La loi de l’emmerdement maximum en voilier

Travaux bricolage emmerdement maximum voilier

Vous y connaissez quelque chose en bricolage ? Nous, pas vraiment… Mais en vivant sur un bateau, les petits comme les gros travaux font partis de notre quotidien. Et on découvre au fur et à mesure que bricoler, c’est quand même la loi de l’emmerdement maximum sur un voilier !…

Des numéros de contorsionnistes

Nous avons déjà évoqué les différentes fuites que nous avions constatées sur le réseau d’eau, le moteur etc… Si nous en avons identifié certaines, d’autres restent encore une énigme. Le bon côté des choses, c’est que nous avons du temps avec le confinement pour essayer de remonter à la source. Mais en effet, rien n’est simple pour parvenir à régler les problèmes et remettre certaines parties du bateau en état. Depuis le début, Lynne et moi faisons des numéros de contorsionnistes pour atteindre les éléments les moins accessibles. Et je dois dire que malgré presque 10 ans de vie commune, Lynne a encore découvert quelques expressions exotiques alors que j’étais coincé la tête entre 2 tuyaux, les épaules encastrées dans une porte de placard ou encore à genoux avec un seuil de porte en train de me broyer les tibias tout en luttant pour dévisser un écrou récalcitrant… L’opération la plus bénigne dans une maison tourne rapidement à la mission impossible sur un bateau.

Faire preuve de patience

La loi de l’emmerdement maximum sur un voilier, en plus d’être liée à la complexité de certains travaux à mener, reflète aussi l’énergie et le temps à mettre pour arriver à nos fins. Cette semaine nous l’a encore démontré au travers de trois exemples. Nous avons terminé le remplacement de certains passes-coque. Si l’opération est en soi plutôt facile même pour un débutant, l’un d’entre eux situé dans les toilettes nous a donné du fil à retordre. Peu accessible, l’installation de la vanne, le réglage et le positionnement de sa poignée, la pose du raccord du tuyau d’évacuation nous a pris à peu près 1h30 alors que les plus accessibles nous auraient pris à peine 15 minutes. Et tout cela, en allant s’exploser quelques articulations déjà bien entamées…

Histoire de tuyau...

Jeudi, la bonne idée était de nettoyer le four et son bloc d’encastrement. Ils n’avaient pas dû voir une éponge depuis plusieurs années… A tel point que le tuyau de gaz, après lui avoir redonné sa couleur initiale, était à changer depuis 2012. Je m’exécute dans la foulée et après avoir fait briller le four, je réinstalle le tout après 1h30 de travail, pensant que le plus gros est fait. Grosse erreur de jugement, le plus dur était à venir avec le raccordement du tuyau de gaz à l’embout en laiton. Deux heures de lutte sous l’évier, la tête à l’envers, le dos vrillé, à faire des abdominaux en isométrie pour parvenir à loger le tuyau dans la tétine. Nous avons tout essayé pour l’assouplir, rien n’y a fait. Mais comme je ne suis pas du genre à abandonner, j’ai fini par avoir le dernier mot même si mes phalanges et mes paumes de main ont chauffé dur!

Hier samedi, la mission du jour était la révision du guindeau électrique. Si la chaîne d’ancre remontait normalement, impossible de la descendre. J’opte pour la solution la plus logique, dévisser le frein du barbotin pour libérer la chaîne. Mais là encore, le temps a fait son oeuvre et le frein est complètement grippé. Une nouvelle fois, il aura fallu deux heures pour parvenir à le libérer après avoir bien entamé notre WD40 et plusieurs coups de marteau…

Avoir les bons outils

Bon, nous devons quand même avouer que cette loi de l’emmerdement maximum en voilier peut être maîtrisée à minima en disposant des bons outils. En faisant l’inventaire du bateau, nous avons pu récupérer pas mal d’outils même si certains étaient bien oxydés ou rouillés. Nous les avons traités et pour la plupart, ils sont devenus opérationnels. Nous avons aussi investi dans une bonne perceuse-dévisseuse, quelques autres outils indispensables qui nous facilitent la vie. Mais le sur-dimensionnement de certaines pièces nous pose encore quelques maux de tête pour pouvoir poursuivre des révisions. Et le plus gros reste encore à venir avec la reprise de tous nos réseaux d’eau à bord et le levage du moteur pour révision. Nous n’avons pas encore fixé de date pour le faire mais ça va nécessiter le démontage de tout le carré et des planchers. Quelques bonnes journées de casse-tête en perspective!

Un peu de vocabulaire…

Ok, le vocabulaire marin n’est pas toujours une évidence. Alors on vous livre un petit lexique de quelques termes bizarroïdes utilisés dans cet article.

Passe-coque: Pièce métallique ou en plastique constituée d'un tube fileté et de rondelles de serrage destinées à connecter des périphériques (tuyaux de pompes, évacuations, capteurs) entre l'intérieur d'un bateau et l'extérieur. Il peut être situé sous la ligne de flottaison ou au dessus selon l'usage.

Guindeau: Treuil situé à l’avant des navires qui permet de relever l’ancre. Le nôtre est un Lofrans’ Tigres 1500W 

Barbotin: Pièce du guindeau formé à l’empreinte des maillons de la chaîne d’ancre et sur laquelle les maillons viennent s’endrailler.

Entretien du bateau, carénage de la coque

Entretien carénage coque bateau

Les grandes manoeuvres

À l’heure où de nombreuses personnes sont confinées chez elles à cause de ce foutu coronavirus, de notre côté nous avons repris depuis jeudi nos quartiers à Canet pour attaquer l’un des chantiers les plus importants de la longue liste que nous avons à faire: entretien et carénage du bateau. Et à la vue de l’état de la coque lors de la mise sur sangles lorsque nous avions fait l’expertise avant l’achat, il y avait fort à parier qu’il y aurait du travail... et bien, pari gagné !! C’est un élevage d’algues, de moules, d’huîtres et de tout un tas de petits coquillages qui ont élus domicile sous notre coque et qui ont profité de chaque cm2 pour se poser... je sens que l’on ne va pas s’ennuyer dans les 6 jours qui viennent!

Gérer le stress...

Aller, au travail! Mais avant de commencer la première aventure et de réussir à sortir le bateau de son emplacement sans dommages, nous avons une équation à résoudre. Petits rappels: 1) nous sommes vendredi 13... si nous avions été superstitieux, nous aurions certainement attendu le lendemain. Mais bon, nous sommes joueurs et nous aimons les risques. 2) notre moteur perd de l’huile en grande quantité. 3) on ne déplace pas un voilier de 16m de long, 4,30m de large et de 15 tonnes avec la même facilité que sa voiture que l'on sort prendre l'air un dimanche. 4) Nous serons seulement deux pour manoeuvrer avec Lynne qui n’a pas d’expérience. 5) Pour corser le tout, la météo annonce un vent de nord-ouest de 10 à 12 noeuds avec rafales jusqu’à 23 noeuds. Autant dire que dans ces conditions, je répète mes manœuvres dans la tête depuis deux jours, comme au bon vieux temps de joueur de volley. La visualisation mentale, ça a du bon!

La première chose à faire dès jeudi soir est de remettre de l’huile dans le moteur. Je verse 4.5 litres, soit la moitié de ce que peut contenir le réservoir. Une heure après je contrôle le niveau et je constate avec regrets que la jauge est bien sèche. Pas bon signe, mais rien n’a coulé dans la cale moteur. La zone de grutage étant à peine à 500m de notre emplacement, ça devrait malgré tout pouvoir le faire et la bonne chose, c’est que le moteur démarre au quart de tour.

Une bonne communication avant tout!

Le lendemain matin, branle-bas de combat. Le grutage est prévu à 10:00. Après le petit-déjeuner et un passage à la capitainerie pour faire valider notre temps sur la zone technique, on prépare le bateau et surtout le briefing pour appareiller. Premier test communication entre Lynne et moi. Je vous en livre un résumé :

- Bon chérie, le vent venant du nord-ouest, le bateau va être poussé en arrière vers le ponton. Nous larguerons donc en dernier la garde arrière tribord qui nous empêche de reculer. Nous commencerons par larguer la garde avant tribord, la garde arrière bâbord sans qu’elle tombe dans l’eau si possible car elle pourrait venir se prendre dans l’hélice, l’amarre de pointe avant  tribord, puis la pointe arrière bâbord, ca va?

- Euh, oui... c’est quoi déjà la différence entre une garde et une pointe?...  et quand je vais être devant on ne va pas s’entendre, il faut que je sache quoi faire.

- Alors, les pointes servent à empêcher le bateau de partir vers la gauche et vers la droite, les gardes l’empêche d’avancer et de reculer, je te rassure, rien à voir avec le tarot. Bon après, tu poursuis avec la pointe avant bâbord et enfin la pointe arrière tribord suivie de la garde arrière tribord. Une fois tout largué, tu te mets côté bâbord et tu vérifies que l’on ne se rapproche pas du bateau d’à côté. Ça va toujours? Et si ça peut te rassurer, tu n’as pas d’autre choix que de le faire dans l’ordre. 

- Bon d’accord, je vais essayer, mais je fais quoi des cordages et je les enlève comment?

- Ah oui d’accord, on part de loin quand même... bon on a pas le choix de toute façon et heureusement j’ai le propulseur d’étrave qui fonctionne et je pourrai jouer avec les gaz pour maintenir le bateau dans l’axe. Aller, tout va bien se passer et dans le calme.

Et tout s’est déroulé sans encombres! Ça aurait été dommage de devoir appeler l’assurance dès la première manœuvre et surtout de devoir gérer une crise de couple à cause d’une communication malheureuse.

Séance carénage

Voir son bateau perché sur une grue, c’est toujours impressionnant et anxiogène. Mais généralement tout se passe bien, même un vendredi 13. Une fois le bateau posé sur ses cales, nous constatons l’ampleur du travail de carénage et d'entretien à fournir. Je m’y attèle en commençant par l’hélice que nous devons démonter pour l’envoyer à la révision à 400kms de Canet. Pas le droit de se tromper et de manquer une journée au risque de ne pas la recevoir en retour pour vendredi prochain, date de la remise à l’eau. Puis la séance de grattage des coquillages débute en tenue de combat. Même après une bonne douche le soir, j’ai encore l’impression de sentir les fruits de mer avariés, mais la coque retrouve un peu de sa couleur. La séance de karcher achève le travail mais il aura quand même fallu compter 1/2 journée par côté pour que la coque soit finalement lisse et que j’arrive à revoir entièrement le propulseur d’étrave qui était noyé sous les huîtres.

Et pendant ce temps-là...

Et qu’à fait Lynne pendant tout ce temps?... et bien elle a géré la crise du coronavirus. Avec les annonces de fermeture des écoles, la logistique des enfants restés avec mamie a été un gros morceau. Comme tout le monde nous allons devoir nous ajuster dans les prochaines semaines en restant en famille et en avançant sur nos projets. Nous avons la chance d’avoir des boulots qui peuvent se faire à distance et il nous est du coup plus facile de suivre les consignes sanitaires mises en place.

Les prochaines étapes de notre semaine au sec: ponçage de la coque, remplacement des passe-coque (ces vannes qui font le passage entre l’extérieur et l’intérieur de la coque), application de l’antifouling, lustrage de la partie émergée de la coque. Bref, encore de bonnes heures bien occupées!

Pour conclure ce long post dominical, je ne pouvais terminer sans vous livrer quelques anecdotes, parce que la vie sur un bateau au sec a aussi son charme, et que cela pourrait servir aux novices qui comme nous découvrent certains aspects de la plaisance...

- Chérie, comment on fait pour monter à bord? Une fois le bateau posé sur ses cales, le cockpit se trouve environ 4-5 mètres au-dessus du sol. Si nous avons bien amené un escabeau dans la voiture fermée à clé, nous avons en revanche laissé nos clés dans le bateau. Avec notre échelle de bord en position relevée et impossible à atteindre, nous n’avons pu que contempler notre bateau d’en bas, sans moyen d’accéder à bord... c’est dommage non? Heureusement il y a quand même une solidarité sur une zone technique portuaire et l’un de nos voisins a eu pitié de nous et nous a prêter son échelle (trop courte) l’espace de 10min. Lynne a donc pu démontrer ses qualités d’experte en escalade pour accéder à la passerelle et nous a libérés de ce faux pas, l’honneur est sauf!...

- Chérie tu peux prévenir quand tu fais couler l’eau?... quand un bateau est à sec pour entretien, il y a une règle à ne pas oublier: fermer toutes les vannes du bord et éviter de faire de couler l’eau ou d’aller aux toilettes. Nous ne nous l’étions pas rappelé avant, erreur grave... pendant que je grattais sous la coque dans ma tenue de combat, d’un coup j’entends une cascade d’eau couler juste à côté de moi. J’ai juste le temps de faire un pas sur le côté pour éviter la douche. Tranquillement dans la cuisine, Lynne se lavait les mains comme si de rien n’était. Mais de vous à moi, je m’en sors bien, ça aurait pu être beaucoup plus désagréable...

Comment nous nous sommes rencontrés (Part.2)

Le début d’une belle et longue histoire...

Lynne- Après ce séjour intense en Jordanie, mes pensées sont ailleurs. Une fois rentrée au Canada et de retour à mon travail quotidien, mes collègues qui me connaissent bien sentent bien que quelque chose se passe. Ils savent combien je suis passionnée par mon travail. Je ne compte généralement pas trop mes heures et je suis souvent la dernière à quitter le bureau. Et bien à mon retour tout a changé. Dès que je le peux, je m’échappe du bureau pour rapidement rentrer à la maison afin de lui parler avant qu’il ne soit trop tard à cause du décalage horaire. On passe nos soirées à parler pendant des heures via Skype jusqu’à ce que lui s’endorme aux petites heures du matin. Pendant nos échanges, je me suis vite rendu compte qu’il était un réel globe-trotteur. Nous avions une envie réciproque de se voir et à plusieurs reprises Laurent me glisse les mots « tu sais, je voyage souvent, on ne sait jamais lorsque mon travail peut m’amener jusqu’au Canada ». Nous sommes début juillet. Au Canada on a pas beaucoup de vacances et les miennes approchent. Il y a encore cette petite voix en moi qui me dit de ne pas rater cette chance. Je ne veux pas laisser le temps trop s’écouler, je dois voir si on est vraiment fait pour être ensemble. Je propose donc à Laurent: « Et si je viens te voir en France dans 2 semaines, t’en penses quoi ?»

Laurent- A mon retour en France une routine s’installe: celle de l’appel Skype de 23h30. Surtout, faire en sorte que la connexion Internet marche bien! C’est toujours avec une certaine impatience que j’attends de voir le nom de Lynne apparaître sur l’écran. Chaque soir, on refait un peu le monde et on apprend un peu plus à se connaître, ce qui n’arrange pas forcément la récupération du décalage horaire, d’autant plus que j’ai encore un déplacement de quelques jours à Bahreïn… Mais je tiens le coup et l’envie de revoir Lynne est bien présente. C’est finalement elle qui m’annonce un soir de début juillet qu’elle compte bien venir profiter de ses vacances d’été en France. Ah oui? A quelles dates? Du 9 au 21 juillet ? Ça tombe bien, je n’ai rien de prévu. Et comme l’improvisation a du bon, je lui propose de me rejoindre sur notre voilier familial, un Feeling 326 basé à Canet-en-Roussillon. Rien de tel que la proximité dans un espace confiné pour savoir si nous sommes compatibles. Et autant savoir tout de suite si Lynne aime être sur l’eau. Pour une fille qui se dit originaire de l’océan, ça devrait être une formalité…

"Que va t-il arriver à ma fille?..."

Lynne- Mon départ en France ne se fait pas sans doutes ni sans craintes, ni pour moi ni pour ma famille. Imaginez la réaction de mes parents lorsque je leur dis que je pars en France passer 2 semaines sur un voilier avec un garçon que j’ai croisé à peine trois jours en Jordanie! Et bien, comme tous parents qui se soucient de leur petit « bébé de la famille », la réaction est à la fois réservée et positive. Ma mère entame immédiatement toutes les recherches sur Google pour en savoir plus au sujet de Laurent. Elle finit par savoir à quel collège il est allé, ses prouesses en volleyball en France, bref, elle en sait presque plus que moi 🙂 J’ai même un ami qui me suggère de vérifier son casier judiciaire. J’ai bien apprécié toute la vigilance et la préoccupation des gens autour de moi. Une fois dans l’avion, j’appréhendais un peu mon arrivée en me demandant si tout allait bien se passer. Qu’arrivera-t-il si on ne s’entend pas très bien après quelques jours, tout me passait par la tête… Je me suis finalement appuyée sur ma petite voix intérieure en me disant « prends un jour à la fois ». À mon arrivée à l’aéroport de Perpignan, je suis accueillie avec un très grand sourire sympathique de Laurent. Un sentiment de soulagement s’installe, tout va bien aller. 

Nos premières navigations!

Laurent- Nous sommes le 10 juillet, tiens, tout juste un mois depuis notre rencontre à Amman. Bon… simple hasard. J’attends patiemment Lynne à l’aéroport de Perpignan quand j’aperçois l’avion en approche. Dans ces moments là, l’impatience grandit vite! Au moment d’atterrir, remise de gaz, l’avion repart avant même d’avoir touché le sol!… Lynne aurait-elle paniquée et soudoyé le pilote de repartir?… Finalement, la deuxième tentative d’atterrissage est la bonne et Lynne a bien eu le courage de descendre de l’avion. Nous sommes vraiment heureux de nous retrouver, mais très vite, une surprise l’attend: nous avons un invité de marque à bord du bateau en la personne de mon père! Prenez-le comme vous voulez, mais soit on considère que l’on bénéficie d’un voilier privatif avec skipper, soit j’ai assuré mes arrières au cas où quelque chose tournerait mal… La première bonne surprise, c’est que Lynne n’a pas le mal de mer. Malgré une bonne brise lors de la première sortie et un incident sur le vis-de-mulet qui décroche la bôme de la capsule du mât, elle se sent confortable sur le bateau. Au moins elle est tout de suite dans le bain des péripéties d’une navigation. Au fil des jours, nous lui faisons découvrir les plus beaux coins de la côte Vermeille avec un mouillage obligé à Collioure. 

Lynne- Une fois arrivée à Perpignan, Laurent m’invite tout de suite à rejoindre un groupe d’amis en bord de mer pour regarder la finale de la Coupe du Monde de foot. Je pense que c’était un test pour voir ma capacité d’adaptation mais bon, il ne l’admettra jamais. On se rend ensuite sur le bateau familial et même si c’était un peu une surprise de se retrouver en compagnie de son père Jean-Claude, le voyage n’aurait pas été le même s’il n’avait pas été là. Les deux semaines passées ensemble à 2 et aussi à 3 furent inoubliables. Jean-Claude était à nos petits soins nous permettant de passer beaucoup de moments à deux. Il m’a appris plein de bonnes leçons de voile et fut tout simplement d’excellente compagnie. J’ai eu droit à deux semaines de rêve dans ce décor magnifique en longeant des lieux féeriques comme Collioure, Argelès-sur-Mer et j’en passe. Laurent et moi avons appris à mieux nous connaître en deux semaines, presque plus qu’en un an. La mer a cet effet de retourner à l’essentiel.

Le temps du départ...

Lynne- A la fin de ce séjour, j’avais le cœur tellement gros, je ne voulais vraiment pas repartir. Quitter Laurent, cet homme généreux, rempli de vie, débrouillard, partant pour découvrir la vie. La seule chose qui me passa pas la tête est comment va-t-on faire pour se revoir?

Laurent- Mais où est passé le temps? Deux semaines se sont déjà écoulées, entre navigations, randonnées, baignades paradisiaques… Lynne doit rentrer au Canada et c’est à reculons que l’on doit partir pour l’aéroport. Forcément les « au revoir » sont toujours un peu douloureux et mon père et moi retournons au bateau sans un mot… Il y a comme un air de dépression qui vient inonder la cabine et avant qu’il ne soit trop présent, nous décidons de nous échapper pour une journée de randonnée en moyenne montagne dans l’arrière pays perpignanais. Un bon bol d’air frais nous fera le plus grand bien et nous changera les idées!…

Un déménagement outre-atlantique...

Laurent- Le reste de l’été portera conseil. Quand la bonne personne pour vous se présente, il ne faut pas la laisser s’échapper. Profitant d’une période un peu plus calme au plan professionnel, je décide de rendre visite à Lynne à Ottawa dès la fin du mois d’août. Désormais, mes voyages auront pour point de départ et point d’arrivée le Canada. A chaque visite mes séjours durent un peu plus longtemps et c’est finalement naturellement que je finis par y poser mes valises et à y prendre l’accent. La suite, elle s’écrit à vitesse grand V: mariage en juin 2011, Mathieu arrive le 30 août 2012 et Océane le 30 septembre 2013. L’aventure en famille peut commencer, aux côtés de Lisa et Emma qui nous rejoignent régulièrement.

Comment nous nous sommes rencontrés (Part.1)

Photo Mer Morte

« She met a man in Amman »

Laurent- C’était le 10 juin 2010. Je rentrais du Timor-Leste où j’avais séjourné presque un mois et je devais passer à Amman pour faire un débriefing suite à ma mission professionnelle. Le plan était de passer deux journées et une nuit sur place avant de rentrer en France quelques jours puis de repartir pour le Bahreïn. En bref, juste une sorte de routine à une époque où les hôtels et les avions étaient un peu mon quotidien… Mais j’avais bien choisi mon jour puisque le soir de mon arrivée se tenait une soirée de gala organisée par l’ONG « Generations For Peace » à l’occasion de la clôture de l’un de leurs camps de leadership autour de la paix et du sport. Peu importe les 8 heures de décalage horaire, j’enfile un costume et je retrouve tout le staff du camp dans le hall de l’hôtel…

Lynne- C’était le 10 juin 2010. Je venais de passer une semaine en tant que consultante pour « Generations for Peace » pour former des gens de partout dans le monde à utiliser le sport comme outil pour la paix. Une fois ma mission terminée, j’enchaîne en Syrie pour une mission dans le cadre de mon travail à l’époque avec l’Entraide universitaire mondiale du Canada. Mon plan était d’y rencontrer des partenaires pour ensuite retourner chez moi à Ottawa (Canada). Mes 4 jours prévus de réunions se sont finalement transformés en une journée de travail. Ma nature aurait voulu que je profite de mon séjour pour visiter du pays, mais j’avais une petite voix qui me disait que je devais absolument retourner à Amman et célébrer la dernière soirée avec les participants que j’avais formés pendant une semaine. Ce que je ne savais pas est que cette décision allait me réserver une bien belle surprise! J’arrive donc à Amman, j’enfile ma plus belle robe et me retrouve dans le hall de l’hôtel où j’aperçois une grande silhouette s’approcher et s’arrêter, à ma grande surprise pour parler avec notre groupe.  Aussitôt, mon coeur s’emballe. Mon amie Judy, une canadienne également présente pour animer le camp, me présente en disant « Lynne, tu es francophone et tu joues au volleyball, je te présente Laurent, français qui joue aussi au volleyball ».

Le temps d'une soirée...

Laurent- Je m’avance donc dans ce groupe où je ne connais presque personne. J’ai l’impression d’être un peu la pièce rapportée n’ayant pas vécu l’euphorie des dix jours précédents, quand Judy me présente Lynne, une canadienne volleyeuse qui parle français. Nous savons tous que le monde est petit, mais là, nous ne pouvions imaginer qu’en à peine quelques secondes, nous avions autant de connaissances en commun. Parmi elles, mon ancien coach canadien lorsque j’étais pro à Tourcoing. Julien avait été le Collègue de Lynne à Volleyball Canada. Il n’en fallait pas plus pour engager la conversation et commencer à refaire le monde du volley international. Puis la soirée de gala se passe, je retrouve certains amis rwandais qui avaient participé au camp avant de remonter dans les bus qui nous ramènent à l’hôtel. Ceux qui me connaissent bien savent que je suis souvent parmi les derniers à partir. Cette soirée n’échappe pas à la règle et je me retrouve presque tout seul à rejoindre le dernier minibus où il ne reste plus que…Lynne. Tiens, quel heureux hasard! 

Lynne- Quelle soirée ! Je l’ai passée à profiter de cette belle célébration tout en gardant un oeil discret (ou non) envers ce grand bel homme qui était tout au fond de la salle. Et bien oui, je me suis organisée pour être une des dernières à partir pour, par hasard, raccompagner Laurent à l’hôtel. Je ne voulais tout de même pas le laisser rentrer tout seul. Pour l’impressionner, je lui ai ouvert la porte du minibus. Malheureusement je l’ai arrachée et elle m’est restée dans les mains. Et oui, la vraie bucheronne, tout en finesse… On rentre malgré tout à l’hôtel où l’on termine la soirée au bar à se partager nos histoires. Je me suis complètement retrouvée dans toutes ses aventures de vie et de philosophie commune. Le lendemain, dès que j’en ai l’occasion, je me rapproche de Laurent. On passe trois jours mémorables à se balader dans les rues d’Amman, se raconter nos vies et nos envies. Avec grande tristesse, le quatrième jour est le jour du départ. On prend le même taxi pour se rendre à l’aéroport, je voulais passer toutes les minutes que je pouvais en sa compagnie. Je rentre au Canada, triste de m’éloigner…

Laurent- Finalement le séjour jordanien durera 4 jours au lieu des deux prévus initialement. Je ne sais encore pour quelle raison, mais nos amis de « Generations For Peace » ont décidé de prolonger notre séjour. Le débriefing attendra donc et laisse place à un peu de tourisme dans les rues d’Amman, dans les environs de la mer Morte le long de la rivière Jourdain. Lynne et moi nous retrouvons dès que l’on peut et une complicité s’installe vraiment. Avant de quitter la Jordanie, j’en ai beaucoup appris sur sa famille, le Nouveau-Brunswick mais aussi sur le dialecte un peu particulier appelé le « Chiac » qui bien que très populaire du côté de l’Acadie, n’est pas parvenu à se répandre au-delà d’un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour de Moncton… Autant dire qu’il faut parfois s’accrocher pour décoder les messages. Le point rassurant c’est qu’avec le temps, l’oreille s’y fait et c’est « right bon »!… À vrai dire, je suis tombé sous son charme et la question était désormais: comment en connaître un peu plus?...

A suivre...

Se raccrocher à ses rêves

Du rêve à la réalité

Combien de fois n’avez vous pas été pris au sérieux par des personnes de votre entourage lors de discussions au sujet de certains de vos projets ? « C’est impossible… », « Tu n’y arriveras pas… », « C’est beau de rêver… », « D’autres ont déjà essayé… »… Autant de petites phrases qui peuvent facilement créer le doute ou vous donner plein de bonnes raisons pour ne pas vous lancer.

Depuis l’âge de 8 ans, j’ai voulu devenir un sportif de haut-niveau. A cette époque je jouais au tennis, je rêvais devant les exploits de Yannick Noah qui venait de gagner le tournoi de Roland Garros. Cette envie de faire du sport un métier ne m’a jamais lâché. Lorsqu’à l’âge de 17 ans, Michaël Chang remporte ce tournoi du Grand Chelem, je me dis que j’ai encore du chemin à parcourir malgré un début de détection, et je me lance dans le volley après de multiples sollicitations de mon professeur d’éducation physique et sportive qui joua de toutes les subtilités pour me compter parmi les joueurs de son équipe. Pari gagné, deux années après, j’intègre l’équipe de France cadets puis juniors avant d’être le plus jeune joueur sélectionné en équipe de France A juste après les Jeux  Olympiques de Barcelone. Ma carrière de joueur professionnel pouvait débuter.

Une attirance pour la mer et les bateaux

Au-delà du sport, j’ai toujours eu un faible pour la mer et les bateaux. Tout petit sur l’Ile de Ré, j’étais toujours le premier pour partir à la pêche sur le petit bateau familial. Sitôt rentré à la maison, je me lançais dans mon univers imaginaire en installant des matelas au sol, en posant à l’envers un vieux paquet de lessive en guise de moteur et c’était parti pour des heures de navigation dans mon jardin. Mes parents se souviennent encore de mes ronflements assourdissants imitant un moteur somme toute peu efficace… Mais déjà, je rêvais d’évasion et d’aventures. A tel point que je cherchais toujours à comprendre comment fonctionnaient les choses pour pouvoir devenir rapidement autonome. Cela m’a valu de presque couler notre petit bateau de pêche et de perdre le moteur au fond de l’eau…

Après les parties de pêche, la voile est entrée dans nos routines estivales. Mon père moniteur de voile et compétiteur avait la possibilité de naviguer sur le voilier de régate (un Surprise) d’un ami et nous partions quelques jours découvrir les côtes de la Costa Brava. Puis le divorce de mes parents a pas mal changé les plans et je suis resté assez éloigné de la voile pendant plusieurs années, notamment pendant ma carrière sportive. Ce n’est qu’à l’âge de 26 ans que j’ai renoué avec cet univers en naviguant sur le bateau familial, un Feeling 326 du chantier Kirié, et en prenant au fur et à mesure un peu plus d’expérience de la mer et de la navigation hauturière, en équipage ou en solo. La Méditerranée est devenue notre lieu annuel de vacances où nous nous retrouvons avec nos enfants qui eux aussi, ont pris le virus de la voile.

L'appel du large...

Depuis quelques années, avec la famille qui grandit et s’agrandit, Lynne n’a cessé de m’entendre pester contre le manque d’espace évident d’un 32 pieds. Avec six personnes à bord, la phrase favorite de l’été est vite devenue « Il nous faut un plus grand voilier! ». Avec mon double mètre et quelques douleurs articulaires qui me rappellent que finalement le sport de haut-niveau est loin d’être favorable à votre santé, je n’ai cessé de répéter au cours des 10 dernières années que nous devions acheter notre propre voilier pour partir en voyage. J’en ai écumé des sites de vente de bateaux, des kilomètres sur les pontons, en essuyant à plusieurs reprises de grands moments de solitude au vu des réactions de Lynne qui manifestement ne croyait pas un seul instant que nous serions en mesure de réaliser un tel projet. « Arrête de rêver, nous n’avons pas les moyens… ».

Il ne m’en fallait pas plus pour nous donner les moyens de créer des conditions favorables. Il y a deux ans, nous avons mis en place un plan d’actions prenant en compte nos situations personnelles et professionnelles avec l’objectif d’acheter notre bateau et partir autour du monde en famille. Après beaucoup de travail et d’ajustements, nous voilà aujourd’hui propriétaire d’Inuksuit, notre Dynamique 52, en pleine préparation pour aller découvrir le monde autrement.

Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible. Les rêves font avancer et donnent une énergie incroyable. Ils nous aident à surmonter les périodes difficiles, les périodes de doutes. Rêver, planifier, agissez!

Une vie de globe-trotter rythmée par le sport

Une carrière d'athlète de haut-niveau

Aujourd’hui à 45 ans, je considère être rentré dans la 3ème grande étape de ma vie. Jusqu’à l’âge de 30 ans et après une carrière de sportif de haut niveau, j’ai beaucoup appris. J’ai appris la signification du mot adversité, j’ai appris à faire face aux échecs, à ramer à contre-courant, mais à toujours persévérer. Après quelques désillusions, j’ai aussi appris à me faire confiance, à me fier à mes intuitions pour tracer ma route et trouver ma voie. J’ai réalisé à quel point j’avais un goût pour l’indépendance mais aussi pour les défis et l’aventure. Cela m’a amené aux quatre coins du monde, de l’Afrique au Canada en passant par l’Asie. J’y ai vécu plusieurs mois voire plusieurs années, j’y ai fait des rencontres exceptionnelles et j’ai réalisé le pouvoir qu’avait le sport de rassembler au-delà des différences.

Un engagement international

A partir de l’âge de 30 ans, je me suis découvert une passion pour le conseil et le coaching dans mon domaine de prédilection, le sport. Je suis parvenu à me développer et à m’épanouir en écoutant, en observant, et en ayant la chance d’être sollicité pour travailler sur des enjeux aussi divers et variés que le sport de haut performance ou les processus de réconciliation nationale dans des pays post-conflit. Au fil des rencontres et de mes expériences, j’ai consolidé un réseau international et bâti des convictions que je défends et que je partage volontiers avec les personnes et les organisations qui me font confiance.

Le partage comme valeur essentielle...

Aujourd’hui je me sens épanoui et accompli. Je ne crains plus les jugements des uns et des autres, je ne m’embarrasse plus de relations « toxiques », je reste fidèle à mes valeurs et mes convictions. Mon expérience et mon expertise sont reconnues et j’ai une confiance totale dans la vie, toujours avec cette soif de nouvelles rencontres, d’aventures humaines et de nouveaux challenges. Le sport et les voyages m’ont permis de me construire et de développer un état d’esprit résolument positif et je suis toujours enthousiaste de partager et de transmettre ce vécu.

Chaque épreuve nous renforce et nous fait grandir. Nos limites sont celles que nous nous fixons. En entreprenant ce voyage, j'ai envie de pouvoir transmettre, inspirer et démontrer à mes enfants, à mon entourage proche et éloigné qu’avec de la volonté, tout est possible.