins, il s’alarme de l’état de la planète, du monde dans lequel vont devoir vivre nos enfants. Il ne manque pas une occasion de sensibiliser Mathieu et Océane à l’environnement mais aussi leur parler des étoiles. Car Minorque est l’un des lieux où l’on peut le plus admirer le ciel avec une pollution lumineuse quasi nulle. Ce sont des moments où le temps s’arrête, où l’on se sent tout petit et qui nous ramène rapidement à l’essentiel: la chance d’être là où nous sommes, en bonne santé et de pouvoir réaliser notre rêve.

Thierry viendra nous rejoindre souvent pour partager un repas où un verre en faisant attention de ne pas se remettre à l’eau! Mais quelle personnalité attachante, simple, profondément altruiste et qui démontre une nouvelle fois que le bonheur ne se mesure pas à la taille du compte en banque, mais plutôt à la capacité de vivre pleinement au plus proche de son idéal. Là encore, un belle réflexion sur la vie et nos modes de vie…

Les enfants vivent leur vie

Nous rencontrons aussi Justine qui vit seule avec son garçon de 4 ans à bord de son voilier de 31 pieds. Nous sommes tous les deux originaires de  Dordogne, forcément ça facilite le contact… Un peu comme nous, c’est la météo qui l’a amenée à Addaya, elle qui passe plutôt du temps à Fornells, une autre baie à quelques kilomètres d’ici mais trop exposée aux vents du nord et nord-ouest. Les 3 enfants ont connectés immédiatement et passent leurs journées ensemble. Nous sommes admiratifs devant Justine, sa détermination et son dynamisme. Elle n’a pas dû avoir la vie facile jusque-là, mais elle est en permanence souriante et enthousiaste. Là encore, une vraie leçon de vie. Elle travaille dur sur son bateau « Aladdin » orné d’une belle peinture qui rappelle les contes de fées. Nous l'aidons pas mal dans ces travaux qui comme d'habitude sur un bateau, prennent toujours 4 fois plus de temps que ce que l'on pouvait prévoir. On lui souhaite que son conte se poursuive le plus longtemps possible. 

1989, chute du mur de Berlin...

Et comme nous avons dit que notre arrivée avait permis de doubler la population du port, il manque forcément quelqu’un à l’appel. Il s’agit d’un couple d’allemands qui navigue depuis 5 ans sur leur bateau Madrugada Lui mesure presque 2 mètres, autant dire que là aussi ça rapproche! Ils sont toujours souriants et ont partagé avec nous leur changement de vie, eux qui sont originaires d’Allemagne de l’Est proche de Leipzig, qui ont franchi le mur clandestinement quelques mois avant sa chute pour commencer à préparer l’ère post-RDA. Ils sont partis de rien et sont parvenus à force d’abnégation à construire leur histoire, en s’appuyant sur la solidarité familiale. Leurs premières navigations se sont faites avec le club de voile local du côté des Bahamas et ils ont investi dans leur bateau comme seule maison il y a quelques années. Depuis ils ont navigué jusqu’au cercle polaire, en mer d’Irlande, et se retrouvent maintenant en Méditerranée. Nous les retrouverons peut-être lors d’autres escales, mais nos échanges avec eux ont été vraiment chaleureux et remplis d’anecdotes de navigation.

Tout prend son sens...

Voilà l’une des principales raisons pour lesquelles nous avons entrepris ce voyage. Les rencontres, le partage, la richesse des cultures. Pour nous c’est ça voyager autrement. Et voir les enfants être de plus en plus à l’aise dans ce nouvel environnement, les voir s’épanouir au contact des autres, s’émerveiller devant de beaux paysages, prendre de nouvelles responsabilités, nous confortent dans la décision que nous avons prise. Et nous sommes certains que nous aurons encore de nombreuses réflexions sur la vie à partager dans les semaines et les mois à venir.

Lancés dans notre nouvelle vie

Lancés dans notre nouvelle vie

Voila un peu plus d’un mois que nous avons quitté Canet et que nous sommes réellement lancés dans notre nouvelle vie. Si notre mésaventure lors de notre première traversée avortée s’est soldée par plus de 3 semaines passées au port de Palamós, nous avons fait ensuite une étape de 4 jours à Blanes, une étape de 2 jours à Barcelone et nous voilà à présent aux Baléares, à Alcudia

Voici le récit de notre dernier mois...

Évaluer les dégâts 

Il faut bien l’avouer, avoir navigué pendant plus de 24h avec 90m de chaîne et une ancre de 30 kgs au fond de l’eau a soulevé quelques inquiétudes sur l’état du bateau. Au-delà des avaries visibles comme le génois déchiré, il était nécessaire d’inspecter la coque et toutes les parties immergées du bateau. J’ai donc enfilé ma combinaison, mes palmes et me voilà en ce 5 janvier de nouveau dans l’eau coincé entre 2 coques dans une eau à 13 degrés pour essayer de détecter le moindre petit problème. Heureusement l’eau est limpide ce qui donne une excellente visibilité. Et par chance, à part quelques coups sur le gelcoat au-dessus de la ligne de flottaison, un peu de peinture antifouling qui s’est enlevée sur les parties renforcées du tunnel du propulseur d’étrave, je ne vois rien. Il est vrai que sans bouteille de plongée et quelques kilos de plomb, j’ai un peu de mal à descendre en apnée comme dans le Grand Bleu, mais je suis à peu près sûr de moi quand à la qualité de l’inspection. Nous nous en sortons bien dans notre malheur et c’est la preuve que le bateau est vraiment marin.

Gérer les finances

Néanmoins, s’il n’y a pas de dégâts sous le bateau, il n’en ai pas de même sur notre porte monnaie... Notre mésaventure vient impacter l’équilibre de nos finances à court terme et nous savons que nous devrons être vigilants dans les semaines qui suivent pour ne pas nous mettre dans le rouge. Nous nous mettons à la recherche d’un génois de rechange. Nous avions plutôt prévu l’achat de voiles neuves pour l’automne 2021. Alors pour cette fois, ce sera un génois d’occasion. Après avoir parcouru quelques petites annonces, nous en trouvons un dont les dimensions sont à peu de choses près similaires au nôtre et pour un prix de 300€. Transport compris, la note s’élève à 500€. Nous ne pouvons pas voir la voile, mais elle est vendue par un professionnel, il y a donc des chances pour qu’elle soit quand même dans un état correct. Nous ne laissons donc pas passer l’occasion. La voile arrivera finalement deux semaines plus tard après quelques quiproquos entre le vendeur et l’agence de livraison. Nous en sommes quitte pour une facture d’un mois de port à 1.000€...

Nous en profitons également pour recommander un boîtier électronique pour notre moteur HB d’annexe qui lui, avec ou sans tempête, ne fonctionne toujours pas. Il va bien falloir que l’on parvienne à le faire fonctionner si on veut passer du temps dans les mouillages. Nous le recevons 3 jours avant notre départ de Palamós avec un excellent service de la société CNautique France.

Ambiance COVID...

Les débuts dans notre nouvelle vie sont aussi marqués par l’adoption de nouvelles habitudes. Découvrir de nouveaux lieux, c’est pouvoir identifier rapidement les points de ravitaillement en nourriture, les aires de jeux pour les enfants, les lieux à visiter. Et sans voiture à disposition, pas toujours évident. Tout prend un peu plus de temps mais le bon côté des choses, c’est que ça nous fait marcher beaucoup plus qu’avant. Ce qui nous marque le plus, c’est l’atmosphère étrange qui règne à chaque escale dans cette période de forte épidémie. Déambuler dans des rues presque désertes avec de nombreux commerces fermés donne souvent l’impression de villes fantômes. Même Barcelone a pris un tout autre visage sans les animations de la Rambla, la foule qui déambule dans les rues. On ressent réellement le poids de cette période compliquée, et nous ne pouvons nous empêcher de penser à toutes les personnes qui souffrent économiquement avec toutes les conséquences que cela engendre sur l’avenir mais aussi sur la santé mentale.

Un sentiment encore plus fort d’être privilégiés

Quand à nous, nous sommes pris entre deux ressentis. Celui de privilégiés d’abord, en étant en mesure de voyager et d’échapper à la plupart des restrictions mises en place par le gouvernement espagnol et les provinces autonomes. Alors que la Catalogne est confinée par ville, nous sommes autorisés à nous déplacer en bateau sans que rien ne nous soit demandé. Nous sommes toujours accueillis chaleureusement par les ports. Même le passage vers les Baléares n’a posé aucun problème. Alors que nous avions prévu de faire un test PCR (et même payé 400€ pour un rendez-vous pour nous 4 à Barcelone), nous avons appris qu’en ayant séjourné dans des ports espagnols précédemment, nous n’avions pas besoin de test. Tant mieux pour nous, même si on lutte maintenant pour nous faire rembourser... 

L’autre sentiment en étant lancés dans cette nouvelle vie, c’est celui de culpabilité. Alors que les gens sont cloués chez eux, nous profitons d’une liberté qui nous permet de bouger, de nous évader et finalement de moins subir les effets de la crise, de mener une vie presque normale au quotidien. Mais nous nous sommes aussi créés cette nouvelle vie au prix de sacrifices et d’efforts, nous pouvons aussi la savourer.

Impliquer les enfants

Et comment se passe la vie à bord avec les enfants 24/24h avec nous? C’est l’un de nos gros défis du moment... globalement ils sont très coopératifs et c’est agréable de voir leur complicité s’installer au fil des jours. Mais il y a quand même quelques points qui sont sources de tensions. Nous essayons de les sortir des tablettes qui leur servent à la fois d’outil d’apprentissage, mais pas que... l’équilibre entre notre travail, l’éducation, l’école, l’entretien du bateau, les déplacements, les loisirs n’est pas encore totalement calé. Ils demandent beaucoup d’attention, sont intéressés par plein de choses mais jouent aussi parfois avec nos nerfs... À leur âge ils ont besoin de contacts avec d’autres enfants et les aires de jeux  font partie de nos premières recherches lorsque l’on arrive quelque part. Pas plus tard qu’hier, ils ont fait la connaissance d’une petite fille allemande de 8 ans (qui parlent 5 langues!! rien que ça...) et de deux garçons russes de 7 et 9 ans qui vivent également sur leur bateau. Une belle rencontre malgré la barrière de la langue qui sera à notre avis vite surmontée! C’est aussi ça que nous recherchons, les rencontres et le partage de cultures. Mais il est important de leur forcer un peu la main pour sortir du bateau, vaincre leur timidité et aller à la rencontre des autres.

Nos prochaines étapes...

Avec notre arrivée aux Baléares, nous nous sentons pleinement lancés dans notre nouvelle vie. La traversée depuis le continent était importante pour retrouver le plaisir de naviguer et la confiance dans le bateau. Lynne souhaitait reprendre progressivement avec de petites étapes depuis Palamós avant de reprendre une plus longue navigation. Maintenant que nous sommes ici, nous allons y rester plusieurs semaines. Il y a beaucoup d’endroits à découvrir à commencer par la côte Est de Majorque que nous ne connaissons pas. Nous longerons la côte à la découverte d’endroits improbables et nous l’espérons, à la rencontre d’autres familles. Nous essaierons ensuite de descendre un peu plus vers Ibiza et Formentera, deux îles qu’il nous reste à découvrir.

Il ne vous reste plus qu’à nous rejoindre si le cœur vous en dit et si la situation le permet! Vous serez toujours les bienvenus à bord!

Le calendrier se précise progressivement

Le calendrier se précise progressivement

Dans cette saison 2 du confinement, nous nous faisons souvent la réflexion que l’attente avant le départ devient vraiment longue, mais heureusement, notre calendrier se précise progressivement.

Entre excitation et frustration

Il y a à peine un mois, nous saluions nos amis de Niue et Vahana qui quittaient le port de Canet pour débuter leur grand voyage avec un premier cap vers Gibraltar. Aujourd’hui, ils se trouvent tous les deux aux Canaries et préparent activement leur transat. Notre impatience commençait à se faire plus grande d’autant plus que les températures ici se faisaient plus fraîches et que notre bateau était prêt. Mais voilà, nous devions honorer quelques rendez-vous professionnels et administratifs avant de larguer les amarres. Entretemps, le nouveau confinement a été annoncé, nous clouant une nouvelle fois au port de Canet.

Ça va bien aller…
Le calendrier se précise

Que fait-on quand on est confiné une deuxième fois sur son voilier? Nous vous préparons une petite compilation en vidéo à paraître prochainement… Si au printemps nous avions beaucoup de travail et de révisions à faire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Bien sûr il y a toujours des trucs à bricoler, mais globalement, le bateau est fonctionnel pour partir naviguer. Alors nous meublons les journées comme on le peut: activités professionnelles, sorties hebdomadaires avec les enfants pour se rendre à la plage (nous avons la chance qu’elle soit juste à côté!), quelques sorties courses, mais la plupart du temps nous sommes dans le bateau à lutter pour que les enfants ne se laissent pas emporter par l’attrait des tablettes et autres écrans… Rien que ça, c’est du sport!… Mais le bon côté, c’est qu’ils apprennent quand même beaucoup grâce aux tablettes. On se rassure comme on peut…

Stratégie et entraînement en ligne

Ah oui, nous allions oublier… un défi Virtual Regatta s’est organisé avec les voisins de notre ponton. Du coup, faute de régler les voiles d’Inuksuit en réel, Laurent passe son temps à faire avancer son Imoca sur le Vendée Globe virtuel. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire avec des conditions météo complexes. Au final, c’est à se demander si on ne serait pas aller aussi vite avec notre vrai bateau… Au moins il est allé repérer les Canaries et le Cap Vert. Il est enfin soulagé d’avoir franchi l’équateur après plusieurs jours empêtré dans le pot-au-noir.

Une date en vue!

Mais revenons à notre départ. Le calendrier se précise donc. Après les dernières annonces du gouvernement et du Président, nous avons pris la décision de partir entre le 27 et le 31 décembre. Nous ne savons pas vraiment si nous aurons de nouveau l’autorisation de naviguer avant le 15, les annonces ne sont pas claires sur le sujet. Du coup, nous nous donnons un mois de plus, mais ce sera le dernier sursis. L’aventure pourra donc débuter pour de bon dès janvier 2021! Et il nous tarde!!

Dernier Noël à terre ?

Cette décision nous permettra de passer Noël en famille avec Lisa et Emma tout en pouvant dire au revoir à nos amis sans devoir partir comme des voleurs. Lynne passera son permis hauturier et pourra co-animer un séminaire à distance avec le Canada. Et avec un peu de chance, nos enfants pourront aller se jeter dans la neige ariégeoise avant de replonger dans la grande bleue, puisqu’il nous reste encore quelques lieux à découvrir avant le départ.

Quel cap choisir ?

Le calendrier se précise

Quant à notre destination? Nous ne sommes pas vraiment fixés après réflexion. En fait, ça dépendra de la météo. Si notre première intention s’oriente plutôt vers le Sud de l’Espagne, rien ne dit que nous ne mettrons pas le cap vers le Sud-Est en direction de la Corse puis de l’Italie. Quoi qu’il en soit, 2021 se fera en Méditerranée, donc pas très loin pour celles et ceux d’entre vous qui auraient envie de venir se dépayser avec nous!!…

Et pour faire patienter, on vous laisse vous évader en visionnant et re-visionnant nos vidéos sur notre chaîne YouTube!

Partir ou ne pas partir: les incertitudes d’un nouveau confinement…

Partir ou ne pas partir, incertitudes avec le nouveau confinement

Partir ou ne pas partir, c'est bien le questionnement et les incertitudes qui nous trottent dans la tête ces jours-ci après l'annonce d'un nouveau confinement. Depuis début octobre, nous avons envisagé de finalement quitter notre port d’attache début novembre, pour retrouver un peu plus de chaleur et de soleil plus au Sud, du côté de l’Espagne. Notre date de départ était fixée d’abord au 1er Novembre, puis à partir du 6 novembre après que j’ai pu honorer un rendez-vous professionnel et que Lynne ait terminé ses démarches pour obtenir sa nationalité française.

L'impatience prend le dessus

Ces derniers jours, nous avons vu partir nos deux bateaux-copains Niue et Vahana qui ont mis le cap sur les Canaries. Ne pas partir n'était pas une option envisageable pour eux qui ont mis tout en oeuvre pour limiter les incertitudes et ne pas être bloqués par l'annonce d'un nouveau confinement. Nous avons passé d’excellents moments avec eux et les enfants se sont régalés à jouer tous ensemble. Ces rencontres nous ont réellement projetés dans le voyage et ont contribué à accélérer notre impatience de partir. Mais voilà que le gouvernement vient d’annoncer un nouveau confinement pour au moins un mois... si nous pensions que les mesures sanitaires pour lutter contre le virus allaient se durcir, nous n’envisagions pas un confinement quasi total. Nous nous projetions plutôt sur un confinement le week-end avec un couvre-feu plus tôt les soirs de semaine. Cette option nous aurait laissé la possibilité de partir un jour de semaine, rejoindre d’abord les Baléares puis nous retrouver en fin d’année vers Carthagène par exemple ou même encore un peu plus au Sud pour passer les fêtes.

L'espoir de pouvoir partir avant la fin d'année

Avec l’entrée en vigueur du confinement, nous sommes désormais suspendus à l’arrêté de la préfecture maritime qui devrait préciser les conditions pour les activités nautiques et la navigation. Nous espérons vraiment que nous ne serons pas bloqués au port jusqu’à la fin de l’année, date à laquelle nous devrons de toute façon libérer notre place après que nous ayons déposé notre préavis de départ.

Ça peut paraître un peu égoïste surtout dans cette période où on nous demande de réaliser une nouvelle fois un effort collectif pour lutter contre l’épidémie. Mais finalement, sur un voilier, nous sommes de toute façon confinés volontairement. Nous sommes aussi conscients que partir ne garantit pas de ne pas nous retrouver bloqués ailleurs en Espagne avec des contraintes encore plus fortes qu’en France, une potentielle quarantaine ou le passage de tests réguliers.

Nous sommes prêts à partir

Aujourd’hui le bateau est fin prêt pour notre départ. Nous avons terminé de régler les derniers petits détails, notre dessalinisateur fonctionne, nous offrant toute l’autonomie dont nous avons besoin pour naviguer et privilégier les mouillages plutôt que les ports. Nous sentons monter l’impatience de larguer les amarres pour de bon. Nous avons hâte d'offrir à nos enfants cette découverte du monde, cette liberté, dans une période et un climat plutôt moroses, anxiogènes, qui n’encouragent ni à l’optimisme, ni à un avenir meilleur tellement la nature humaine a tendance à reproduire sans cesse des schémas destructeurs pour notre environnement.