10 conseils pour partir voyager en voilier sans expérience

Voyager en voilier sans expérience

Ça y est, votre décision est prise. Après des mois ou des années de réflexions, d’hésitations, vous ne reviendrez pas en arrière. Même avec très peu d’expérience de la voile, dans votre tête, vous êtes prêts à partir voyager en voilier et en famille. À vous la liberté, vous allez pouvoir partir à la conquête du monde, braver l’horizon et les éléments pour vivre l’aventure de votre vie!

Nous ne connaissons pas une seule famille nomade qui n’ait pas ressenti ce bien-être, cette forme de libération et d’excitation après avoir pris la décision de se lancer dans une nouvelle aventure. Il faut une sacrée dose de courage, d’abnégation mais certainement aussi un peu d’insouciance pour décider de quitter son confort quotidien et partir hors des sentiers battus. Mais cette décision a souvent un sentiment libérateur et nous procure l’énergie nécessaire pour franchir les premiers obstacles qui surgissent devant nous.

Pour autant, nombreuses sont les questions qui nous envahissent. Par où dois-je commencer, quel choix de bateau dois-je faire, quels cours dois-je prendre?… Et puis il reste l’essentiel: comment vais-je réagir une fois que je vais être en mer? Car même si nous avons pris quelques cours de voile au préalable ou que nous avons l’habitude de navigations côtières, la navigation hauturière se distingue à bien des égards. Ne plus voir la terre peut par exemple être un facteur anxiogène, avec l’impression d’être livré à soi-même. Et cette angoisse peut vite se révéler oppressante pour une personne qui se lance dans un voyage en voilier sans beaucoup d’expérience préalable. 

Alors pour prendre un bon départ, voici quelques conseils qui vous permettront d’avancer plus sereinement dans votre projet.

1. Ne pas voir trop grand dans le choix du bateau

Lorsque l’on décide de partir en voyage en voilier au long-cours, nous avons tendance à vouloir conserver un minimum de confort, comme à terre. Or ce sont des environnements totalement différents. Il est utopique de penser que toutes les commodités que nous avons dans une maison vont se retrouver sur un voilier. Un bateau doit rester le plus possible minimaliste, car plus il est complexe, plus il est équipé, plus les risques de pannes augmentent. Chacun doit trouver le meilleur compromis entre le confort, les équipements et les coûts associés.

Que votre choix se porte sur un monocoque ou sur un catamaran, vous devez savoir que plus votre bateau est grand, plus il va coûter cher en entretien. Et quand on dit cher, on parle souvent en milliers d’euros. Si vous devez ajouter à cela les coûts des marinas lorsque des travaux sont nécessaires, le budget peut vite être amputé. 

Mais cela n’est pas tout. Car choisir un grand bateau, c’est également devoir être en mesure de le manoeuvrer facilement. Nous avons tous eu des sueurs froides lors de manoeuvres dans des marinas que l’on ne connait pas, avec du vent de travers et des emplacements étroits. Enfin, un grand bateau sera beaucoup plus physique à manoeuvrer en mer. Même avec de l’assistance électrique, le bateau développera une puissance plus importante qu’un voilier plus modeste. A moins que vous ne naviguiez avec des équipages conséquents (ce qui n’est souvent pas le cas en famille), vous devrez être en mesure de manoeuvrer votre voilier en équipage réduit. Mieux vaut donc le choisir dimensionné à son programme et aux capacités de son équipage.

2. Débuter par de courtes navigations qui vont s’allonger progressivement, choisir son programme en rapport avec son niveau d'expérience

Même si vous avez déjà pris des cours de voile, considérez que partir en voyage en voilier en famille avec peu d’expérience, c’est un peu comme se lancer tout seul sur le périphérique parisien le lendemain de l’obtention de son permis de conduire. En gros, vous ne faites pas le malin, vous êtes seul(e) aux commandes et plus personne ne peut vous aider à prendre les bonnes décisions. Et vos réflexes, vos réactions face à un danger sont encore loin d’être aguerris. A chaque fois que vous allez allumer le moteur pour quitter une marina ou un mouillage, votre coeur va se mettre à battre et il y a fort à parier que vous ressentiez une petite boule dans le ventre. Mais cela est sain! Et dites vous que le jour où vous ne ressentez plus cette boule dans le ventre, vous aurez intérêt à redoubler de vigilance. Car l’excès de confiance en mer, ça ne pardonne pas.

Pour éviter de vous mettre trop vite dans des situations de stress intense, débutez par de courtes navigations de 2 ou 3h que vous allongerez progressivement. Bâtissez votre confiance dans le bateau, en vous-mêmes mais aussi dans votre équipage. Tout le monde à bord doit pouvoir apprendre à maîtriser le bateau, à en comprendre ses réactions. Ne soyez donc pas trop ambitieux dans vos premiers milles, mais préférez assurer le coup.

De plus, la réussite d’un voyage au long-cours se joue plus dans l’esprit d’un marathon que d’un sprint. En d’autres termes, préférez aller lentement dans vos déplacements plutôt que de vous imposer d’être rapidement à tel ou tel endroit. C’est souvent lorsque l’on courre après le temps que l’on enchaîne les navigations. On profite moins des escales, on se fatigue plus et l’inconfort peut vite se faire sentir parmi l’équipage. Or l’inconfort peut se transformer en stress, laisser place à la peur, à la saturation et en dernier lieu, à l’arrêt prématuré du voyage.

Avancez donc pas à pas, sans vous surestimer ou sans sous-estimer ce qu’engendre l’accumulation de beaucoup de milles en peu de temps. Rappelez-vous, vous ne faites pas de course mais de la plaisance!

3. Choisissez le plus possible des créneaux météo calmes en portant attention à la houle et aux courants

En voilier c’est bien connu, c’est la météo qui dicte le rythme. Et c’est encore plus vrai lorsque l’on débute et que l’on a peu d’expérience. Aller se confronter à des vents de plus de 25 noeuds, sauf quand on a pas le choix, ça commence déjà à être sportif pour des équipages non aguerris. Et si vous partez de Méditerranée, méfiez-vous encore plus, car elle est beaucoup plus traitre que l’Atlantique avec des vagues courtes et violentes.

Avant de prendre la mer ou de quitter un mouillage, étudiez bien les fichiers météo en vous basant sur les prévisions les plus pessimistes. Prenez les prévisions en mode « rafales » et ajoutez encore entre 5 et 10 noeuds pour vous accorder une marge de sécurité. Renseignez-vous également sur le particularités de votre zone de navigation. Les configurations des plans d’eau peuvent générer des vents différents de ceux annoncés par les fichiers météo. Et au lieu de vous retrouver dans du 15 noeuds avec mer plate, vous pourriez être surpris(e) avec des vents 2 fois plus forts qui pourraient vous mettre en difficulté. 

4. Ne pas se lancer dans des navigations de nuit tout de suite

La nuit toutes les sensations et les perceptions sont différentes. A vitesse égale, vous aurez l’impression d’aller plus vite. Vous n’apprécierez pas les distances de la même façon et bien sûr, vous n’aurez presque pas de luminosité, sauf en cas de pleine lune. À l’intérieur du bateau, les bruits sont perçus différemment que le jour. Les craquements du bois sont plus marqués, tout semble plus impressionnant. Sans compter les dangers qui peuvent trainer en surface et que vous ne verrez pas, les autres bateaux que vous pourrez croiser et pour lesquels il faudra interpréter correctement le cap, la vitesse, les feux…

Un conseil, allez-y la aussi progressivement. Commencez par faire des petites parties de nuit, comme par exemple partir en navigation en toute fin de nuit pour avoir une à deux heures d’obscurité. Puis allongez au fur et à mesure les durées. Vous verrez que vous gagnerez progressivement en confiance. Et vous pourrez apprécier de plus en plus ces navigations qui offrent souvent un spectacle grandiose: Voie lactée, plancton fluorescent, dauphins…

5. Embarquez un skipper, un moniteur de voile ou un ami qui a de l’expérience pour vous accompagner dans vos premiers milles

Même si vous avez pris des cours de voile, il n’est jamais facile de se lancer tout seul au milieu de nulle part… N’hésitez pas à vous faire accompagner par une ou des personnes qui ont plus d’expérience et qui finiront de vous accompagner et de vous rassurer dans la prise en main de votre voilier. Même si vous resterez le maître à bord, savoir que vous avez des personnes qui auront les bons réflexes en cas de problème, qui pourront tenir des quarts sans que vous ayez à vous inquiéter, ça vaut de l’or. 

Il y a beaucoup de personnes qualifiées qui souhaitent s’embarquer pour des navigations plus ou moins longues. En parcourant les réseaux sociaux, les forums, en postant des annonces, vous trouverez à coup sûr la personne qui vous convient. Mais attention, étant capitaine de votre voilier, c’est vous qui fixez les règles de fonctionnement selon ce que vous recherchez. N’oubliez jamais que le manque d’expérience n’est pas incompatible avec la capacité à déterminer son programme et la façon dont on veut naviguer.

6. L’équipier ou l’équipière adulte qui a le moins d’expérience prend la décision du top départ

Se lancer dans un voyage en voilier en famille sans expérience et pour une longue durée n’est anodin pour personne. Le degré de confort, de confiance et les ressentis sont forcément différents selon les membres de l’équipage. Avant d’appareiller même pour une courte navigation, le départ doit être concerté. Il est conseillé que l’adulte qui se sent le moins à l’aise soit favorable au départ, cela ménagera les susceptibilités et sera un gage d’harmonie à bord. Par exemple, une bonne chose à faire et de laisser la personne la moins à l’aise étudier les fichiers météo et donner son point de vue sur les conditions de navigation. Le créneau de départ pourra ainsi être choisi d’un commun accord. Par la suite, au fur et à mesure des navigations, tout le monde sera plus à l’aise et il sera plus facile de partir.

7. Apprenez à mettre votre bateau à la cape

En mer, nous ne sommes jamais très loin d’une difficulté, d’une météo changeante, d’un problème technique ou tout simplement d’un gros coup de fatigue. Et lorsque vous êtes trop loin des côtes et que vous devez faire le dos rond, l’une des meilleures options consiste à mettre votre bateau à la cape. Mais de quoi s’agit-il exactement?

En théorie comme en pratique, c’est assez simple. Il « suffit » de faire virer le bateau sans ne rien toucher aux voiles et à vos réglages. La grand voile va changer d’amure et la voile d’avant va se gonfler à contre. Les forces qui vont s’exercer sur les voiles vont s’opposer et le bateau va s’arrêter face aux vagues. Il ne vous reste plus qu’à bloquer la barre en l’orientant « au vent ». Même dans une grosse mer avec beaucoup de vent, vous retrouverez tout de suite un peu de « confort » et de tranquillité. Vous pourrez vous mettre à l’intérieur, vous reposer, manger. Les sensations seront immédiatement complètement différentes.

La mise à la cape est également une manoeuvre d’urgence en cas d’homme à la mer par exemple, à condition que vous ne naviguiez pas sous spi ou trop au portant. N’hésitez pas à pratiquer cette manoeuvre dès vos premières sorties.

8. Travaillez votre communication

Lorsque l’on débute dans une nouvelle activité, le manque d’assurance peut vite nous faire paniquer dans des situations un peu stressantes ou dans des manoeuvres que nous n’avons pas beaucoup pratiquées. Un mouillage, une prise de coffre, une prise de ris, un accostage dans une marina… Lorsque l’on a peu d’expérience (comme après d’ailleurs), la peur de perdre le contrôle peut générer de l’agressivité, des engueulades qui ne vont pas arranger les choses. Aussi, une bonne communication est cruciale

Le Capitaine reste le seul chef d’orchestre à bord, il est responsable de la réussite ou de l’échec de la manoeuvre. Mettez vous d’accord avant la manoeuvre sur des signes qui vont vous aider à communiquer. Souvent avec le vent, il n’est pas rare de ne pas s’entendre entre l’avant et l’arrière du bateau. Prenez votre temps, expliquez ce qu’il y a à faire, décomposer les manœuvres et surtout, restez calme! Si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, ce n’est pas grave. L’énervement est la meilleure recette pour se rater et mettre une très mauvaise ambiance à bord.

Il n’est pas rare de voir des voiliers arriver dans des mouillages et de faire le spectacle avec Monsieur à l’ancre et Madame à la barre. Et si par malheur la première tentative rate, alors c’est le début du spectacle pour tous les bateaux voisins. L’orgueil de Monsieur en prend un coup et Madame assume comme elle peut… Et croyez-nous, vous ne voulez pas vous retrouver dans cette situation! Nous avons tous manqué des manoeuvres et nous en manquerons encore. L’erreur est humaine et c’est d’ailleurs comme cela qu’on apprend. Alors restez zen, la plaisance doit rester du plaisir.

9. Donnez-vous du temps

Votre programme est de partir voyager au long-cours en famille. Profitez de ce que le voilier vous offre: de la lenteur! Inutile de vouloir aller trop vite dans vos étapes et votre parcours. L’aventure peut commencer à seulement 2h de navigation de son point de départ. Et cela suffit parfois à être totalement dépaysé.

Donnez le temps à chacun de trouver son rythme à bord. Et à moins que vous n’ayez qu’une seule année devant vous qui vous impose des créneaux de traversée pour un tour de l’Atlantique par exemple, rien ne vous empêche de décaler de plusieurs mois une longue traversée. En voilier, le rythme effréné de la terre n’a pas lieu d’être. Alors laissez-vous porter par vos envies et vos coups de coeur!

10. Entraînez-vous à barrer, à sentir votre bateau et à en connaître ses réactions

Pouvez-vous vous imaginer conduire une voiture sans jamais toucher le volant? Lui feriez-vous une confiance aveugle à 130km/h sur l’autoroute ou bien en cas d’urgence sans connaître ses réactions? Probablement que non… Mais il faut aussi envisager les pannes électroniques. Certes, un pilote automatique barre beaucoup plus précisément qu’un humain, mais si votre pilote tombe en panne, comment feriez-vous? Vous n’aurez pas d’autre choix que de barrer 24h/24, à moins de disposer d’un régulateur d’allure qui pourra vous soulager un peu.

Quand on décide de partir voyager en voilier en famille sans expérience, de nombreuses craintes surgissent, la plupart du temps parce que nous sommes confrontés à un environnement hostile, qui nous est inconnu et dont on ne maîtrise pas tout. Un bateau qui accélère, qui prend de la gîte, ça reste toujours impressionnant et ça peut créer des peurs par manque de connaissance des réactions du voilier. Or plus vous allez vous familiariser avec le comportement du bateau sous voiles, plus vous serez rassuré(e) sur son côté marin. Tous les membres de l’équipage devraient se familiariser avec la conduite du bateau, y compris les enfants. Pour eux, c’est un bonheur de pouvoir barrer et de sentir les mouvements du bateau.

Et une nouvelle fois, n’ayez pas peur de faire des erreurs, vous verrez que les bateaux de plaisance pardonnent généralement beaucoup plus d’erreurs que ce que l’on pense.

Les 5 raisons de partir voyager en voilier

Au cours des derniers mois ou des dernières années, ne vous êtes-vous jamais dit que vous aviez envie de tout plaquer pour faire autre chose, sortir de votre routine quotidienne, vivre pleinement ce à quoi vous aspirez le plus avant qu’il ne soit trop tard? Après tout, nous ne savons jamais de quoi est fait demain et nous pourrions vite regretter de ne pas être allé au bout d’un projet qui nous tient à coeur, quel qu’il soit…

C’est ce qui s’est passé pour notre famille il y a un peu plus de deux ans. Nous n’étions plus vraiment en phase avec la société dans laquelle nous vivions, nous aspirions à autre chose avec plus de sens, plus proche de nos convictions et de nos valeurs. Nous voulions démontrer à nos enfants qu’il existe des modes de vie alternatifs, leur faire découvrir toute la richesse du monde et des gens malgré les différences de cultures. Pour nous, partir voyager en voilier s’est imposé comme une alternative idéale. Nous faisions déjà de la voile pendant les périodes estivales et ce sentiment de déconnection, de simplicité nous séduisait.

Bien sûr, il y a toujours de bonnes raisons pour ne jamais partir. La réalité peut vite nous rattraper et changer radicalement de mode de vie demande du courage. On se jette dans l’inconnu, on sort de notre zone de confort, on expose nos vulnérabilités. Et face à ces difficultés, beaucoup renoncent avant même d’avoir essayé, par peur de se tromper ou de ne pas réussir. Ces ressentis sont pourtant normaux et sains. Nous n’avons pas échappé à ces questionnements. Mais une fois nos craintes et nos doutes surmontés, nous avons franchi le pas, sans regrets. Et si c’était à refaire, nous le referions sans hésiter. Car malgré des défis, ce mode de vie sur l’eau nous apporte énormément de satisfaction.

Alors voici pour nous les 5 raisons de partir voyager en voilier.

1. L’océan, un dernier espace de liberté

La vie à terre nous emprisonne dans un fonctionnement routinier où tout est codifié, régulé, à tel point que ça devient oppressant. Nous sommes finalement prisonniers d’un quotidien rythmé par le travail, l’école des enfants, où le temps ne nous appartient plus vraiment. Quelques jours de répit par an ne suffisent plus à éviter l’implosion, les burnouts, les « craquages » qui viennent polluer notre équilibre de vie. 

Sur la mer, le rapport au temps est différent. Chaque instant est apprécié à sa juste valeur avec cette impression de lenteur qui apaise. Et puis il y a cette ouverture vers le monde, où contempler l’horizon nous donne envie de découvrir de nouveaux espaces, de vivre de nouvelles aventures. Le simple fait de hisser les voiles nous ouvre un champ de possibles et nous porte vers de nouvelles opportunités, de nouvelles rencontres. En mer, nous avons un peu l’impression d’un monde sans frontières, même si évidemment, nous ne coupons pas avec les formalités d’entrée dans les pays que nous visitons. Mais elles ont un goût différent, certainement plus authentique, plus convivial et chaleureux. Et le fait d’atteindre un nouveau pays par la mer procure un sentiment de satisfaction immense. Il ne s’agit plus de débarquer d’un avion après 8h de vol dans le confort, mais bel et bien de savourer le voyage et le chemin accompli, au cours duquel nous aurons de nouveau appris beaucoup de choses, sur nous-mêmes, sur notre environnement. 

2. Une vie minimaliste, loin du tumulte des villes et de l’hyper-consommation

Partir voyager en voilier, c’est se détacher de tout ce qui est superflu et en particulier du matériel. C’est lorsque l’on déménage d’une maison à un bateau que l’on s’aperçoit à quel point nous stockons des choses inutiles. Le grand mal de notre société moderne… En voilier, nous revenons à l’essentiel. Et l’on prend très vite goût à cette vie minimaliste, y compris les enfants qui retrouvent très vite le plaisir de profiter de l’environnement qui se trouve autour d’eux.

Lorsque l’on voyage en voilier, le plaisir ne réside pas dans l’achat du dernier gadget à la mode, mais plutôt dans l’excitation de ce que l’on va découvrir à la prochaine escale, au bonheur de contempler l’océan, d’admirer les dauphins qui viennent jouer devant l’étrave. Finalement, on s’aperçoit que le bonheur ne se trouve pas dans la quantité de choses que l’on possède, mais tout simplement dans la capacité à vivre en harmonie avec ses valeurs et de s’enrichir de cultures et d’expériences différentes. 

Traversée de l'Atlantique

3. Une empreinte écologique limitée, un mode de vie plus durable en harmonie avec la nature 

Il ne fait plus aucun doute que le mode de vie occidental nous mène tout droit dans le mur à plusieurs niveaux. La course à la croissance économique détruit notre planète et le vivant. Une nouvelle fois cette année, la date de dépassement mondiale, date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources que la planète peut produire en une année, est tombée le 28 juillet. En France, elle était le 5 mai… Nous sommes en train de nous auto-détruire et ce processus est exponentiel.

Partir voyager en voilier permet à notre échelle de faire un geste pour la planète en vivant en toute autonomie ou presque. Nous portons en permanence attention à notre consommation énergétique et nous sommes conscients de la quantité d’énergie que nous utilisons. L’électricité nous est fournie par le soleil, le vent, ou la mer. Nos voiles sont notre moteur principal et selon les zones de navigation, il est possible qu’un plein de carburant dure plusieurs mois. Quant à la nourriture, elle provient le plus possible de circuits courts et locaux, la pêche restant un plaisir pratiqué de façon raisonnée uniquement pour subvenir aux besoins du bord. L’utilisation de l’eau est aussi maîtrisée car nous avons conscience de sa rareté. Nous produisons également beaucoup moins de déchets au quotidien.

Ce mode de vie implique de fait le développement d’une conscience environnementale devenue indispensable de nos jours.

4. Redonner de la valeur aux relations humaines, à l’entraide

En voilier, la solidarité fait partie des valeurs ancrées dans l’esprit de chaque marin. Si vous ne connaissez presque pas vos voisins à terre même après plusieurs années de vie au même endroit, soyez certain(e) qu’en bateau, dès votre premier mouillage, vous risquez d’être invité(e) pour un apéro improvisé.

Dans ce mode de vie, il y a toujours quelqu’un qui veille sur vous, sur votre bateau. Il existe une solidarité collective qui fait du bien, doublée de respect et d’humilité probablement liées au fait que chacun sait ce que les uns et les autres ont traversé pour arriver là où ils sont. Il n’y a souvent pas de jugement, surtout de la bienveillance, bien éloigné de l’esprit individualiste qui règne en maître dans nos vies citadines.

5. Une ouverture d’esprit incomparable pour les enfants

Les voyages forment la jeunesse. Et bien pour les enfants, partir voyager en voilier apporte bien plus que ça. C’est une source d’épanouissement, de développement personnel et d’ouverture d’esprit incomparable. Après seulement quelques mois passés à bord, vous verrez vos enfants se transformer. Ils seront beaucoup plus ouverts au monde, beaucoup plus autonomes, prendront beaucoup plus de responsabilités et de confiance. Socialement, ils auront un contact bien plus facile avec les gens, quelles que soient leur culture, leur origine, leur langue. Tout cela en feront un peu des caméléons. Ils parviendront à s’intégrer dans n’importe quel groupe, y compris avec d’autres enfants d’âges très hétérogènes. Ils auront un sens du contact beaucoup plus facile avec les adultes également.

En bref, ils seront équipés pour aborder les challenges de la vie en ayant développé des savoirs-être et des savoirs-faire indispensables à la vie en société. 

Partir voyager en voilier

Tout cela vous donne envie, vous inspire, vous séduit? Alors qu’attendez-vous pour vous lancer dans une nouvelle aventure? Nos limites sont celles que nous nous imposons nous-mêmes. Le premier pas est souvent le plus difficile à franchir. Parlez-en avec votre conjoint(e), donnez du sens à vos actions, définissez un plan, créez les conditions pour réussir votre transition vers un nouveau mode de vie, fixez-vous une date et hop, il ne vous reste plus qu’à larguer les amarres…!

Bilan après un an de voyage en voilier!

Bilan après un an de voyage en voilier

« L’important n’est pas la destination mais le voyage ». 

Après un an de voyage en voilier, cette devise  résume bien notre parcours depuis notre départ de Canet-en-Roussillon. Si on regarde le nombre de Miles Nautiques parcourus, nous sommes encore loin des navigateurs de course au large engagés dans le Vendée Globe. Mais peu importe, car dans notre aventure, nous nous sommes donné le privilège du temps, pour que chacun apprenne et se sente bien. Voici donc un premier bilan de nos 12 mois bien éloignés des réalités de la vie à terre… Et si vous en doutiez encore, nous n'avons aucune intention de nous arrêter là pour l'instant!... 😉

Le meilleur plan, c’est pas de plan!

Dès notre première traversée, nous avons vite compris qu’il ne servait à rien de vouloir se tenir à un plan précis. Vous vous souvenez forcément de nos péripéties après avoir essuyé cette première tempête en Méditerranée qui, au lieu de nous porter vers les Baléares, nous a finalement fait atterrir sur la Costa Brava. Le ton était donné… Et pour nous, ce fût un mal pour un bien. Cela nous a bien fait comprendre que dans cet environnement marin, ce n’est pas toi qui décide, mais plutôt les éléments. Nous le savions avant de partir, mais il valait mieux que mère nature nous envoie une dernière piqûre de rappel! Et nous en avons fait notre philosophie, en écartant les courses contre la montre, quelles que soient les circonstances. Nous avons appris qu’il faut être prêt à tout, que chaque navigation se mérite et que même dans des conditions calmes, le danger et les montées d’adrénaline ne sont jamais très loin, en mer comme au mouillage. Nous devons veiller sur notre équipage, sur notre bateau mais aussi sur les autres. Et que dire des conditions météo dont les prévisions nous engagent dans des échanges passionnés afin de trouver les meilleures fenêtres de navigation. Sans oublier le COVID qui oblige à intégrer des paramètres supplémentaires et qui en cette nouvelle année, bloque pour quelques jours notre descente vers le Cap-Vert, l’ensemble de l’équipage ayant été testé positif… 

Apprendre à mieux communiquer

Après un an de voyage, nous avons dû aussi apprendre à cohabiter pleinement, sans échappatoire possible. Pas toujours facile, même si le couple est solide, de toujours trouver le ton juste pour communiquer dans des moments de stress, de fatigue, de tensions avec les enfants… Et pourtant, c’est un passage obligatoire si l’on souhaite que le voyage s’inscrive dans le temps. Nous ne devons pas nous reposer sur nos acquis, au contraire, nous devons faire preuve encore plus de bienveillance, d’écoute et de respect les uns envers les autres. Et avec les enfants, cela est d’autant plus essentiel, car ils sont encore en pleine construction, ils ne parviennent pas toujours à exprimer leurs émotions et eux aussi ont besoin de leur espace de liberté pour pouvoir se construire. Il faut donc trouver les mots juste, ne jamais réagir à chaud ou dans l’émotion… Ok, toujours plus facile à dire qu’à faire.

Surmonter ses doutes...

Nous insistons souvent dessus. Dans tout nouveau projet, il y a toujours une phase de doutes. Pourquoi nous sommes-nous lancés dans une telle aventure? Est-ce que nous allons y arriver?… Les questionnements sont nombreux et logiques. Les remises en question aussi! Mais si une telle aventure était facile, ça se saurait. Tout le monde se jetterait dedans à pieds joints sans réfléchir. Donc oui, il y a de nombreuses difficultés inhérentes à un tel projet de changement de vie, avec des événements qui viennent nous challenger chaque jour et nous questionner sur nos choix. Mais l’essentiel est de rester persuadés que nous avons fait le bon choix. L’essentiel est de bien se rappeler à chaque fois qu’un petit démon vient nous chatouiller derrière la tête, pourquoi nous avons entrepris le voyage et le sens que nous avons souhaité lui donner. Il est inutile de refaire l’histoire, de ressasser le passé, il vaut bien mieux regarder devant soi en se disant qu’il y a toujours une solution à un problème ou à une difficulté. Et la vie est plutôt bien faite pour ça. Pour nous, après un an de voyage, semaine après semaine, la sérénité s’installe un peu plus à bord et au sein de la famille. Nous savons qu’après cette phase de doutes viendra l’étape de la transformation qui prendra le dessus et nous fera dire dans quelques années que nous aurions eu tort de ne pas nous lancer dans une telle aventure tellement nous avons appris sur nous, sur les autres et sur le monde.

Un équilibre encore difficile à trouver

Dans ce style de vie, le temps est un allié pour parvenir à retrouver un équilibre et une harmonie familiale. Si nous acceptons que les choses ne vont pas toutes se mettre en place immédiatement comme nous le souhaitons ou comme nous l’avons imaginé, alors nous n’irons pas au devant de désillusions. Il ne sert à rien de nourrir des frustrations face à des événements ou des situations que nous ne pouvons pas toujours maîtriser. Les changements sont tellement complexes et radicaux qu’il faut accepter que toutes les pièces du puzzle ne se placent pas d’un seul coup. Et nous ne sommes jamais assez préparés à nous lancer dans une telle aventure. Sauf qu’à un moment, il faut y aller, il faut sauter le pas! Beaucoup de choses nous challengent au quotidien, entre nos métiers, l’école des enfants, sortir faire ses courses quand tu n’as pas de voiture et que le supermarché est à 2km, gérer l’administratif, les connexions Internet, les communications, les pannes du bateau… Il faut parvenir à lâcher prise sur tout ce que l’on connaît dans nos vies « classiques » pour laisser les choses se placer les unes après les autres. C’est finalement un jeu de patience, de persévérance. Mais il y a toujours la récompense au bout du chemin: la satisfaction de voir à quel point nous nous habituons et nous parvenons à adapter notre quotidien et nos journées à une vie non routinière. Nous avons encore beaucoup de choses à parvenir à caler, à équilibrer, mais nous savons que nous sommes sur la bonne voie. Nous pouvons constater toujours un peu plus de sérénité et progressivement, nos rythmes de vie deviennent plus paisibles et naturels.

L’importance de faire une coupure

Même après « seulement » un an de voyage, nous apprenons au travers de l’expérience des autres mais aussi de notre propre situation, à quel point il est important de s’accorder une coupure régulièrement, en dehors du bateau. En observant de nombreux navigateurs au long-cours, tous s’accordent un temps de pause, ne serait-ce que quelques semaines, pour souffler et retrouver le confort d’une vie un peu plus normale. Cette parenthèse est l’occasion de visiter la famille, de préparer la suite de son voyage, de profiter de choses qui paraissent anodines à terre mais qui le sont beaucoup moins lorsque l’on vit sur l’eau toute l’année. 

Pour nous, Septembre a été un mois difficile, dans un environnement que pourtant beaucoup de monde aurait envié. Alors que nous étions à Lanzarote, Lynne avait besoin de se retrouver un peu. Nous passions nos journées au mouillage, la tête dans le travail sans pouvoir vraiment aller visiter l’île par manque de voitures de location, et sans savoir non plus ce que nous allions faire dans les mois qui allaient suivre. Nous avions prévu d’abord de descendre vers le Cap-Vert pour remettre les enfants à l’école jusqu’à Noël. Malheureusement, nous avons dû reconsidérer la question pour pouvoir faire quelques réparations sur le bateau mais aussi parce que nous ne pouvions tout simplement pas payer pour les coûts de scolarité dans une école privée, tout aussi séduisante soit elle. Lynne a pris un coup au moral, même si nous avons accueilli nos premiers invités à bord pour de courts séjours qui sont apparus comme des bouffées d’air frais. 

Elle a donc profité de l’un de mes déplacements professionnels aux Comores pour rentrer à Bordeaux avec les enfants. Une occasion pour revoir les amis, retrouver du soutien et se refaire une petite santé au plan moral. Dans l’avenir, nous n’hésiterons pas à nous accorder ces parenthèses dès que nous le pourrons. Cela aussi participera à l’harmonie familiale, même si ça nous a fait bizarre de nous séparer après plus de 18 mois passés 24h/24 ensemble.

Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Bilan après un an de voyage en voilier
Le plaisir simple des rencontres et des soirées au mouillage

Beaucoup pensent que vivre sur un voilier est synonyme d’isolement. Il arrive parfois que l’on nous pose une question du type « mais vous n’avez pas peur que vos enfants soient complètement désociabilisés ou ne sachent plus s’adapter au monde normal? ». C’est très mal connaître la vie en bateau et ses réalités. Même si certaines rencontres sont éphémères, il peut ne pas se passer un soir où nous ne sommes pas invités -ou que nous invitons- par des plaisanciers voisins de mouillage ou de ponton. Et les enfants sont les premiers à sauter du bateau pour aller à la rencontre d’autres enfants, quelles que soient leurs nationalités. C’est ça le pouvoir du voyage, des rencontres spontanées, sans prêter attention aux différences et barrières du langage. Alors si un jour vous partez naviguer, pensez à toujours avoir quelque chose de prêt pour un apéro dinatoire qui garantira de bons moments de convivialité, de partage et de bonne humeur! Nous, au bout d’un an, nous avons arrêté de compter le nombre de fois que nous avons accueilli ou que nous nous sommes déplacés dans un autre cockpit. Et à chaque fois, c’est toujours un plaisir de recommencer!

La frustration de ne pas être complètement immergés dans la culture locale

La faute au COVID? Certainement un peu… Nous avons entrepris cette aventure pour aller à la rencontre des gens et découvrir de nouvelles cultures. Nous avons adoré la grande majorité des lieux que nous avons visités. Mais il nous manque encore une immersion plus marquée dans la culture locale. Or beaucoup d’événements ont été annulés, les gens étaient certainement plus frileux à ouvrir leurs portes, avec en plus la pression de mesures et restrictions sanitaires dissuasives. Plus nous allons avancer dans l’aventure et le voyage, plus nous rechercherons à créer du lien avec les locaux. Certainement que l’arrivée au Cap-Vert marquera un tournant à cet égard.

Le voilier: le moyen de transport le plus cher pour voyager gratuitement

Êtes-vous familier avec l’expression « la liberté a un prix »? Si ce n’est pas encore le cas, venez vite nous rejoindre, vous verrez que la vie en bateau l’illustre parfaitement bien!! C’est fou ce que la moindre petite pièce peut coûter… Et comme notre voilier est notre maison, nous l’entretenons de la meilleure façon qu’il soit pour qu’il puisse nous amener le plus loin possible et le plus longtemps possible. Il y a toujours quelque chose à réparer, à bricoler, à rénover… Et si jamais vous avez l’impression que tout marche super bien, savourez le moment mais ne vous réjouissez pas trop vite car ça ne devrait pas durer trop longtemps! Cette année n’a pas été simple économiquement pour nous. Nous avons du jongler avec une baisse de revenus liée au COVID, quelques coûts imprévus d’entretien, les frais fixes de la vie en bateau. Mais au final, nous parvenons quand même à équilibrer tant bien que mal le budget, au prix d’efforts et de quelques moments de stress. Pour toutes celles et ceux qui aspirent à prendre la mer, il faut environ tabler entre 10 et 15% de la valeur du bateau pour les frais d’entretien et de fonctionnement.

Les bases d’un nouveau projet professionnel ?

Nous l’avons évoqué à quelques reprises lors de nos Live et dans d’autres articles, mais il nous tenait à coeur de pouvoir lancer plus concrètement nos activités de coaching et d’accompagnement de futurs « aventuriers ». Le parcours de réflexion et de construction a été un peu laborieux, Lynne et moi ayant eu des idées un peu différentes tout en étant complémentaires. L’enjeu était donc de trouver le bon équilibre là encore, tout en prenant confiance progressivement dans les services que nous voulions mettre sur pied. Et nous sommes heureux de constater que cela prend forme, même si beaucoup reste à faire. Nos séjours en immersion prennent forme avec déjà des réservations pour la Martinique. Nous avons également commencé à accompagner des familles à distance dans leurs projets de voyage. 2022 devrait nous permettre de poursuivre sur cette lancée pour notre plus grand plaisir. D’ailleurs, si vous connaissez autour de vous des familles qui rêvent de s’évader de leur quotidien et qui aspirent à un mode de vie différent, encouragez-les dans leur projet et passez leur le mot qu’une super famille franco-canadienne se tient prête à les accueillir pour pouvoir les guider dans leur cheminement et leur montrer la réalité de la vie en voilier!

Nous vous souhaitons une très bonne année 2022 et que vos rêves puissent devenir une réalité!

Un an de voyage

Les défis de la vie en bateau

Les défis de la vie en bateau

Il s’est passé tellement de temps depuis notre dernier article, mais tant de choses également! Aujourd’hui nous souhaitons vous partager quelques uns des défis de la vie en bateau. Souvent nous nous sommes dit que nous devrions prendre le temps de rédiger un nouveau texte, de coucher sur papier les derniers faits marquants de notre aventure. Mais voilà, nous nous laissons un peu trop bercer par les rencontres, les mouvements de la houle devant les couchers de soleil tous aussi magnifiques les uns que les autres... et nous tombons dans la facilité d’un post sur les réseaux sociaux, certes plus spontané, mais qui ne parvient pas à laisser transparaître toute l’intensité de notre aventure.

Car oui, notre aventure est intense. Et cette intensité ne provient pas de là où nous pourrions l’attendre le plus. Le principal défi dans cette vie en bateau, ce n’est finalement pas la navigation. Cela s’apprend et avec les jours qui passent, nous prenons de l’expérience, de l’assurance. Les manœuvres deviennent réflexes au fil des miles parcourus, mouiller n’est (presque) plus qu’une formalité. Même Lynne qui avait parfois du mal à intégrer certaines manœuvres ou certaines terminologies est maintenant beaucoup plus à l’aise avec tout ça.

L'importance de retrouver une routine

Non, le vrai défi quand on commence une nouvelle vie en bateau est bel et bien ailleurs. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, on s’aperçoit à quel point le monde des terriens nous a habitué à avoir une certaine routine, et qu’il n’est pas simple de s’en détacher. Si en voilier nous avons le privilège du temps et que le quotidien est toujours différent, il n’est pour autant pas toujours facile de retrouver une routine dans la non-routine. Et cela peut rapidement venir perturber l’équilibre des troupes. Si on doit identifier une difficulté en priorité au cours de cette première année à bord, ce serait celle-ci.

Entre les travaux et l’entretien quasi permanent du bateau qui sont une priorité, nos missions professionnelles, l’éducation des enfants, le temps pour soi dans un espace restreint où nous cohabitons 24h/24... cela fait beaucoup et nous cherchons encore notre rythme, parfois avec des frustrations et le sentiment de ne pas en faire assez, ou pas assez bien.

S'assurer que les enfants s'épanouissent

Lynne et moi sommes différents dans l’approche de ces enjeux. Je suis plutôt du style « lâcher prise » en essayant de me concentrer sur ce que je maîtrise et en faisant confiance à la vie. J’ai toujours travaillé et évolué dans des cadres atypiques avec une faculté d’adaptation importante. Lynne est souvent plus terre à terre, elle a besoin de plus de repères, d’être rassurée en s’appuyant sur des schémas qu’elle connaît. L’éducation des enfants est probablement le point le plus sensible. Il n’est pas toujours simple de les intéresser et de les motiver à faire des exercices classiques d’école tous les jours. Pourtant, nous pouvons voir les progrès qu’ils réalisent. Certes ce n’est peut être pas toujours dans des matières classiques. Mais ils observent, ils sont curieux, dégourdis, prennent des initiatives. Il n’est pas toujours facile de les suivre, de répondre à toutes leurs sollicitations, mais l’environnement dans lequel nous évoluons les stimulent. Ils connaissent certainement beaucoup plus de choses que ce que l’on pense. Ils ont une aisance dans et sur l’eau. Ils sont sociables. Et leur complicité grandit chaque jour. Et pour toutes ces raisons, notre aventure est enrichissante et positive.

Organiser ses temps dans la journée

La conciliation de nos activités professionnelles avec la vie en mer nous vaut aussi pas mal de discussions. L’organisation de nos plannings n’est pas facile, cela implique d’être très bien structurés. Et de ce point de vue là, nous avons encore des progrès à faire. Récemment, pour optimiser notre travail, nous avons opté pour que je m’occupe des enfants le matin et Lynne l’après-midi. Le soir, on se remet sur certains dossiers quand nous en avons encore l’énergie et le courage. Mais cette bonne volonté n’empêche pas les changements de dernière minute avec les impondérables et aléas de la vie en bateau.

Pas les premiers à en passer par là...

Ce qui est rassurant, c’est que nous ne sommes pas les seuls à traverser  ces frustrations et challenges dans cette période de transition. À priori, il faut entre 18 mois et 2 ans pour que les choses se mettent en place et qu’un équilibre soit retrouvé. En attendant, il y a parfois des discussions animées à bord pour essayer de trouver la meilleure formule, mais cela n’altère en rien notre détermination tout en trouvant le meilleur compromis possible pour le bien-être de la famille!

Alors que s’est-il passé depuis Minorque, à part le fait que nous ne sommes plus à Minorque justement?!... Sur le plan touristique, nous avons terminé le tour de Majorque. Nous avons fait le tour dans le sens des aiguilles d’une montre pour remonter jusqu’à Sa Calobra. Nous préparons maintenant notre traversée vers Ibiza qui ne nous prendra qu’une huitaine d’heures.

Une belle solidarité entre plaisanciers

En ce qui concerne les rencontres, nous avons passé beaucoup de temps avec Marvin, Daniela et Tara de Nomad Citizen. Ils sont partis un an avant nous et rencontrent les mêmes défis que nous. Mais nous partageons la même philosophie et le même besoin d’évasion. Depuis notre base de Santa Ponsa, nous nous sommes entraidés dans les travaux bateaux, avons gardé à tour de rôle les enfants, partagé de beaux moments de convivialité et navigué ensemble sur la côte nord-ouest de l’île. Une nouvelle fois, nous pouvons témoigner de la solidarité et de l’entraide qui règne dans ce milieu marin et des voyageurs au long cours. 

Nous avons eu la visite de Lisa début juin puis de mamie pour une semaine début juillet et pour le plus grand plaisir de tous. Nous avons pu naviguer, profiter de quelques visites et assister à un superbe concert classique dans la crique de Sa Calobra / Torrent Del Pareis. Un moment aussi magique qu’inattendu.

Des accidents et des travaux à gérer...

Au niveau des émotions, je me suis fait une luxation ouverte du pouce qui se remet tranquillement. Puis à Santa Ponsa lors d’une nuit houleuse, un autre voilier est venu nous taper à 4h du matin, nous réveillant en sursaut et nous obligeant à rester éveillés tout le reste de la nuit pour que ça ne se reproduise pas. Après vérification, pas de dégâts en ce qui nous concerne, mais l’autre bateau a plié un côté de ses panneaux solaires. Une première expérience avec notre assurance.

Côté travaux, nous avons dû changer nos deux batteries moteur pourtant récentes puisqu’elles dataient du jour où nous avons acheté le bateau. Nous avons fort probablement un problème d’alternateur car aucune batterie (ni service ni moteur) ne chargent lorsque le moteur tourne... heureusement nous pouvons compter sur nos panneaux solaires et notre groupe électrogène révise le mois dernier.  Mais la dernière en date ne nous réjouit pas puisque notre dessalinisateur ne produit plus d’eau de bonne qualité... À mon avis,  ce sont les membranes atteintes par la limite d'âge qui doivent être changées pour la modique somme de ... 2.000€... on va peut être appeler le fabriquant pour lui expliquer que nous sommes super sympas, que l’on peut leur faire plein de promo et qu’il serait dommage que nos enfants se retrouvent assoiffés au milieu de l’océan! 

Accompagner celles et ceux qui planifient un voyage au long-cours

Enfin, côté projets professionnels, au-delà de nos activités habituelles, nous avons officiellement lancé en début de mois de juillet notre Club World Tour Adventures. Il nous tenait à cœur de mettre quelque chose sur pied qui ait du sens, qui puisse servir à d’autres et qui soit aligné avec notre passion pour le coaching et l’accompagnement. Désormais chaque mois, nous publierons des interviews de navigateurs, des vidéos thématiques, des fiches techniques, en plus de nos épisodes. Là aussi c’est un défi pour parvenir à être réguliers dans nos publications, mais même au milieu des océans, nous sommes incorrigibles et nous ne pourrons jamais nous empêcher d’avoir des projets!...

Nous proposons aussi du coaching et des séjours en immersion pour vous aider à mieux préparer votre prochain long voyage ou un changement de vie! Pour toutes celles et ceux que ça intéresse, qui préparent un projet en bateau ou qui souhaitent simplement nous soutenir parce que vous appréciez notre initiative, vous pouvez choisir parmi les deux formules d'abonnement proposées. Nous savons que ça prendra du temps à se développer, comme tout nouveau projet, mais nous avons l'énergie et la passion nécessaire pour vous aider à réaliser vos rêves! 

Réflexions sur la vie

Réflexions sur la vie

L’une des choses que nous apprécions le plus dans le voyage, ce sont les rencontres et les relations, même éphémères, que nous pouvons avoir avec des personnes bien souvent très différentes. Nous avons toujours eu la conviction que les différences constituent une richesse, qu’à partir du moment où l’on s’y intéresse, alors nous apprenons beaucoup. Ce sont ces rencontres qui nous offrent aussi de vraies réflexions sur la vie.

Apprécier la beauté de la nature

En jetant l’ancre dans la Baie d’Addaya il y a 2 semaines, nous ne pensions pas faire des rencontres aussi riches et aussi différentes les unes que les autres. Addaya est un petit fjord situé au nord de l’île de Minorque aux Baléares, au cœur d’un parc naturel protégé. Son entrée est complexe, avec des haut-fonds qui obligent à zigzaguer entre les cailloux qui effleurent la surface et des alignements à suivre. Nous sommes arrivés ici à la tombée de la nuit, après onze heures de navigation depuis Majorque, non sans stress et sans pouvoir réellement distinguer le paysage qui nous entourait. C’est dans ces moments-là que tous nos sens sont en éveil et que l’on se sent vraiment vivant, en composant avec les éléments. Ce n’est qu’au réveil que nous avons pu apprécier ce petit coin de paradis presque désert, où la beauté de la nature est un appel au ressourcement. C’est incroyable comme nous apprécions d’autant plus ces instants après des navigations qui ne sont jamais aussi calmes que ce que l’on pourrait espérer, avec la satisfaction du devoir accompli et d’avoir fait quelque chose d’un peu hors du commun. Arriver dans un nouvel endroit à la voile restera toujours quelque chose de fascinant et magique. Nous nous sentons bien souvent privilégiés.

Puerto Addaya, un petit port authentique

Nous sommes restés quatre nuits au mouillage. La météo prévoyant de forts vents du Nord-Ouest pour les jours suivants avec des rafales à plus de 50 noeuds, nous avons pris la décision de nous déplacer de quelques centaines de mètres pour aller nous amarrer sur un ponton. Un choix judicieux pour pouvoir dormir sur nos deux oreilles. Etant hors-saison, le port est très calme. Les emplacements pour les voiliers sont peu nombreux et il y a assez peu de hauteur d’eau. Cela nous a d’ailleurs valu d’être stoppés net dans la vase en manoeuvrant lentement pour nous rapprocher de notre emplacement. Une anecdote de plus qui a bien fait rire les enfants, spectateurs depuis le ponton… En tout et pour tout, je pense que notre arrivée a doublé la population du port, c’est pour dire le niveau d’agitation aux alentours! Mais nous ne nous en plaignons pas, au contraire. Nous aimons cette authenticité et cette simplicité qui nous projettent un peu hors du temps.

Merveilleux, des personnes qui parlent anglais!

Alors que l’obscurité commence à tomber et que je sécurise notre annexe le long du ponton, je vois surgir une silhouette sur le bateau à moteur d’à côté. La personne ne perd pas une seule seconde: 

  • « Do you speak English?!… »
  • « Yes I do! how are you? » 
  • « Oh fantastic!! I have no-one to speak English with here! I haven’t talk to anybody for a while! »

Et me voilà parti dans l’écoute de cet anglais arrivé en octobre après avoir acheté son bateau sur un malentendu, sans rien connaître au nautisme. Lui c’est Trevor, 55 ans, self-made-man, millionnaire, pilote d’avion, ancien champion de moto, sportif accompli, guitariste et ex-chippendale dans sa jeunesse. Je passerai plus d’une heure à l’écouter rattraper ses derniers mois de mutisme forcé. Lui qui se décrit comme un asocial vient d’un coup de se découvrir une passion pour le contact humain! À tel point qu’il nous propose de profiter de sa voiture de location pour aller faire des courses, aller boire un café, contempler des paysages dans le parc national… À chaque discussion, il nous raconte des anecdotes de sa vie qu’il a déjà bien croquée à pleines dents! Et il y a quelque chose d’inspirant chez lui. La façon dont il a tracé sa route complètement hors système après une enfance compliquée, sa capacité à rebondir, sa confiance en lui et sa détermination à s’en sortir. Nous nous retrouvons sur beaucoup de points, sur ce que le sport a pu nous apporter comme émotions, bénéfices, mais aussi sur la définition de la réussite et du bonheur. C’est plutôt sympa d’échanger avec cette personne sans filtre, souvent cash et entière. Effectivement, de belles réflexions sur la vie.

Addaya multilingues...

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le lendemain soir en allant prendre notre douche une fois la nuit tombée, nous passons devant un monsieur qui descend de sa voiture, mouillé et tout habillé. Pourtant, il ne pleut pas. Nous le saluons en espagnol, pensant peut-être qu’il a eu un problème avec son bateau et qu’il a dû se mettre à l’eau. Il nous racontera par la suite qu’il est tombé dans le port de Mahon (à 17kms de là) en descendant du bateau d’un ami et après avoir bu quelques verres de vin de trop… En observant sa voiture, je m’aperçois qu’elle est immatriculée en France. Nous lui demandons:

  • « Vous êtes français »? 
  • « Oui je suis français, qu’est ce que ça fait plaisir d’entendre parler français! Moi c’est Thierry, salut! »

Décidemment, il y a du bon à parler plusieurs langues! Nous pouvons au moins nous satisfaire de permettre aux gens de parler. Et là encore, nous engageons la conversation pendant plusieurs minutes. Les enfants le taquinent, il fait de l’auto-dérision sur son embonpoint et le contact passe aussi très facilement. Nous sentons tout de suite qu’il y a du vécu chez lui. Son voilier d’à peine 30 pieds est au sec, en pleine rénovation avant de reprendre des navigations autour de Minorque dont il semble connaître les moindre recoins. Ça fait plus de vingt ans qu’il vient ici après avoir été pasteur. Autant dire qu’à 66 ans, il en a vu aussi! Et c’est dans la simplicité la plus totale qu’il continue de tracer son chemin. Comme la plupart des marins, il s’alarme de l’état de la planète, du monde dans lequel vont devoir vivre nos enfants. Il ne manque pas une occasion de sensibiliser Mathieu et Océane à l’environnement mais aussi leur parler des étoiles. Car Minorque est l’un des lieux où l’on peut le plus admirer le ciel avec une pollution lumineuse quasi nulle. Ce sont des moments où le temps s’arrête, où l’on se sent tout petit et qui nous ramène rapidement à l’essentiel: la chance d’être là où nous sommes, en bonne santé et de pouvoir réaliser notre rêve.

Thierry viendra nous rejoindre souvent pour partager un repas où un verre en faisant attention de ne pas se remettre à l’eau! Mais quelle personnalité attachante, simple, profondément altruiste et qui démontre une nouvelle fois que le bonheur ne se mesure pas à la taille du compte en banque, mais plutôt à la capacité de vivre pleinement au plus proche de son idéal. Là encore, un belle réflexion sur la vie et nos modes de vie…

Les enfants vivent leur vie

Nous rencontrons aussi Justine qui vit seule avec son garçon de 4 ans à bord de son voilier de 31 pieds. Nous sommes tous les deux originaires de  Dordogne, forcément ça facilite le contact… Un peu comme nous, c’est la météo qui l’a amenée à Addaya, elle qui passe plutôt du temps à Fornells, une autre baie à quelques kilomètres d’ici mais trop exposée aux vents du nord et nord-ouest. Les 3 enfants ont connectés immédiatement et passent leurs journées ensemble. Nous sommes admiratifs devant Justine, sa détermination et son dynamisme. Elle n’a pas dû avoir la vie facile jusque-là, mais elle est en permanence souriante et enthousiaste. Là encore, une vraie leçon de vie. Elle travaille dur sur son bateau « Aladdin » orné d’une belle peinture qui rappelle les contes de fées. Nous l'aidons pas mal dans ces travaux qui comme d'habitude sur un bateau, prennent toujours 4 fois plus de temps que ce que l'on pouvait prévoir. On lui souhaite que son conte se poursuive le plus longtemps possible. 

1989, chute du mur de Berlin...

Et comme nous avons dit que notre arrivée avait permis de doubler la population du port, il manque forcément quelqu’un à l’appel. Il s’agit d’un couple d’allemands qui navigue depuis 5 ans sur leur bateau Madrugada Lui mesure presque 2 mètres, autant dire que là aussi ça rapproche! Ils sont toujours souriants et ont partagé avec nous leur changement de vie, eux qui sont originaires d’Allemagne de l’Est proche de Leipzig, qui ont franchi le mur clandestinement quelques mois avant sa chute pour commencer à préparer l’ère post-RDA. Ils sont partis de rien et sont parvenus à force d’abnégation à construire leur histoire, en s’appuyant sur la solidarité familiale. Leurs premières navigations se sont faites avec le club de voile local du côté des Bahamas et ils ont investi dans leur bateau comme seule maison il y a quelques années. Depuis ils ont navigué jusqu’au cercle polaire, en mer d’Irlande, et se retrouvent maintenant en Méditerranée. Nous les retrouverons peut-être lors d’autres escales, mais nos échanges avec eux ont été vraiment chaleureux et remplis d’anecdotes de navigation.

Tout prend son sens...

Voilà l’une des principales raisons pour lesquelles nous avons entrepris ce voyage. Les rencontres, le partage, la richesse des cultures. Pour nous c’est ça voyager autrement. Et voir les enfants être de plus en plus à l’aise dans ce nouvel environnement, les voir s’épanouir au contact des autres, s’émerveiller devant de beaux paysages, prendre de nouvelles responsabilités, nous confortent dans la décision que nous avons prise. Et nous sommes certains que nous aurons encore de nombreuses réflexions sur la vie à partager dans les semaines et les mois à venir.