Entretien du bateau, carénage de la coque

Les grandes manoeuvres

À l’heure où de nombreuses personnes sont confinées chez elles à cause de ce foutu coronavirus, de notre côté nous avons repris depuis jeudi nos quartiers à Canet pour attaquer l’un des chantiers les plus importants de la longue liste que nous avons à faire: entretien et carénage du bateau. Et à la vue de l’état de la coque lors de la mise sur sangles lorsque nous avions fait l’expertise avant l’achat, il y avait fort à parier qu’il y aurait du travail... et bien, pari gagné !! C’est un élevage d’algues, de moules, d’huîtres et de tout un tas de petits coquillages qui ont élus domicile sous notre coque et qui ont profité de chaque cm2 pour se poser... je sens que l’on ne va pas s’ennuyer dans les 6 jours qui viennent!

Gérer le stress...

Aller, au travail! Mais avant de commencer la première aventure et de réussir à sortir le bateau de son emplacement sans dommages, nous avons une équation à résoudre. Petits rappels: 1) nous sommes vendredi 13... si nous avions été superstitieux, nous aurions certainement attendu le lendemain. Mais bon, nous sommes joueurs et nous aimons les risques. 2) notre moteur perd de l’huile en grande quantité. 3) on ne déplace pas un voilier de 16m de long, 4,30m de large et de 15 tonnes avec la même facilité que sa voiture que l'on sort prendre l'air un dimanche. 4) Nous serons seulement deux pour manoeuvrer avec Lynne qui n’a pas d’expérience. 5) Pour corser le tout, la météo annonce un vent de nord-ouest de 10 à 12 noeuds avec rafales jusqu’à 23 noeuds. Autant dire que dans ces conditions, je répète mes manœuvres dans la tête depuis deux jours, comme au bon vieux temps de joueur de volley. La visualisation mentale, ça a du bon!

La première chose à faire dès jeudi soir est de remettre de l’huile dans le moteur. Je verse 4.5 litres, soit la moitié de ce que peut contenir le réservoir. Une heure après je contrôle le niveau et je constate avec regrets que la jauge est bien sèche. Pas bon signe, mais rien n’a coulé dans la cale moteur. La zone de grutage étant à peine à 500m de notre emplacement, ça devrait malgré tout pouvoir le faire et la bonne chose, c’est que le moteur démarre au quart de tour.

Une bonne communication avant tout!

Le lendemain matin, branle-bas de combat. Le grutage est prévu à 10:00. Après le petit-déjeuner et un passage à la capitainerie pour faire valider notre temps sur la zone technique, on prépare le bateau et surtout le briefing pour appareiller. Premier test communication entre Lynne et moi. Je vous en livre un résumé :

- Bon chérie, le vent venant du nord-ouest, le bateau va être poussé en arrière vers le ponton. Nous larguerons donc en dernier la garde arrière tribord qui nous empêche de reculer. Nous commencerons par larguer la garde avant tribord, la garde arrière bâbord sans qu’elle tombe dans l’eau si possible car elle pourrait venir se prendre dans l’hélice, l’amarre de pointe avant  tribord, puis la pointe arrière bâbord, ca va?

- Euh, oui... c’est quoi déjà la différence entre une garde et une pointe?...  et quand je vais être devant on ne va pas s’entendre, il faut que je sache quoi faire.

- Alors, les pointes servent à empêcher le bateau de partir vers la gauche et vers la droite, les gardes l’empêche d’avancer et de reculer, je te rassure, rien à voir avec le tarot. Bon après, tu poursuis avec la pointe avant bâbord et enfin la pointe arrière tribord suivie de la garde arrière tribord. Une fois tout largué, tu te mets côté bâbord et tu vérifies que l’on ne se rapproche pas du bateau d’à côté. Ça va toujours? Et si ça peut te rassurer, tu n’as pas d’autre choix que de le faire dans l’ordre. 

- Bon d’accord, je vais essayer, mais je fais quoi des cordages et je les enlève comment?

- Ah oui d’accord, on part de loin quand même... bon on a pas le choix de toute façon et heureusement j’ai le propulseur d’étrave qui fonctionne et je pourrai jouer avec les gaz pour maintenir le bateau dans l’axe. Aller, tout va bien se passer et dans le calme.

Et tout s’est déroulé sans encombres! Ça aurait été dommage de devoir appeler l’assurance dès la première manœuvre et surtout de devoir gérer une crise de couple à cause d’une communication malheureuse.

Séance carénage

Voir son bateau perché sur une grue, c’est toujours impressionnant et anxiogène. Mais généralement tout se passe bien, même un vendredi 13. Une fois le bateau posé sur ses cales, nous constatons l’ampleur du travail de carénage et d'entretien à fournir. Je m’y attèle en commençant par l’hélice que nous devons démonter pour l’envoyer à la révision à 400kms de Canet. Pas le droit de se tromper et de manquer une journée au risque de ne pas la recevoir en retour pour vendredi prochain, date de la remise à l’eau. Puis la séance de grattage des coquillages débute en tenue de combat. Même après une bonne douche le soir, j’ai encore l’impression de sentir les fruits de mer avariés, mais la coque retrouve un peu de sa couleur. La séance de karcher achève le travail mais il aura quand même fallu compter 1/2 journée par côté pour que la coque soit finalement lisse et que j’arrive à revoir entièrement le propulseur d’étrave qui était noyé sous les huîtres.

Et pendant ce temps-là...

Et qu’à fait Lynne pendant tout ce temps?... et bien elle a géré la crise du coronavirus. Avec les annonces de fermeture des écoles, la logistique des enfants restés avec mamie a été un gros morceau. Comme tout le monde nous allons devoir nous ajuster dans les prochaines semaines en restant en famille et en avançant sur nos projets. Nous avons la chance d’avoir des boulots qui peuvent se faire à distance et il nous est du coup plus facile de suivre les consignes sanitaires mises en place.

Les prochaines étapes de notre semaine au sec: ponçage de la coque, remplacement des passe-coque (ces vannes qui font le passage entre l’extérieur et l’intérieur de la coque), application de l’antifouling, lustrage de la partie émergée de la coque. Bref, encore de bonnes heures bien occupées!

Pour conclure ce long post dominical, je ne pouvais terminer sans vous livrer quelques anecdotes, parce que la vie sur un bateau au sec a aussi son charme, et que cela pourrait servir aux novices qui comme nous découvrent certains aspects de la plaisance...

- Chérie, comment on fait pour monter à bord? Une fois le bateau posé sur ses cales, le cockpit se trouve environ 4-5 mètres au-dessus du sol. Si nous avons bien amené un escabeau dans la voiture fermée à clé, nous avons en revanche laissé nos clés dans le bateau. Avec notre échelle de bord en position relevée et impossible à atteindre, nous n’avons pu que contempler notre bateau d’en bas, sans moyen d’accéder à bord... c’est dommage non? Heureusement il y a quand même une solidarité sur une zone technique portuaire et l’un de nos voisins a eu pitié de nous et nous a prêter son échelle (trop courte) l’espace de 10min. Lynne a donc pu démontrer ses qualités d’experte en escalade pour accéder à la passerelle et nous a libérés de ce faux pas, l’honneur est sauf!...

- Chérie tu peux prévenir quand tu fais couler l’eau?... quand un bateau est à sec pour entretien, il y a une règle à ne pas oublier: fermer toutes les vannes du bord et éviter de faire de couler l’eau ou d’aller aux toilettes. Nous ne nous l’étions pas rappelé avant, erreur grave... pendant que je grattais sous la coque dans ma tenue de combat, d’un coup j’entends une cascade d’eau couler juste à côté de moi. J’ai juste le temps de faire un pas sur le côté pour éviter la douche. Tranquillement dans la cuisine, Lynne se lavait les mains comme si de rien n’était. Mais de vous à moi, je m’en sors bien, ça aurait pu être beaucoup plus désagréable...

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