Lancés dans notre nouvelle vie

Lancés dans notre nouvelle vie

Voila un peu plus d’un mois que nous avons quitté Canet et que nous sommes réellement lancés dans notre nouvelle vie. Si notre mésaventure lors de notre première traversée avortée s’est soldée par plus de 3 semaines passées au port de Palamós, nous avons fait ensuite une étape de 4 jours à Blanes, une étape de 2 jours à Barcelone et nous voilà à présent aux Baléares, à Alcudia

Voici le récit de notre dernier mois...

Évaluer les dégâts 

Il faut bien l’avouer, avoir navigué pendant plus de 24h avec 90m de chaîne et une ancre de 30 kgs au fond de l’eau a soulevé quelques inquiétudes sur l’état du bateau. Au-delà des avaries visibles comme le génois déchiré, il était nécessaire d’inspecter la coque et toutes les parties immergées du bateau. J’ai donc enfilé ma combinaison, mes palmes et me voilà en ce 5 janvier de nouveau dans l’eau coincé entre 2 coques dans une eau à 13 degrés pour essayer de détecter le moindre petit problème. Heureusement l’eau est limpide ce qui donne une excellente visibilité. Et par chance, à part quelques coups sur le gelcoat au-dessus de la ligne de flottaison, un peu de peinture antifouling qui s’est enlevée sur les parties renforcées du tunnel du propulseur d’étrave, je ne vois rien. Il est vrai que sans bouteille de plongée et quelques kilos de plomb, j’ai un peu de mal à descendre en apnée comme dans le Grand Bleu, mais je suis à peu près sûr de moi quand à la qualité de l’inspection. Nous nous en sortons bien dans notre malheur et c’est la preuve que le bateau est vraiment marin.

Gérer les finances

Néanmoins, s’il n’y a pas de dégâts sous le bateau, il n’en ai pas de même sur notre porte monnaie... Notre mésaventure vient impacter l’équilibre de nos finances à court terme et nous savons que nous devrons être vigilants dans les semaines qui suivent pour ne pas nous mettre dans le rouge. Nous nous mettons à la recherche d’un génois de rechange. Nous avions plutôt prévu l’achat de voiles neuves pour l’automne 2021. Alors pour cette fois, ce sera un génois d’occasion. Après avoir parcouru quelques petites annonces, nous en trouvons un dont les dimensions sont à peu de choses près similaires au nôtre et pour un prix de 300€. Transport compris, la note s’élève à 500€. Nous ne pouvons pas voir la voile, mais elle est vendue par un professionnel, il y a donc des chances pour qu’elle soit quand même dans un état correct. Nous ne laissons donc pas passer l’occasion. La voile arrivera finalement deux semaines plus tard après quelques quiproquos entre le vendeur et l’agence de livraison. Nous en sommes quitte pour une facture d’un mois de port à 1.000€...

Nous en profitons également pour recommander un boîtier électronique pour notre moteur HB d’annexe qui lui, avec ou sans tempête, ne fonctionne toujours pas. Il va bien falloir que l’on parvienne à le faire fonctionner si on veut passer du temps dans les mouillages. Nous le recevons 3 jours avant notre départ de Palamós avec un excellent service de la société CNautique France.

Ambiance COVID...

Les débuts dans notre nouvelle vie sont aussi marqués par l’adoption de nouvelles habitudes. Découvrir de nouveaux lieux, c’est pouvoir identifier rapidement les points de ravitaillement en nourriture, les aires de jeux pour les enfants, les lieux à visiter. Et sans voiture à disposition, pas toujours évident. Tout prend un peu plus de temps mais le bon côté des choses, c’est que ça nous fait marcher beaucoup plus qu’avant. Ce qui nous marque le plus, c’est l’atmosphère étrange qui règne à chaque escale dans cette période de forte épidémie. Déambuler dans des rues presque désertes avec de nombreux commerces fermés donne souvent l’impression de villes fantômes. Même Barcelone a pris un tout autre visage sans les animations de la Rambla, la foule qui déambule dans les rues. On ressent réellement le poids de cette période compliquée, et nous ne pouvons nous empêcher de penser à toutes les personnes qui souffrent économiquement avec toutes les conséquences que cela engendre sur l’avenir mais aussi sur la santé mentale.

Un sentiment encore plus fort d’être privilégiés

Quand à nous, nous sommes pris entre deux ressentis. Celui de privilégiés d’abord, en étant en mesure de voyager et d’échapper à la plupart des restrictions mises en place par le gouvernement espagnol et les provinces autonomes. Alors que la Catalogne est confinée par ville, nous sommes autorisés à nous déplacer en bateau sans que rien ne nous soit demandé. Nous sommes toujours accueillis chaleureusement par les ports. Même le passage vers les Baléares n’a posé aucun problème. Alors que nous avions prévu de faire un test PCR (et même payé 400€ pour un rendez-vous pour nous 4 à Barcelone), nous avons appris qu’en ayant séjourné dans des ports espagnols précédemment, nous n’avions pas besoin de test. Tant mieux pour nous, même si on lutte maintenant pour nous faire rembourser... 

L’autre sentiment en étant lancés dans cette nouvelle vie, c’est celui de culpabilité. Alors que les gens sont cloués chez eux, nous profitons d’une liberté qui nous permet de bouger, de nous évader et finalement de moins subir les effets de la crise, de mener une vie presque normale au quotidien. Mais nous nous sommes aussi créés cette nouvelle vie au prix de sacrifices et d’efforts, nous pouvons aussi la savourer.

Impliquer les enfants

Et comment se passe la vie à bord avec les enfants 24/24h avec nous? C’est l’un de nos gros défis du moment... globalement ils sont très coopératifs et c’est agréable de voir leur complicité s’installer au fil des jours. Mais il y a quand même quelques points qui sont sources de tensions. Nous essayons de les sortir des tablettes qui leur servent à la fois d’outil d’apprentissage, mais pas que... l’équilibre entre notre travail, l’éducation, l’école, l’entretien du bateau, les déplacements, les loisirs n’est pas encore totalement calé. Ils demandent beaucoup d’attention, sont intéressés par plein de choses mais jouent aussi parfois avec nos nerfs... À leur âge ils ont besoin de contacts avec d’autres enfants et les aires de jeux  font partie de nos premières recherches lorsque l’on arrive quelque part. Pas plus tard qu’hier, ils ont fait la connaissance d’une petite fille allemande de 8 ans (qui parlent 5 langues!! rien que ça...) et de deux garçons russes de 7 et 9 ans qui vivent également sur leur bateau. Une belle rencontre malgré la barrière de la langue qui sera à notre avis vite surmontée! C’est aussi ça que nous recherchons, les rencontres et le partage de cultures. Mais il est important de leur forcer un peu la main pour sortir du bateau, vaincre leur timidité et aller à la rencontre des autres.

Nos prochaines étapes...

Avec notre arrivée aux Baléares, nous nous sentons pleinement lancés dans notre nouvelle vie. La traversée depuis le continent était importante pour retrouver le plaisir de naviguer et la confiance dans le bateau. Lynne souhaitait reprendre progressivement avec de petites étapes depuis Palamós avant de reprendre une plus longue navigation. Maintenant que nous sommes ici, nous allons y rester plusieurs semaines. Il y a beaucoup d’endroits à découvrir à commencer par la côte Est de Majorque que nous ne connaissons pas. Nous longerons la côte à la découverte d’endroits improbables et nous l’espérons, à la rencontre d’autres familles. Nous essaierons ensuite de descendre un peu plus vers Ibiza et Formentera, deux îles qu’il nous reste à découvrir.

Il ne vous reste plus qu’à nous rejoindre si le cœur vous en dit et si la situation le permet! Vous serez toujours les bienvenus à bord!

Le calendrier se précise progressivement

Le calendrier se précise progressivement

Dans cette saison 2 du confinement, nous nous faisons souvent la réflexion que l’attente avant le départ devient vraiment longue, mais heureusement, notre calendrier se précise progressivement.

Entre excitation et frustration

Il y a à peine un mois, nous saluions nos amis de Niue et Vahana qui quittaient le port de Canet pour débuter leur grand voyage avec un premier cap vers Gibraltar. Aujourd’hui, ils se trouvent tous les deux aux Canaries et préparent activement leur transat. Notre impatience commençait à se faire plus grande d’autant plus que les températures ici se faisaient plus fraîches et que notre bateau était prêt. Mais voilà, nous devions honorer quelques rendez-vous professionnels et administratifs avant de larguer les amarres. Entretemps, le nouveau confinement a été annoncé, nous clouant une nouvelle fois au port de Canet.

Ça va bien aller…
Le calendrier se précise

Que fait-on quand on est confiné une deuxième fois sur son voilier? Nous vous préparons une petite compilation en vidéo à paraître prochainement… Si au printemps nous avions beaucoup de travail et de révisions à faire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Bien sûr il y a toujours des trucs à bricoler, mais globalement, le bateau est fonctionnel pour partir naviguer. Alors nous meublons les journées comme on le peut: activités professionnelles, sorties hebdomadaires avec les enfants pour se rendre à la plage (nous avons la chance qu’elle soit juste à côté!), quelques sorties courses, mais la plupart du temps nous sommes dans le bateau à lutter pour que les enfants ne se laissent pas emporter par l’attrait des tablettes et autres écrans… Rien que ça, c’est du sport!… Mais le bon côté, c’est qu’ils apprennent quand même beaucoup grâce aux tablettes. On se rassure comme on peut…

Stratégie et entraînement en ligne

Ah oui, nous allions oublier… un défi Virtual Regatta s’est organisé avec les voisins de notre ponton. Du coup, faute de régler les voiles d’Inuksuit en réel, Laurent passe son temps à faire avancer son Imoca sur le Vendée Globe virtuel. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire avec des conditions météo complexes. Au final, c’est à se demander si on ne serait pas aller aussi vite avec notre vrai bateau… Au moins il est allé repérer les Canaries et le Cap Vert. Il est enfin soulagé d’avoir franchi l’équateur après plusieurs jours empêtré dans le pot-au-noir.

Une date en vue!

Mais revenons à notre départ. Le calendrier se précise donc. Après les dernières annonces du gouvernement et du Président, nous avons pris la décision de partir entre le 27 et le 31 décembre. Nous ne savons pas vraiment si nous aurons de nouveau l’autorisation de naviguer avant le 15, les annonces ne sont pas claires sur le sujet. Du coup, nous nous donnons un mois de plus, mais ce sera le dernier sursis. L’aventure pourra donc débuter pour de bon dès janvier 2021! Et il nous tarde!!

Dernier Noël à terre ?

Cette décision nous permettra de passer Noël en famille avec Lisa et Emma tout en pouvant dire au revoir à nos amis sans devoir partir comme des voleurs. Lynne passera son permis hauturier et pourra co-animer un séminaire à distance avec le Canada. Et avec un peu de chance, nos enfants pourront aller se jeter dans la neige ariégeoise avant de replonger dans la grande bleue, puisqu’il nous reste encore quelques lieux à découvrir avant le départ.

Quel cap choisir ?

Le calendrier se précise

Quant à notre destination? Nous ne sommes pas vraiment fixés après réflexion. En fait, ça dépendra de la météo. Si notre première intention s’oriente plutôt vers le Sud de l’Espagne, rien ne dit que nous ne mettrons pas le cap vers le Sud-Est en direction de la Corse puis de l’Italie. Quoi qu’il en soit, 2021 se fera en Méditerranée, donc pas très loin pour celles et ceux d’entre vous qui auraient envie de venir se dépayser avec nous!!…

Et pour faire patienter, on vous laisse vous évader en visionnant et re-visionnant nos vidéos sur notre chaîne YouTube!

Partir ou ne pas partir: les incertitudes d’un nouveau confinement…

Partir ou ne pas partir, incertitudes avec le nouveau confinement

Partir ou ne pas partir, c'est bien le questionnement et les incertitudes qui nous trottent dans la tête ces jours-ci après l'annonce d'un nouveau confinement. Depuis début octobre, nous avons envisagé de finalement quitter notre port d’attache début novembre, pour retrouver un peu plus de chaleur et de soleil plus au Sud, du côté de l’Espagne. Notre date de départ était fixée d’abord au 1er Novembre, puis à partir du 6 novembre après que j’ai pu honorer un rendez-vous professionnel et que Lynne ait terminé ses démarches pour obtenir sa nationalité française.

L'impatience prend le dessus

Ces derniers jours, nous avons vu partir nos deux bateaux-copains Niue et Vahana qui ont mis le cap sur les Canaries. Ne pas partir n'était pas une option envisageable pour eux qui ont mis tout en oeuvre pour limiter les incertitudes et ne pas être bloqués par l'annonce d'un nouveau confinement. Nous avons passé d’excellents moments avec eux et les enfants se sont régalés à jouer tous ensemble. Ces rencontres nous ont réellement projetés dans le voyage et ont contribué à accélérer notre impatience de partir. Mais voilà que le gouvernement vient d’annoncer un nouveau confinement pour au moins un mois... si nous pensions que les mesures sanitaires pour lutter contre le virus allaient se durcir, nous n’envisagions pas un confinement quasi total. Nous nous projetions plutôt sur un confinement le week-end avec un couvre-feu plus tôt les soirs de semaine. Cette option nous aurait laissé la possibilité de partir un jour de semaine, rejoindre d’abord les Baléares puis nous retrouver en fin d’année vers Carthagène par exemple ou même encore un peu plus au Sud pour passer les fêtes.

L'espoir de pouvoir partir avant la fin d'année

Avec l’entrée en vigueur du confinement, nous sommes désormais suspendus à l’arrêté de la préfecture maritime qui devrait préciser les conditions pour les activités nautiques et la navigation. Nous espérons vraiment que nous ne serons pas bloqués au port jusqu’à la fin de l’année, date à laquelle nous devrons de toute façon libérer notre place après que nous ayons déposé notre préavis de départ.

Ça peut paraître un peu égoïste surtout dans cette période où on nous demande de réaliser une nouvelle fois un effort collectif pour lutter contre l’épidémie. Mais finalement, sur un voilier, nous sommes de toute façon confinés volontairement. Nous sommes aussi conscients que partir ne garantit pas de ne pas nous retrouver bloqués ailleurs en Espagne avec des contraintes encore plus fortes qu’en France, une potentielle quarantaine ou le passage de tests réguliers.

Nous sommes prêts à partir

Aujourd’hui le bateau est fin prêt pour notre départ. Nous avons terminé de régler les derniers petits détails, notre dessalinisateur fonctionne, nous offrant toute l’autonomie dont nous avons besoin pour naviguer et privilégier les mouillages plutôt que les ports. Nous sentons monter l’impatience de larguer les amarres pour de bon. Nous avons hâte d'offrir à nos enfants cette découverte du monde, cette liberté, dans une période et un climat plutôt moroses, anxiogènes, qui n’encouragent ni à l’optimisme, ni à un avenir meilleur tellement la nature humaine a tendance à reproduire sans cesse des schémas destructeurs pour notre environnement.

Un avant-goût de liberté après un été de navigation

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Alors que l’automne est déjà bien installé, nous en profitons pour faire un petit retour sur un été de navigation qui nous a donné un avant-goût de liberté. 

Prendre ses marques

Nous avons pris le temps de partir pendant presque un mois pour éprouver le bateau mais aussi pour permettre à l’équipage de prendre ses marques. Pour Lynne, ça a été l’occasion de faire ses premiers quarts de nuit, de découvrir plusieurs techniques de mouillage et d’amarrage, de prendre confiance dans ses capacités à faire marcher le bateau. Elle est devenue de plus en plus autonome au fur et à mesure des sorties, à tel point qu’elle ne craint plus de faire certaines manœuvres de port en tenant la barre. Pour les enfants, ils se sont très bien fait à la vie de marins et ont pu profiter au maximum des mouillages. Par moment, on se demandait s’ils ne passaient pas plus de temps dans l’eau plutôt qu’hors de l’eau. Mais quel bonheur de les voir évoluer librement, de prendre des responsabilités, de s’impliquer dans les manœuvres et surtout, de profiter au maximum de l’instant présent. Pour ma part, je me suis rassuré dans mes capacités à gérer le bateau et l’équipage, éviter le stress, les éventuelles mutineries ou crises d’angoisse. La communication a plutôt été positive et efficace.

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

Le plaisir de naviguer et d’accueillir

Cet avant-goût de liberté en navigation cet été n'a fait que se  renforcer au cours des presque 1000 milles (un peu moins de 2.000kms) à la voile que nous avons parcourus avec toujours du monde à bord. Car avoir un bateau pour nous, c’est aussi l'envie de partager, de faire découvrir et de transmettre notre passion aux gens que l'on apprécie, que ce soit pour de longues ou de courtes navigations. Nous avons eu de la visite tout au long de l’été pour nous accompagner, et nous nous sommes régalés de naviguer avec nos ami-e-s. Nous nous sommes sentis choyés ! D’ailleurs, certains ont parfaitement joué leur rôle en nous aidant à éprouver le bateau et à accélérer la casse de ce qui devait nous lâcher!! 😉 Dédicaces spéciales  pour Pirat Oliv et Thierry qui nous ont permis respectivement de renforcer l’axe de barre bâbord qui avait laché et de ressouder la table du cockpit qui devenait sérieusement bancale ! Pour le reste, nous nous en sommes très bien tirés malgré quelques petits soucis d’enrouler de génois, un filtre de décanteur encrassé et un moteur d’annexe toujours très capricieux qui nous a obligé à ramer tout l’été pour rejoindre la terre...

Nos escapades nous aurons donc amenées dans les Calanques de Cassis, à Toulon où Mathieu n’a pas pu s’empêcher de faire une revue de toute la flotte de la marine française en commençant par le porte-avions Charles de Gaulle. Toute la famille a aussi découvert Porquerolles, le Cap d’Agde, puis Begur en Espagne, Port de la Selva, Cadaques. Nous avons aussi fait plusieurs sorties sur 1 ou 2 journées vers Collioure et Paulilles, une anse qui n’a rien à envier aux plus belles criques de la Costa Brava.

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

De belles rencontres

Au fil de nos navigations et de nos courtes escales nous avons fait de belles rencontres, comme par exemple cet apéro dînatoire improvisé à Saint-Mandrier avec une famille qui suit nos aventures. Mathieu a pu se régaler avec son nouveau copain même si nous sommes repartis trop vite... Ce séjour improvisé à deux bateaux à Port de la Selva avec quelques aventures en annexe par 35 noeuds de vent restera aussi un beau moment de cet été. Mais globalement tous les instants passés à bord nous ont offert leurs lots de belles surprises, jusqu’à ce dimanche de septembre où nous avons croisé la route d’un énorme poisson lune, d’un petit requin et d’un rorqual commun, le deuxième plus gros mammifère marin de la planète après la baleine bleue. Un moment magique qui a largement compensé tous les dauphins que nous n’avons pas vus pendant tout notre périple estival...

Avant-goût de liberté après un été de navigation
Avant-goût de liberté après un été de navigation

La solidarité et l’entraide

L’un des autres côtés de cette nouvelle vie que nous apprécions, c’est l’ambiance de ponton. Il s’installe naturellement une solidarité et une entraide qui dépasse de loin les clivages sociaux que nous pouvons connaître au quotidien. Spontanément les autres plaisanciers viennent aider lors des arrivées au port, proposent leur aide quand il y a des problèmes mécaniques ou des choses à fixer sur les bateaux. Cette solidarité tranche vraiment avec l’individualisme ambiant des grandes villes. Il faut dire que là où nous sommes à Canet, nous sommes particulièrement choyés en terme de voisinage. Nous sommes une petite communauté qui partageons pour beaucoup les mêmes valeurs et la même passion pour la mer et les bateaux. Il n’y a pas une fin de semaine où nous ne nous sommes pas retrouvés avec du monde attablé dans notre cockpit, ou en train de partager un apéro improvisé sur un bateau voisin. L’occasion évidemment pour chacun de nourrir ses rêves de long voyage et de raconter ses histoires de mer!

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Le besoin et l’envie de prendre le large

Après 7 mois de vie à bord et un avant-goût de liberté, cet été de navigation bien rempli n'a fait que renforcer notre envie de partir loin. Si le Coronavirus est venu changer un peu nos plans et malgré l’aspect confortable d’être au port, nous sommes en train de re-planifier notre itinéraire pour pouvoir larguer les amarres rapidement. Déjà cet automne nous devrions aller trouver le soleil un peu plus au sud avant de quitter Canet en début d’année prochaine. Nous nous sommes bien ajustés même si forcément nous avons toujours des inquiétudes et quelques questions....

Avant-goût de liberté après un été de navigation

Changer de vie et déménager sur un voilier…

Un rêve qui devient réalité

Depuis plusieurs années, je mijote l‘idée de changer de vie, de quitter mon travail et créer un travail qui me permettrait de voyager en famille, faire découvrir le monde à nos enfants, les éduquer au travers de la richesse du monde, de vivre plus près de la nature et de la respecter davantage. Bref, de se créer une vie au plus proche de nos valeurs. C’était une envie un peu folle, ambitieuse et très certainement idéaliste, je l’admets.

Je savais bien que cette idée de déménager sur un voilier serait aussi remplie de doutes, de peurs, d’embûches et je n’étais même pas convaincue que cette vie serait pour moi et comment j’allais m’y adapter. Moi qui avait vécu sous un certain schéma depuis plus de 20 ans, salariée, sécurité, routine... ayant toujours vécu dans une maison, comment allais-je m’adapter à la vie sur un bateau? Comment vivre pleinement cette aventure avec les enfants tout en « travaillant autrement »? Est-ce que j’aurai la patience, la motivation et la bonne humeur pour être avec les enfants tout le temps? C’est drôle comment notre cerveau joue des tours avec nous. Il nous donne l’envie de rêver et par la même occasion nous envahit avec tous ces sentiments contradictoires de doutes, de craintes et de peurs.

Et bien le déblocage pour nous, pour moi, fut un certain jour du mois d’août, après avoir passé deux semaines sur le voilier de mon beau-père. J’ai regardé Laurent dans les yeux et lui ai dit, alors comment on ferait VRAIMENT pour partir en voilier en famille? Et voilà le début de notre premier échange sur le COMMENT. Cette idée folle s’est transformée en projet avec une date de départ fixée, des tâches à accomplir, des échéanciers à respecter. Et bien sûr de nombreux échanges animés car les doutes, les craintes et les peurs reviennent et galop et oh combien souvent!!!

Le grand jour est arrivé!

Et bien, le grand jour est arrivé, le jour où nous avons officiellement pris le pari de changer de vie, de quitter la maison pour franchir une grande étape, celle de déménager et de vivre sur notre bateau. Le départ « officiel » de notre grande aventure est repoussé à cause de la situation sanitaire encore incertaine dans le monde, mais ça ne change en rien notre détermination pour la suite. Notre envie de vivre, d’éduquer, de voyager et de travailler autrement nous anime au plus profond de nous-même et elle vient de franchir un nouveau cap.

Voilà déjà un mois que nous avons déménagé notre maison sur le bateau. Il faut dire que ces dix jours consacrés au déménagement n’ont pas été de tout repos et que cette période a été chargée d’émotions. Au lendemain du déconfinement, Laurent avait prévu de rentrer tout seul à Bordeaux pour vider la maison, paqueter l’essentiel pour le bateau, faire l’état des lieux le 20 mai avant de revenir à Canet avec une petite camionnette. Mais dès le début, le destin en a décidé autrement et c’est finalement en voiture que nous sommes remontés tous les 4, munis d’une multitude d’attestations dérogatoires de déplacement au-delà de 100km de notre domicile. Une semaine, c’est exactement le temps que nous avons eu pour vendre tous nos meubles, faire le tri des affaires indispensables, des papiers personnels et professionnels, nettoyer toute la maison pour la laisser impeccable car nous n’avions pas l’intention de nous asseoir sur notre caution…! Lisa et Emma nous ont rejoint et ça n’a pas été du luxe. Toute la famille s’est mise au travail avec de très longues journées entrecoupées de visites d’amis que nous avons eu le plus grand plaisir de voir, même si nous n’avons pas pu leur accorder tout le temps que nous aurions souhaité.

Réduire ses affaires à l'essentiel

Changer de vie et déménager sur un voilier, c’est accepté de relever le défi de se séparer de tout le superflu. Passer d’une maison de 145m2 à un bateau de 16m impose forcément un tri sans concession des affaires qui sont indispensables de celles qui ne le sont pas. C’est fou à quel point même en faisant attention, nous accumulons tout un tas de petites choses qui s’entassent et dont on se souvient justement quand on doit déménager. Pas question pour autant de tout jeter à la poubelle et même si ça nous a pris du temps et de l’organisation, nous avons fait en sorte que nos affaires non indispensables aient toutes une deuxième vie! La quasi totalité de nos meubles ont été vendus, des vêtements inutiles pour nous ont été donnés. Pendant 2 jours, notre trottoir s’est transformé en brocante au plus grand bonheur des passants. Mathieu et Océane ont fait beaucoup d’efforts pour parvenir à se séparer de certains de leurs jeux et jouets. Mais au final, ils étaient fiers d’avoir pu faire plaisir à d’autres enfants plus démunis ou à des copains et copines qui étaient contents de pouvoir garder un souvenir d’eux.

S'éloigner des personnes que l'on aime

L’autre côté difficile quand on change de vie, c’est de quitter une ville, un quartier, des amis que nous apprécions énormément. Après quatre années à Bègles, nous avions pris nos marques et nous y sentions très bien. Tout était proche, il y avait un bel atmosphère et une proximité avec les gens qui vont nous manquer. C’est lorsque nous partons que nous réalisons encore plus à quel point nous étions bien. Nos amis du volley, de l’école, la famille… Nous avons eu beaucoup de tristesse à les laisser derrière nous. Mais nous savons aussi que nous allons rester en contact, que nous allons nous donner des nouvelles régulièrement et que nous espérons pouvoir les revoir et les accueillir sur notre voilier pour leur faire partager un petit bout de notre nouvelle vie. Nous avons été très touchés par les témoignages d’affection et l’aide que nous avons reçue pendant cette période de transition. Alors nous en profitons pour vous remercier toutes et tous:

  • Aurélie et Kamal
  • Krystel et Olivier
  • Gaëlle et Mathieu
  • Carine et Thierry
  • Karina et Benoit
  • Caroline et Benoit
  • Florence et Cédric
  • Karine notre voisine
  • Sylvie Boutin
  • Marie-Claire
  • Marion
  • Nelly et Guillaume
  • Karine et Romain
  • Pauline et Romain

Et sans oublier bien sûr Mamie Annette, Ghislaine et Marianne de la Ludothèque de Gradignan, toute l’équipe pédagogique de l’école Ferdinand Buisson (Elorry Soubelet, Eric Bacqué, Vanessa Couesnon, Catherine, Nathalie Berton-Jacques, Malika Khelifi).

Avancer et se lancer à fond dans l'aventure

Malgré tout nous n’avons aucun regrets. Les enfants s’épanouissent, nous nous créons de nouveaux amis de ponton, nous commençons à naviguer et nous ajustons notre rythme pour être en mesure de travailler, voyager et éduquer les enfants.  Nous savons qu’il y aura des moments de doutes, des moments d’euphorie, des moments de ras-le-bol, mais n’est-ce pas ça la vie, que ce soit sur un bateau ou sur terre?…

Huit semaines de confinement entre travail, réflexion et famille

Confinement famille réflexion travail

Déjà huit semaines que nous sommes désormais confinés au port de Canet, dont sept semaines sur l’aire de carénage. Et huit semaines que notre temps de confinement est partagé entre travail, réflexion et famille… Nous tous vivons cette période de confinement de façon très différente selon notre situation, notre lieu de vie, selon que nous sommes seuls ou en famille. Nous l’avons déjà mentionné, mais pour notre part, nous nous considérons chanceux en comparaison à bien d’autres personnes. Le virus ne nous a pas encore rattrapé et finalement, ce confinement forcé est un bon prélude au confinement volontaire dans lequel nous nous trouverons bientôt en partant à l’aventure.

Un important travail de révision et de contrôle sur le bateau

Si la durée de notre escale sur la zone de carénage ne devait durer que 7 jours entre le 13 et le 20 mars, l’annonce du confinement nous a imposé d’y rester jusqu’à ce début de semaine. Ce n’est pas faute pour le personnel du port de nous avoir fortement encouragés à trouver des alternatives de résidence pendant cette période, en vain. Après tout, notre voilier est notre résidence secondaire et va très rapidement devenir notre résidence principale. Et avec une hélice en révision, impossible de bouger. Nous n’avions pas d’autre choix que de rester sur ce grand parking à bateaux, déserté de tous. Si le travail prévu au départ consistait essentiellement à effectuer le carénage, à contrôler les parties immergées et à envoyer notre hélice à la révision avant de retourner à l’eau, le cours des événements a changé nos plans. Certains auraient pu le voir comme une contrainte, nous l’avons transformé  en opportunité pour passer en revue de nombreux éléments du bateau que nous n’aurions pas vraiment pu faire dans des circonstances normales. Le moteur, notre réseau d’eau, quelques réglages électriques, le changement de vannes, nous avons exploré tout ce qui se trouve sous la ligne de flottaison. Et franchement, vu ce que nous avons découvert, nous aurions certainement eu quelques mauvaises surprises une fois en mer. Au bas de cet article, nous listons tout ce que nous avons changé. Ça commence à faire pas mal, même s’il en reste encore beaucoup et que l’entretien du bateau devrait occuper notre temps pendant encore plusieurs fin de semaines… Mais sur un bateau, il y a toujours quelque chose à faire!

Réviser notre calendrier de voyage

Cette période de confinement est aussi pour nous tous l’occasion de mener des réflexions sur nos vies, sur nos choix, sur ce à quoi nous aspirons le plus. Tout ce que nous avons vécu ces dernières semaines nous conforte dans notre décision de partir à l’aventure, de vivre et de voyager autrement, de sortir de nos modes de vie rythmés par le travail et où bien souvent nous ne prenons plus assez de temps avec les amis, la famille, ceux que l’on aime. Bien sûr, il y a plein d’incertitudes sur l’avenir, sur la façon dont nous pourrons voyager à nouveau, dont nous pourrons nous réunir. Mais nous sommes convaincus qu’il serait totalement destructeur de reprendre nos habitudes de vie, de consommation comme dans l’avant coronavirus. Notre projet va être forcément impacté. Mais nous nous adapterons. Ces dernières semaines, Lynne et moi avons beaucoup échangé sur notre calendrier de voyage, la date de notre départ et notre parcours. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’un départ en septembre comme nous l’avions planifié est trop prématuré. Nous ne savons pas si toutes les frontières seront ouvertes, nous n’avons aucune idée des mesures qui seront imposées par les autres pays, si nous serons en mesure de faire des escales là où nous le souhaitons. Nous avons donc repoussé notre début de voyage au printemps 2021, si la situation le permet.

Un déménagement définitif sur le bateau

Nous prenons cette situation avec beaucoup de philosophie. Après tout, personne ne nous force à partir en septembre, à part nous-mêmes. Et en regardant bien, ce report est peut-être une bonne chose pour nos activités professionnelles dont certains projets pourront être finalisés avant notre départ. Par contre, nous avons pris la décision de ne pas renvoyer les enfants à l’école pour la fin de l’année scolaire. D’une part, ils ne reprendront pas tous les deux en même temps, et d’autre part, l’école à distance a plutôt bien fonctionné jusqu’à présent, même si c’est toujours un peu plus difficile avec Mathieu. Nous resterons donc à Canet et nous avons pris la décision de déménager un peu plus tôt que prévu sur le bateau, ce qui par la même occasion, soulagera un peu nos finances. Nous libèrerons donc notre maison à Bègles le 20 mai, troquerons le climat océanique pour un climat méditerranéen. Mais nous tenons à rassurer nos amis bordelais, nous serons amenés à y revenir car il serait dommage que l’on parte sans pouvoir nous dire au revoir ou partager encore quelques bons moments ensemble. Et si jamais pendant l’été, certains d’entre vous ne savent pas où aller, vous savez qu’il y aura toujours une place à bord pour vous accueillir et vous faire découvrir notre nouvel environnement! Euh… en écrivant ça, nous devrions peut-être prévoir un calendrier de réservations…! Mais c’est vrai qu’après autant de semaines sans pouvoir se réunir, ce serait bien sympa se retrouver et profiter de moments de détente.

Le bonheur d’être en famille

Au delà du travail et de la réflexion, l’une des choses que nous avons pu réellement apprécier pendant ces huit semaines de confinement, c’est le bonheur d’être en famille tous les jours, de pouvoir pleinement profiter des enfants, de nous occuper de leur éducation formelle et informelle. Certes, la scolarité à domicile n’est pas toujours évidente, il faut garder une rigueur et un cadre. Mais elle donne aussi plus de marge de manoeuvre pour nous adapter aux besoins et aux centres d’intérêts de chacun des enfants. Si Mathieu n’est pas un grand fan de l’école et des devoirs, il finit par apprendre autrement, au travers de magazines, de vidéos. Lynne est parvenue à bien adapter ses stratégies d’apprentissage pour que Mathieu ait le goût d’apprendre. Et je dois dire que ça marche pas mal. L’autre jour, il nous a impressionné en nous parlant de l’archipel des Galapagos, des tortues, des crabes rouges, des iguanes marins, de la mangrove et de son écosystème. Du coup, il nous a appris des choses! Et forcément, nous devrons inclure les Galapagos dans notre itinéraire, et on ne va pas s’en plaindre!! Finalement, il ne nous manque que Lisa et Emma que nous n’avons pas vues depuis plus de 5 mois pour Lisa et 4 mois pour Emma. Il nous tarde de les retrouver et qu’elles puissent revenir à Canet, malgré les incertitudes de pouvoir voyager et le calendrier sportif de Lisa.

On pense fort à vos tous qui nous suivez, prenez-soin de vous et restez prudents, même si l’heure du déconfinement progressif approche…

Liste des travaux effectués pendant nos 7 semaines sur la zone technique:
  • Carénage
  • Pose des anodes sur l’arbre d’hélice (x2), sur le propulseur d’étrave, le coupe-orins
  • Révision de l’hélice MaxProp (qui nous a joué des tours lors de la remise à l’eau)
  • Changement des deux passes-coque et vannes de la cuisine
  • Changement d’un passe-coque et vanne de la salle de bain bâbord
  • Changement de la crépine de prise d’eau du moteur avec raccord et vanne
  • Démontage presque complet du moteur avec changement de toutes les durites, échangeur thermique, pompe à eau, coude d’échappement
  • Remise en état et nettoyage du carter d’huile, du réservoir de liquide de refroidissement et du circuit d’eau
  • Vidange de l’inverseur et du moteur
  • Vidange du circuit de refroidissement
  • Remplacement de deux Silentblocs
  • Remplacement du filtre à huile et du filtre à gazoil
  • Remplacement de l’un des tuyaux de prise d’eau de mer du moteur
  • Révision du guindeau
  • Remplacement de la vis de verrouillage de la jonction chaîne-ancre
  • Contrôle et ré-organisation du réseau d’eau avec changement de plusieurs tuyaux
  • Contrôle du ballon d’eau chaude avec changement de l’embout de sécurité
  • Contrôle de la pompe à eau et reprise des connections électriques
  • Révision du presse-étoupe avec changement du joint accordéon
  • Nettoyage des bagues céramique du presse-étoupe
  • Contrôle du Spi
  • Démontage du Bimini et des toiles de protection du cockpit
  • Changement vitre du four
  • Changement des tuyaux de gaz

D’un voilier à l’autre pour notre envie d’évasion

D'un voilier à l'autre pour nos envies d'évasion

Depuis que nous nous connaissons Lynne et moi, la voile a toujours été en filigrane dans notre vie. En quelques années, nous sommes passés d'un voilier à l'autre pour satisfaire nos envies d’évasion. Depuis notre premier séjour ensemble en bateau en juillet 2010 en Méditerranée, l'envie de voyager autrement a été souvent présente dans nos conversations et notre quotidien. Lors de notre mariage à Cap-Pelé au Canada, nous avons eu droit à plusieurs clins d’oeil autour de la mer et de la voile. Le cadre était magnifique sur les rochers face à l’océan, des surprises avaient été disposées dans un petit bateau en bois avec une voile décorée avec nos prénoms et nos drapeaux. Comme par magie, au moment de l’échange des alliances, un voilier naviguait en arrière plan. Etait-ce un signe de plus?

Un dériveur de voile légère « Tasar » comme premier achat

A cette époque, nous vivions à Gatineau au Québec, à deux pas de la rivière des Outaouais. Si l’hiver le plan d’eau était gelé, dès l’arrivée du printemps, la petite marina d’Aylmer commençait à s’animer et les passionnés de voile remontraient le bout de leur nez. Lorsque les collègues de Lynne nous ont demandé ce que nous souhaitions comme cadeau de mariage, nous nous sommes dit: « Et pourquoi pas une contribution pour un bateau? ». Et c’est comme ça que nous avons fait notre premier investissement! Un Tasar, dériveur double fabriqué en Australie, similaire au 470. C’était le format parfait pour aller s’amuser sur la rivière. Dès que le temps le permettait, chaque week-end ou le soir après le boulot, nous allions nous évader, nous rafraîchir l’esprit et faire des ronds dans l’eau dans cette rivière quand même large de 2 à 3 kms. Cela ne nous a pas empêché de prendre quelques coups de vent violents et de réaliser quelques figures de style dans des empennages. Heureusement que nous avions de bons équipements et qu’au coeur de l’été, l’eau était chaude! De vrais marins d’eau douce aussi, surtout lors d’une sortie où en plein milieu de la rivière, nous nous sommes retrouvés stoppés net par un rocher affleurant, la dérive complètement bloquée. De retour au port, nous aurions cru que la dérive avait était croquée par un requin… Une grosse entaille en demi-cercle sur le bord d’attaque. Mais il nous en fallait plus pour renoncer.

Envie d'évasion sur notre Tasar

La transition vers un voilier habitable

Notre retour en France nous a obligé à vendre notre Tasar. Et c’est naturellement que nous avons retrouvé la Mer Méditerranée dans les périodes estivales. D’un voilier à l’autre… Nous avons changé de catégorie en passant du Tasar au Feeling 326 familial. La Méditerranée en matière de navigation, c’est quand même le top après les Antilles. Même en restant proche de son port d’attache, il y a toujours un endroit magique. Pour nous c’est Collioure, Port-Vendres, Cadaquès et Portlligat en Espagne où Dali avait posé ses valises. Nous sommes attachés à cette région car c’est aussi là que nous voyons grandir nos enfants chaque été, retrouver le goût de la nature, jouer avec leurs copains et s’épanouir en toute insouciance. Sauf qu’en grandissant, malgré les dix mètres du Feeling familial, l’espace devient vite réduit à six sur le bateau dont un double-mètre, une fille d’1m80, une deuxième qui en prend tout droit le chemin et deux petits derniers qui ne demandent qu’à courir et sauter dans tous les sens! A tel point que ces dernières années, même en aimant beaucoup ce voilier, le refrain de l’été était devenu: « Il nous faut un plus grand bateau » à chaque fois que je me tapais les genoux contre la table du cockpit ne manquant jamais de renverser un truc par terre, ou encore quand il s’agissait d’organiser les couchages. 

Vie à bord, il nous faut un plus grand bateau

Voir toujours plus grand...

Du coup, quand nous nous sommes mis à commencer à chercher sérieusement pour notre voilier avec nos envies d’évasion, l’un des premiers critères a été la hauteur sous-barrot. Ou dit autrement, est-ce que je vais pouvoir rester debout sans me casser le dos à chaque fois que je dois faire quelque chose?! Alors par la force des choses, la taille du bateau idéal s’est mise à grandir: « Et chérie, j’ai vu un 47 pieds qui à l’air pas mal… »; « Oh chérie j’en ai un autre super bien équipé, il a l’air bien aussi, c’est un 50 pieds… ». Ok, j’avoue, j’ai poussé le vice jusqu’à aller regarder des 62 pieds (19m). Je ne trahirai pas de secret en écrivant que ce jour là, Lynne m’a regardé avec un air dépité en menaçant de ne plus m’adresser la parole si je continuais ainsi. De toute façon, nous n’avions ni le porte-monnaie qui allait avec, tant pour l’achat que pour l’entretien. Pourtant nous devions trouver un compromis entre plusieurs critères: la taille, le prix, les équipements, les aménagements du bord. Et un jour de mars 2019, ce compromis est apparu dans une annonce sur un site spécialisé: voilier Dynamique 52, 1989, entièrement révisé en 2018, équipement complet équipé Tour du Monde.

Le bateau idéal pour nos envies d’évasion

Nous venions de trouver notre voilier idéal pour partir en voyage. A priori, il remplissait 90% de notre cahier des charges. Le prix, essentiel évidemment. L’espace intérieur avec 4 cabines, un carré convivial et fonctionnel, un espace vie et un espace nuit. La qualité de la construction et les qualités marines ne sont plus à démontrer pour ce chantier créé par la fille du célèbre constructeur Jeanneau puis racheté ensuite par Dufour. Toutes les critiques que nous avons pu lire ou entendre sont très positives au sujet du Dynamique. L’équipement en énergie avec deux panneaux solaires de 335W chacun et un groupe électrogène, auquel nous pouvons rajouter le dessalinisateur pour l’eau douce. Côté voiles et accastillage, du matériel robuste de qualité, deux enrouleurs pour les voiles d’avant, un spi symétrique avec chaussette. Question sécurité, des gilets auto-gonflants tout neufs, des systèmes d’alerte d’homme à la mer, radeau de survie hauturier. Et enfin pour la communication et la navigation, un radar, un système AIS, deux VHF, un ICom, un Iridium permettant de communiquer par satellite, de recevoir des emails, d’échanger des photos et surtout, de prendre la météo de n’importe où.

Notre voilier idéal pour notre envie d'évasion

L’envie de prendre la mer

Au bout du compte, presque le seul critère qui ne rentrait pas dans notre cahier des charges était qu’il n’y avait qu’une seule barre à roue. Notre premier choix était d’avoir deux postes de barre pour avoir un accès facilité à la plateforme de bain. Mais finalement après réflexion, nous nous sommes dit qu’une seule barre à roue n’était pas moins pratique et surtout, que c’était plus sécuritaire notamment en pleine mer avec des vagues qui arrivent de l’arrière. 

Nous sommes vraiment très contents de notre choix de voilier. Alors que nous découvrons progressivement ses entrailles, il nous tarde maintenant de récupérer nos voiles, récupérer notre hélice, remettre le bateau à l’eau et pouvoir avoir l’occasion de le prendre en main en navigation une fois que la situation sanitaire nous le permettra.

Climat, solidarité, tolérance, travail, famille, épanouissement personnel, pourquoi ce confinement imposé lié au Covid-19 est une opportunité

Dans ces temps difficiles de confinement pour tout le monde, nous pensons à toutes celles et tous ceux qui sont touché-e-s par le Covid-19 en leur souhaitant un bon rétablissement. La situation que nous vivons est exceptionnelle au vu du nombre de pays touchés (il y en avait 166 ce jeudi), de la vitesse de croissance de la pandémie dans chaque pays, de l’impact qu’elle a sur nos vies quotidiennes, des mesures drastiques de confinement qu’elle engendre pour parvenir à vaincre la maladie. Bien sûr il y aura toujours une poignée de réfractaires pour penser que ces mesures sont encore un complot ou une volonté de nuire à leur liberté. Mais la grande majorité des personnes les respectent et malgré le fait qu’il va devenir de plus en plus frustrant de ne pas sortir de chez soi, de ne pas avoir d’interactions sociales physiques, nous pensons que ce confinement imposé est une opportunité à plusieurs égards.

Une opportunité pour l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique

La planète trouve toujours des moyens de se rééquilibrer. Cette pause dans l’économie mondiale a des effets remarquables et positifs sur le niveau de pollution, le rejet de gaz à effet de serre et notre impact carbone. Comme quoi les scientifiques ont raison d’insister sur la possibilité de ralentir la vitesse du réchauffement climatique. Mais pour cela il faut des mesures drastiques. Les images satellites de la NASA mettent bien en évidence la disparition du nuage de pollution au-dessus de la Chine après quelques semaines de confinement. Idem pour les eaux de Venise redevenues limpides en l’espace de quelques jours. Ces exemples démontrent aussi à quel point des décisions fortes, courageuses et coordonnées de la part des leaders politiques du monde entier pourraient radicalement impacter positivement le climat. Et en ce qui nous concerne, l’urgence climatique est aussi importante que l’urgence de lutter contre le Covid-19. Le réchauffement montre déjà ses effets destructeurs dans les pays les plus vulnérables. En voyageant beaucoup en Afrique, je ne peux que constater les conséquences désastreuses pour les populations: sécheresses intenses, phénomènes climatiques intenses provoquant des déplacements de populations... Les gens sont déboussolés. Si seulement la prochaine étape après la crise du coronavirus et ce confinement imposé pouvait être le climat... Il en va de l’avenir de nos enfants.

Plus de solidarité et d’humain, de tolérance et de respect

Lors de chaque événement exceptionnel, nous constatons un élan de solidarité et de sympathie. Bien qu’il soit difficile de les comparer, certains me viennent en tête. La victoire de l’équipe de France de football en Coupe du Monde en 1998 avait généré ne serait-ce que temporairement, une forme d’unité nationale, gommant le temps de quelques semaines les différences et mettant sur un pied d’égalité toutes les origines sociales et raciales. L'effondrement des tours jumelles à New-York avait ému le monde entier. Je n’ai d’ailleurs jamais oublié où j’étais et ce que je faisais le jour où c’est arrivé. Les hommages rendus aux pompiers, aux secours, aux policiers resteront des moments forts. Plus proche de nous, la série d’attentats en France qui a également soulevé une vague d’émotion malgré les récupérations politiques... Aujourd’hui dans cette crise sanitaire, ce sont les hommages et les applaudissements qui sont rendus tous les soirs en France pour celles et ceux qui luttent au quotidien contre le virus. En Italie ce sont les gens qui ouvrent leurs fenêtres et qui chantent l’hymne national malgré le confinement qui s’éternise et le nombre de décès qui augmente. Et sur un autre registre, j’apprécie vraiment les initiatives de ces stars de la musique qui proposent des concerts depuis chez eux. 

Mais ce que nous ressentons aussi, c’est le besoin de se rapprocher de plus en plus des gens, d’être dans l’interaction sociale. Nous appelons notre famille, nos amis plus souvent, nous recherchons le contact face à l’isolement physique. Recréer le lien est essentiel. C’est aussi ça la solidarité, prendre des nouvelles de ses proches, des gens que l’on aime, des ami-e-s, développer des réseaux d’entraides. Autant de gestes que nous ne prenons certainement plus le temps de faire au quotidien, absorbés par nos rythmes de vie effrénés et un certain égoïsme...

Passer plus de temps en famille, prendre du temps pour soi

Se retrouver en famille est vraiment ressourçant. Bien sûr nous nous considérons privilégiés. Notre couple va bien, nous sommes en bonne santé. Certes les enfants prennent beaucoup d’énergie, mais certaines situations doivent être bien différentes avec des familles sous tension, des couples en instance de divorce obligés d’être confinés chez eux. Mais est-ce que ce confinement n’est finalement pas pour nous tous la possibilité de mieux communiquer, de savourer chaque instant à des moments où nous sommes tous vulnérables ? Quel bonheur de voir ses enfants grandir chaque jour, prendre de nouvelles responsabilités, se prendre dans les bras, s’épanouir tout en respectant un cadre et peut être un peu mieux leur rythme biologique.

Mais ce temps mort imposé, c’est aussi la possibilité de prendre plus de temps pour soi, pour se replonger dans des lectures, ne plus avoir de scrupules pour donner plus de priorités à nos passions et à ce que nous aimons faire.

Repenser nos façons de travailler

J’ai toujours eu une façon un peu atypique de travailler. Je me suis toujours senti plus productif dans des environnements originaux. Je me sens privilégié de pouvoir travailler avec un ordinateur, un téléphone et une connexion Internet. Et surtout, j’ai toujours mis de côté les apparences pour privilégier la qualité des relations humaines, la compétence et les valeurs plutôt que le « m’as-tu vu » si superficiel et arrogant. Ces derniers jours, nous avons certainement tous multiplié les visioconférences pour tenir nos réunions et j’apprécie vraiment cela. Ça donne un côté moins formel, plus détendu. Et ça nous permet de lier vie professionnelle et vie personnelle sans pour autant perdre en qualité de travail. Bien sûr tous les métiers n’ont pas cette possibilité et nous ne sommes pas non plus égaux face à l’accès aux nouvelles technologies. Mais notre point de vue consiste surtout à penser que la course à la productivité, le dogme de la croissance économique à tout prix ont probablement atteint leurs limites, tout comme nos modes de consommation et de vie en général. Je reste convaincu que l’être humain n’est pas fait pour travailler autant que ce que le système nous pousse à faire. Nous devons faire preuve de plus de discernement et de recul. Pourquoi ne pas s’inspirer des orientations prises par la Norvège qui veut revenir à la semaine de 4 jours travaillés?

Ce confinement nous amène à nous réinventer, à favoriser le télétravail, à bâtir aussi nos relations professionnelles sur la confiance et la responsabilisation. Peut-être que nous pouvons envisager de travailler moins, mais de façon plus responsable et efficace. Peut-être que nos façons de travailler devraient nous amener à mieux préserver notre équilibre de vie.

Prendre du recul sur nos modes de vie actuels

Cette semaine en travaillant sur un dossier, j’ai découvert le concept de fossé émotionnel. Ce fossé constitue l’écart entre sa situation idéale ou rêvée et sa situation réelle. Ce fossé peut conduire à un mal-être, des éternelles frustrations,  des burn-out, dépressions. Nous sommes certains que beaucoup d’entre nous sommes sujets à ce fossé émotionnel et s’interrogent sur leurs aspirations les plus légitimes et comment les atteindre. De part nos expériences personnelles et professionnelles, Lynne et moi sommes toujours parvenus à conserver un équilibre, non sans difficultés et obstacles, mais nous avons cette satisfaction. La préparation de notre voyage en est une nouvelle fois une preuve. Nous nous sommes donné les moyens et avons créé les conditions favorables à ce projet

Lynne s’est beaucoup penchée sur sa mission de vie qui consiste avant tout à aider les autres. Elle a une empathie naturelle, sait être à l’écoute et respecter chaque situation et choix. Dans la transition professionnelle qu’elle traverse et en capitalisant sur ses compétences en psychologie et en coaching, elle est en train de préparer une nouvelle activité pour accompagner celles et ceux qui souhaitent prendre du recul sur leur quotidien, suivre leurs aspirations et continuer à s’épanouir en franchissant le pas vers de nouveaux horizons. Il y a toujours de bonnes raisons pour ne pas faire les choses, toujours de bonnes raisons pour remettre à plus tard ce à quoi pourtant nous aspirons. Or, il n’y a rien de pire que les regrets. Notre voyage sera bien sûr une source d’inspiration et une illustration de ce qu’il est possible de faire.

Nous plonger dans notre aventure

Enfin pour nous, ce confinement c’est aussi la possibilité de nous immerger dans ce que sera notre vie lorsque nous serons partis pour notre voyage autour du monde. Nous retrouver confinés dans un espace réduit va nous permettre de voir si nous réussissons à vivre 24h/24h les uns sur les autres sans possibilité de s’échapper. Deux semaines de confinement, c’est finalement la durée nécessaire pour traverser l’Atlantique. Entre 3 semaines et 1 mois, c’est le Pacifique. C’est donc un excellent test. Il est évident que si ça ne passe pas en étant au port, il nous paraît compliqué que ça marche une fois en mer. Bon, nous vous rassurons, jusqu’ici tout va bien, voire très bien même. Les enfants se responsabilisent, ils ont parfaitement pris leurs marques. Les journées restent toujours bien occupées et nous n’avons pas le temps de nous ennuyer !

Vous l’aurez compris, pour nous ce confinement et cette situation sanitaire exceptionnelle ne font que renforcer le sens que nous voulons donner à notre voyager: vivre autrement, éduquer autrement, travailler autrement, voyager autrement…

Entretien du bateau, carénage de la coque

Entretien carénage coque bateau

Les grandes manoeuvres

À l’heure où de nombreuses personnes sont confinées chez elles à cause de ce foutu coronavirus, de notre côté nous avons repris depuis jeudi nos quartiers à Canet pour attaquer l’un des chantiers les plus importants de la longue liste que nous avons à faire: entretien et carénage du bateau. Et à la vue de l’état de la coque lors de la mise sur sangles lorsque nous avions fait l’expertise avant l’achat, il y avait fort à parier qu’il y aurait du travail... et bien, pari gagné !! C’est un élevage d’algues, de moules, d’huîtres et de tout un tas de petits coquillages qui ont élus domicile sous notre coque et qui ont profité de chaque cm2 pour se poser... je sens que l’on ne va pas s’ennuyer dans les 6 jours qui viennent!

Gérer le stress...

Aller, au travail! Mais avant de commencer la première aventure et de réussir à sortir le bateau de son emplacement sans dommages, nous avons une équation à résoudre. Petits rappels: 1) nous sommes vendredi 13... si nous avions été superstitieux, nous aurions certainement attendu le lendemain. Mais bon, nous sommes joueurs et nous aimons les risques. 2) notre moteur perd de l’huile en grande quantité. 3) on ne déplace pas un voilier de 16m de long, 4,30m de large et de 15 tonnes avec la même facilité que sa voiture que l'on sort prendre l'air un dimanche. 4) Nous serons seulement deux pour manoeuvrer avec Lynne qui n’a pas d’expérience. 5) Pour corser le tout, la météo annonce un vent de nord-ouest de 10 à 12 noeuds avec rafales jusqu’à 23 noeuds. Autant dire que dans ces conditions, je répète mes manœuvres dans la tête depuis deux jours, comme au bon vieux temps de joueur de volley. La visualisation mentale, ça a du bon!

La première chose à faire dès jeudi soir est de remettre de l’huile dans le moteur. Je verse 4.5 litres, soit la moitié de ce que peut contenir le réservoir. Une heure après je contrôle le niveau et je constate avec regrets que la jauge est bien sèche. Pas bon signe, mais rien n’a coulé dans la cale moteur. La zone de grutage étant à peine à 500m de notre emplacement, ça devrait malgré tout pouvoir le faire et la bonne chose, c’est que le moteur démarre au quart de tour.

Une bonne communication avant tout!

Le lendemain matin, branle-bas de combat. Le grutage est prévu à 10:00. Après le petit-déjeuner et un passage à la capitainerie pour faire valider notre temps sur la zone technique, on prépare le bateau et surtout le briefing pour appareiller. Premier test communication entre Lynne et moi. Je vous en livre un résumé :

- Bon chérie, le vent venant du nord-ouest, le bateau va être poussé en arrière vers le ponton. Nous larguerons donc en dernier la garde arrière tribord qui nous empêche de reculer. Nous commencerons par larguer la garde avant tribord, la garde arrière bâbord sans qu’elle tombe dans l’eau si possible car elle pourrait venir se prendre dans l’hélice, l’amarre de pointe avant  tribord, puis la pointe arrière bâbord, ca va?

- Euh, oui... c’est quoi déjà la différence entre une garde et une pointe?...  et quand je vais être devant on ne va pas s’entendre, il faut que je sache quoi faire.

- Alors, les pointes servent à empêcher le bateau de partir vers la gauche et vers la droite, les gardes l’empêche d’avancer et de reculer, je te rassure, rien à voir avec le tarot. Bon après, tu poursuis avec la pointe avant bâbord et enfin la pointe arrière tribord suivie de la garde arrière tribord. Une fois tout largué, tu te mets côté bâbord et tu vérifies que l’on ne se rapproche pas du bateau d’à côté. Ça va toujours? Et si ça peut te rassurer, tu n’as pas d’autre choix que de le faire dans l’ordre. 

- Bon d’accord, je vais essayer, mais je fais quoi des cordages et je les enlève comment?

- Ah oui d’accord, on part de loin quand même... bon on a pas le choix de toute façon et heureusement j’ai le propulseur d’étrave qui fonctionne et je pourrai jouer avec les gaz pour maintenir le bateau dans l’axe. Aller, tout va bien se passer et dans le calme.

Et tout s’est déroulé sans encombres! Ça aurait été dommage de devoir appeler l’assurance dès la première manœuvre et surtout de devoir gérer une crise de couple à cause d’une communication malheureuse.

Séance carénage

Voir son bateau perché sur une grue, c’est toujours impressionnant et anxiogène. Mais généralement tout se passe bien, même un vendredi 13. Une fois le bateau posé sur ses cales, nous constatons l’ampleur du travail de carénage et d'entretien à fournir. Je m’y attèle en commençant par l’hélice que nous devons démonter pour l’envoyer à la révision à 400kms de Canet. Pas le droit de se tromper et de manquer une journée au risque de ne pas la recevoir en retour pour vendredi prochain, date de la remise à l’eau. Puis la séance de grattage des coquillages débute en tenue de combat. Même après une bonne douche le soir, j’ai encore l’impression de sentir les fruits de mer avariés, mais la coque retrouve un peu de sa couleur. La séance de karcher achève le travail mais il aura quand même fallu compter 1/2 journée par côté pour que la coque soit finalement lisse et que j’arrive à revoir entièrement le propulseur d’étrave qui était noyé sous les huîtres.

Et pendant ce temps-là...

Et qu’à fait Lynne pendant tout ce temps?... et bien elle a géré la crise du coronavirus. Avec les annonces de fermeture des écoles, la logistique des enfants restés avec mamie a été un gros morceau. Comme tout le monde nous allons devoir nous ajuster dans les prochaines semaines en restant en famille et en avançant sur nos projets. Nous avons la chance d’avoir des boulots qui peuvent se faire à distance et il nous est du coup plus facile de suivre les consignes sanitaires mises en place.

Les prochaines étapes de notre semaine au sec: ponçage de la coque, remplacement des passe-coque (ces vannes qui font le passage entre l’extérieur et l’intérieur de la coque), application de l’antifouling, lustrage de la partie émergée de la coque. Bref, encore de bonnes heures bien occupées!

Pour conclure ce long post dominical, je ne pouvais terminer sans vous livrer quelques anecdotes, parce que la vie sur un bateau au sec a aussi son charme, et que cela pourrait servir aux novices qui comme nous découvrent certains aspects de la plaisance...

- Chérie, comment on fait pour monter à bord? Une fois le bateau posé sur ses cales, le cockpit se trouve environ 4-5 mètres au-dessus du sol. Si nous avons bien amené un escabeau dans la voiture fermée à clé, nous avons en revanche laissé nos clés dans le bateau. Avec notre échelle de bord en position relevée et impossible à atteindre, nous n’avons pu que contempler notre bateau d’en bas, sans moyen d’accéder à bord... c’est dommage non? Heureusement il y a quand même une solidarité sur une zone technique portuaire et l’un de nos voisins a eu pitié de nous et nous a prêter son échelle (trop courte) l’espace de 10min. Lynne a donc pu démontrer ses qualités d’experte en escalade pour accéder à la passerelle et nous a libérés de ce faux pas, l’honneur est sauf!...

- Chérie tu peux prévenir quand tu fais couler l’eau?... quand un bateau est à sec pour entretien, il y a une règle à ne pas oublier: fermer toutes les vannes du bord et éviter de faire de couler l’eau ou d’aller aux toilettes. Nous ne nous l’étions pas rappelé avant, erreur grave... pendant que je grattais sous la coque dans ma tenue de combat, d’un coup j’entends une cascade d’eau couler juste à côté de moi. J’ai juste le temps de faire un pas sur le côté pour éviter la douche. Tranquillement dans la cuisine, Lynne se lavait les mains comme si de rien n’était. Mais de vous à moi, je m’en sors bien, ça aurait pu être beaucoup plus désagréable...

Un autre rapport au temps

L'art des travaux invisibles

Nous venons de terminer deux semaines sur le bateau avec les enfants pour commencer à passer au travers de la check-list des préparatifs. La deuxième semaine n’a pas été très différente de la première. L’art de faire du travail invisible prédomine sur le reste ! Nous sommes toujours à la recherche d’éventuelles fuites, nous avons démonté quelques planchers, changé des feux qui ne fonctionnaient plus, fait l’inventaire de tous les outils, pièces de rechange, visserie, plomberie, électricité qui traînaient certainement depuis plusieurs années au fond d’un coffre à en croire la quantité de rouille accumulée. Nous avons lutté pour ouvrir la porte du lave-linge que nous n’avons pas réussi à mettre en marche. Ce n’est pas faute d’avoir une fois de plus joué aux contorsionnistes, ou de m'être retrouvé en position foetale au fond d’un coffre armé d’une lampe torche pour essayer de trouver la solution… Décidément notre bricolage n’est pas glorieux pour le moment, et malgré un premier repérage des circuits de tuyaux dans les fonds du bateau, nous ne pourrons pas échapper à une reprise complète de tous les réseaux dans les prochaines semaines. Du plaisir en perspective donc… Et pour couronner le tout, le dernier jour, c’est notre radiateur d’appoint qui s’est décidé à ne plus s’allumer. Cela aurait été anecdotique si dehors la tramontane ne soufflait pas à 80km/h, renforçant l’impression de froid… Bon, c’était peut-être un signe qu’il fallait que l’on rentre pour faire un break.

Profiter du voyage avant la destination

Mais ce n’est pas le sujet principal de ce post. En étant sur la route pour revenir à Bordeaux, nous réalisions à quel point nous sommes en permanence en train de nous presser. Tout va plus vite et nous voulons toujours aller plus vite sans même nous en rendre compte. Par exemple, combien d’entre nous empruntent l’autoroute pour de longs voyages? Probablement une très grande majorité. C’est devenu presque naturel, le temps de voyage est à peu près maîtrisé et c’est plutôt confortable. On ne se pose plus la question de savoir si on prend les routes nationales ou départementales. Et pourtant, nous nous privons certainement de découvrir ou re-découvrir des lieux et des paysages magnifiques, d’aller à la rencontre de gens. Au lieu de ça, on fonce, nous restons concentrés sur notre destination sans finalement profiter du voyage. Pour notre prochain déplacement, nous nous sommes mis un point d’honneur à sortir des sentiers battus pour profiter du patrimoine qui jalonne nos routes.

Savoir s'ajuster et composer

Au cours de ces deux semaines avec les enfants, nous avons dû par la force des choses revoir notre rapport au temps. La vie en bateau, même au port, c’est une logistique différente de la maison. Ce n’est pas une surprise et nous l’avons toujours eu en tête. Nous nous étions fixé de rythmer nos journées pour être capables de travailler sur nos dossiers professionnels, gérer les travaux du bateau et nous occuper des enfants pour profiter du temps avec eux. C’est un équilibre que l’on essaie de conserver même si pas forcément évident à maintenir. La logistique qu’engendre le bateau peut rapidement prendre le pas sur certaines priorités de la journée. La routine matinale en fait partie. Juste aller prendre une douche peut parfois être une longue expédition quand nous sommes au port, et occuper plus d’une heure dans la journée. Mais nous devons composer avec ça et finalement, ça nous ramène à l’essentiel.

Savourer tous les moments...

Malgré toutes les péripéties du bord, nous savourons tous les moments. Nous n’avons pas mauvaise conscience pour ne pas avoir réussi à terminer une tâche dans notre journée. Et pour vivre dans un espace restreint, conserver cet état d’esprit devrait apporter de la sérénité et éviter quelques frustrations. Vive la paix des ménages!